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Épisode 16 ~ Saison 1 |
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PHOBIE |
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AUTEUR : Val |
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Rating: -12ans |
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Prologue
Le véhicule tout-terrain s'avançait sur la plage à une allure de croisière. Brinquebalant sur les mini-dunes de sable, il était le seul maître des lieux. Le soleil se levait lentement sur la ville, projetant l'ombre du 4x4 très loin sur les eaux de la baie. Il y avait bien trois ou quatre mois que son conducteur, Orson Meyers n'avait pas ramassé du gros poisson sur le bord de la plage. Celui-là était si gros qu'il le vit à près de deux-cent mètres. Un bon gros squale, apparemment. Peut-être un blanc, qui sait. Sauf que plus il s'en approchait, plus son estomac se nouait. C'était pas un requin blanc. Et il était pas si gros que ça. Mais cette prise resterait pourtant la plus mémorable de sa carrière.
Chapitre 1
Quatre piquets avaient été plantés dans le sable. Deux d'entre eux flirtaient avec les vagues paresseuses des eaux froides de la baie. Ils étaient reliés par des bandes jaunes, qui délimitaient le périmètre de la "scène du crime". Ce qui était un peu idiot, il fallait bien l'avouer. Un requin s'attaquait rarement à un être humain sur une plage. Et vice versa. Il était donc plus juste de dire "l'endroit où avait échoué le requin". Mais ce qui était vraiment bizarre, c'était que le bras qu'il avait dans la gueule était toujours rattaché à la victime. Une jeune femme, apparemment. Voire une adolescente. Justin balaya les alentours du regard, et repéra Finley à une trentaine de mètres de là. De dos. Il interrogeait la personne qui avait selon toute vraisemblance découvert le poisson, et ce qu'il avait entre les dents. Les crocs. Non, les dents. C'était bien les Dents de la Mer, après tout. À savoir cette fille morte. Non mais... comment c'était possible, un truc pareil? Ils auraient du envoyer Cate, ici. Parce que non seulement elle donnait l'impression de s'y connaître, tout comme lui, mais en plus elle s'y connaissait vraiment bien. Près des cadavres, Glenn Dumas jouait avec ses thermomètres, et prenait des notes. À un moment elle leva les yeux de sa tâche et aperçut l'expert qui restait planté là à regarder ailleurs, comme si la bande jaune l'empêchait d'avancer. Comme s'il n'avait jamais franchi ce genre de frontière sans permission et qu'il recherchait... le consentement de son lointain amant. "Qu'il est attendrissant, ce garçon", se dit-elle. "Justin! Tu veux bien m'amener l'inspecteur Finley ici, j'ai un tas de choses à vous apprendre, et je déteste me répéter!" Justin lui sourit et passa sous la bande jaune. À mesure qu'il s'approchait d'elle, elle réalisait que quelque chose clochait. Ce sourire-là était un peu trop figé pour appartenir à un Justin en pleine forme. À moins qu'il n'y ait autre chose... "Qu'est-ce que vous avez, tous les deux?" s'étonna-t-elle. "Vous avez passé une mauvaise nuit?" Il secoua la tête et contempla le spectacle: "C'est un requin léopard." "Oui..." dit-elle. "Complètement inoffensif. On est d'accord?" "Absolument. Dis-moi, il y a un mot que tu n'as pas compris dans ma première phrase?" "Finley a une trouille bleue des requins. Je pourrais pas le traîner jusqu'ici si j'ai pas de quoi le rassurer", lui confia-t-il alors. Elle se tut, bouche bée. "Et cette fille ne va pas m'aider, c'est certain." "C'est forcément un coup monté", lâcha-t-elle. "Les léopards ne mangent que des petites bêtes au fond de l'eau. Dis-lui qu'il n'y a pas plus trouillards qu'eux." Il eut un petit rire. "Je suis sûr que ça va l'aider. Merci, Glenn. Laisse-moi juste quelques minutes en tête à tête avec lui." Elle serra son poing et d'un ton empli d'optimisme lui dit: "Je te fais confiance." Il acquiesça et commença à s'éloigner. Elle était adorable de se foutre de lui aussi gentiment, sans en avoir l'air. Ça ne l'empêcha pas de lui lancer ensuite un "Je vous attends!" de sa voix grave et autoritaire, tandis qu'elle se remettait au travail. Justin passa à nouveau la bande jaune, se demandant à quel point ça allait être difficile pour lui de persuader son amant d'entrer dans le périmètre. Ses chaussures s'enfonçant agréablement dans le sable fin à chacun de ses pas, il le rejoignit. La personne qui avait découvert les cadavres et appelé les autorités s'éloigna pendant ce temps-là. "On a besoin de toi là-bas", dit-il. Clive Finley se retourna et fixa son homme du regard. Silencieusement. Justin le sentait fébrile, et imagina parfaitement son coeur s'emballer dans sa poitrine, rien qu'à voir sa tête et le calepin qu'il tapotait nerveusement contre sa main. "Oui, je sais", murmura-t-il en arrivant à sa hauteur. "Mais il y a deux ou trois choses que tu ignores, je parie." "Comme quoi?" s'enquit Clive. Sa voix tremblait mais pas de peur. Il était seulement furieux contre lui-même. Parce que personne ne prenait de décision à sa place, d'habitude, et surtout parce qu'il ne contrôlait pas sa peur. Non mais pour qui elle se prenait, cette garce? "C'est un requin-léopard. Et s'il y a bien un requin qui ne s'attaque jamais aux humain, c'est bien celui-là." "Tu expliqueras ça à la fille qui a son bras coincé à l'intérieur!" lui rétorqua-t-il. "Elle peut pas, elle est..." Justin se tut brusquement. C'était pas le moment de parler sans réfléchir. "C'est forcément une mise en scène", dit-il à la place. "Il a pas pu attaquer cette fille, même s'il était encore vivant quand elle s'est approchée. Et pourquoi il aurait été vivant, d'abord? Et elle, pourquoi elle aurait fait un truc pareil, tu peux me le dire?" "J'en sais rien! C'est toi l'expert!" Finley ferma les yeux, fit un quart de tour sur lui-même et renversa sa tête en arrière. "Je te demande pardon", dit-il. "Je devrais pas m'en prendre à toi." Leurs regards se croisèrent finalement, au bout d'un long moment de silence, et ne se quittèrent plus. "Essaye de pas le regarder?" lui proposa Justin. "Imagine que c'est... un dauphin?" Il grimaça, pas certain que ce soit l'idée du siècle, mais fut rassuré de voir le visage de son homme s'illuminer d'un vague sourire. "Il y a pas quelque chose qui te fout vraiment les jetons, à toi?" "Tu veux dire... à part l'imprévu?" Clive acquiesça. "Ouais, comme... je sais pas, t'as pas peur des serpents... ou du vide?" Justin réfléchit et finit par hausser les épaules. "Les clowns." "Comment ça?" "Ouais, j'aime pas ça, les clowns. Je comprends pas pourquoi ils les envoient dans les hôpitaux pour amuser les petits cancéreux, je trouve pas ça amusant. Du tout." En un autre lieu, et en d'autres circonstances, Clive se serait bien marré, mais ici et maintenant, il ne fut pas capable de grand-chose. Un sourire un peu plus communicatif, peut-être. Et même si son mec se foutait un peu de lui et tentait de détendre un peu l'atmosphère avec ses conneries, il lui dit: "Bon et bien imagine que tu sois cloué sur un lit d'hôpital et qu'on te dise "Hollohan vous avez été bien sage aujourd'hui, et comme c'est votre anniversaire, on a fait venir trois clowns rien que pour vous. Ils seront là dans quelques secondes" Tu ferais quoi?" "J'en sais rien, je piquerais probablement ma crise." "Imagine un peu ce que je peux ressentir, alors. Et me dis pas qu'il est mort et qu'il va pas me bouffer. C'est pas le problème. J'aime pas ça, c'est tout. Rien que le fait d'entendre ce mot me donne la chair de poule. Et t'as du le prononcer trois ou quatre fois, déjà." "Merde, j'suis désolé!" réalisa Justin. "Dorénavant je dirais dauphin." Clive masqua l'expression de son visage avec sa main. Lassitude, amusement, agacement... difficile à dire. Justin s'approcha de lui et lui prit la main. "Y'a vraiment rien qui pourrait te rassurer?" "J'ai l'air d'un con, hein." "Regarde-moi. Tu sais, c'est pas extraordinaire. C'est même super-rationnel, comme peur. Je connais un tas de gens qui ont la trouille des... dauphins." Clive échappa un petit rire. Empli de nervosité, certes, mais dans lequel transperçait l'accalmie. "En même temps, il fait peut-être encore semblant d'être mort, et il attend que le mec le plus sexy de la planète s'approche pour lui choper la jambe", avança Justin. Sa main lui fut brusquement rendue, mais par un Clive plus amusé qu'en colère. "Tu me fais chier, je sais pas comment je fais pour te supporter!" "Oh, pour un tas de bonnes raisons", lui assura Justin. "Allez, Glenn va finir par s'impatienter." Dans un élan inconscient, Clive se mit alors en marche vers le carré jaune. Mais à la vue lointaine de l'animal, il prit une inspiration sifflante et ralentit sa marche de façon extrêmement significative. C'est à peine s'il ne recula pas devant l'adversité. Au dernier moment, alors que la bataille semblait à portée de victoire. "Il fait au moins deux mètres de long, putain", marmonna-t-il. "Un mètre cinquante à tout casser", rectifia Justin en se retournant et en lui faisant signe de le suivre. "Un dauphin, mon coeur. C'est un gentil dauphin." "Chéri, fais-moi penser de t'amener au cirque, quand tout ça sera fini", lui sourit Clive en se remettant en marche, l'âme désormais guerrière. Il dépassa son homme et devina sa mine défaite, tandis qu'il le laissait quasiment sur place.
Chapitre 2
"Cette jeune fille s'appelle Jane Bernard", leur annonça Glenn quand ces deux hommes se donnèrent enfin la peine de la rejoindre. "Dix-sept ans." Justin prit la carte d'identité (emprisonnée dans un sachet transparent) qu'elle lui tendit et la fit passer à Clive après y avoir jeté un coup d'oeil. Ce dernier nota l'adresse sur son calepin tout en écoutant d'une oreille attentive la suite du rapport préliminaire. Il évitait tout contact visuel avec le requin, bien évidemment, chose qui ne passa pas inaperçu aux yeux de ses deux confrères. "Ses cheveux sont secs et relativement soignés. Ses vêtements également", poursuivit Glenn. "Ce qui tendrait à prouver qu'elle n'est pas entrée en contact avec l'eau salée, du moins pas récemment." "Et sa tête. On dirait qu'elle a vu un fantôme", fit Justin en se penchant vers la victime. "Elle a peut-être tout simplement vu un dauphin", marmonna Clive, la tête légèrement levée au ciel. "Façon de parler", lui précisa l'expert avant de s'adresser à Glenn: "T'as déjà vu ça?" "Oui", dit-elle. "Je me souviens d'un homme... à peu près ton âge. Il s'est retrouvé piégé dans sa voiture alors qu'un train lui fonçait dessus. Il avait la même expression, un mélange de terreur et de désespoir gravé sur le visage. Il a eu largement de quoi le voir venir. Encore un peu et sa tête se couvrait de cheveux blancs." Justin se redressa et jeta un regard à son amant. Il était pâle comme la Mort. Des perles de sueur commençaient à se former sur son front. Ses tentatives pour rester maître de lui et garder toute sa contenance professionnelle s'avéraient complètement vaines. Il ne savait même plus comment se tenir, à tel point que le regarder provoquait en soi un sentiment de malaise. Arrête un peu ton cinéma, c'était ce que n'importe qui aurait pu lui dire. Mais pas lui, et Glenn non plus. Tout le monde avait ses faiblesses. "Elle n'a pas été mordue", reprit la légiste. "Ni au bras, ni même ailleurs, à première vue. Mais j'ai remarqué de nombreuses marques sur sa peau. Des coupures et des petits trous en forme de dents mais positionnés de façon plutôt anarchique." Clive déglutit difficilement sa salive tandis que Glenn retirait de la gueule du poisson la main poisseuse de Jane Bernard. Justin posa un genoux sur le sable afin de l'observer. "Pas d'acidité, ni de morsures évidentes", reprit Glenn. "Le processus de digestion n'a pas commencé. Pourquoi diable aller fourrer sa main dans la gueule d'un requin mort?" Elle secoua la tête et se décala légèrement. Puis elle désigna d'un geste la partie ventrale de l'animal échoué. "Regarde-ça, il est blessé." Clive frémit. Du coin de l'oeil, il voyait son homme s'approcher vraiment très près du requin. Son coeur battait si vite qu'il menaçait pratiquement de s'arrêter. Bon sang, s'il ne redoutait pas tant d'avoir cette bestiole dans son dos, il aurait tourné les talons depuis longtemps. Incroyable, cette manie qu'avait la peur de pétrifier les gens sur place face au danger. Il avait peut-être un peu trop peur pour Justin et ce qui pourrait lui arriver s'il continuait à s'approcher comme ça, mais valait mieux qu'il garde ça pour lui... "Une attaque de squale?" "Probablement. Il faudrait le soulever pour étudier ça de plus près, mais je vous rassure tout de suite, nous ne ferons pas ça ici et maintenant." "Conclusion?" demanda-t-il. "C'est à n'y rien comprendre!" lui lança Glenn. Puis Clive entendit la légiste murmurer quelque chose à Justin, qui lui répondit par un murmure lui aussi. Juste avant qu'il ne se sente entraîner un peu plus loin, très loin d'ici. Enfin. "Qu'est-ce que tu en conclues, toi?" voulut savoir Justin. "Qu'il est un peu trop tôt pour en conclure quoi que ce soit", répondit aussitôt Clive. Quel soulagement. Il respirait beaucoup mieux. Pas encore parfaitement, mais beaucoup mieux. Ils s'éloignaient du périmètre, petit à petit. Soudain, Justin accéléra et se posta pile devant lui. "Ça va aller?" "Bien sûr, ça va déjà beaucoup mieux", le rassura Clive, en lui rendant la carte d'identité de la jeune fille, qu'il avait toujours dans la main. "Je vais aller chez elle, parler à sa famille, et ses amis. Je te tiens au courant." "D'accord. Je t'appelle dès que j'ai quelque chose", lui promit Justin en retour. "Entendu. Fais gaffe à toi." "Il est mort." "Ouais, mais fais gaffe quand même!" insista l'inspecteur en lui faisant un signe avant de s'éloigner. Justin lui rendit son petit signe mais son homme ne le vit même pas, tant il était pressé de quitter cette plage maudite. Même pas un bisou, à peine un sourire. C'était la débandade. Et comme lors de leur seule et unique visite de l'Aquarium, il ne put s'empêcher d'en sourire.
Chapitre 3
Il frappa à la porte de son bureau près de quatre heures plus tard. Peu après l'heure du déjeuner. L'autopsie était achevée depuis un bon moment, et le rapport se trouvait sur le haut de la pile. Il entra dès qu'elle l'y invita, et vint s'asseoir face à elle. "Tu as trouvé quelque chose?" lui demanda-t-elle, tandis qu'elle contrôlait le taux de glycémie présent dans son sang grâce à sa pompe à insuline. "Du sable", soupira-t-il. "De l'eau, du sel. Beaucoup de soleil. Et du vent." Elle rangea dans sa poche son petit appareil, pas plus gros qu'un téléphone portable et lui sourit. "Alors tu as bien fait de venir me voir. J'ai énormément de choses à t'apprendre." Elle joignit ses mains sur son bureau et lui laissa le temps de consulter rapidement le rapport d'autopsie. "Arrêt cardiaque?" s'en étonna-t-il. "À dix-sept ans?" "Elle avait le coeur fragile." Il referma le dossier et le reposa devant lui. Puis il s'adossa à sa chaise, s'installa confortablement et l'écouta. Elle racontait très bien les histoires. "Malformation congénitale. Rien que l'année dernière, elle a subit trois opérations" lui apprit-elle. "Elle aurait pourtant pu vivre de nombreuses années encore. D'après son dossier médical, son état était en voie d'amélioration constante. Tu te demandes sans doute pourquoi il a lâché, et quand, et bien je vais te le dire. Une petite gâterie, avant?" Il se redressa juste une seconde pour attraper un de ses délicieux bonbons acidulés. Pour cela, il dut plonger ses doigts dans le récipient qu'elle lui tendit. Un crâne humain en céramique avec une anse en forme de fémur arrondi. Un cadeau de son amant. Médecin légiste lui aussi, mais à l'hôpital public. Charmant. Le cadeau. Et son amant, aussi. Le même depuis près de quinze ans. C'était dire. "Merci, doc." Ils échangèrent un sourire, puis elle reposa le crâne et poursuivit: "Elle aurait succombé à cette défaillance cardiaque aux alentours de cinq heures et demi du matin. Six heures grand maximum. Soit environ douze heures après notre poisson-léopard." "Alors il ne l'a pas tué", conclut-il. "Il a un alibi en béton, le gentil dauphin." Elle s'esclaffa élégamment, consciente des efforts qu'avaient du fournir Justin pour convaincre Finley d'approcher. "Il s'en est remis?" "Je l'ai eu au téléphone tout à l'heure, il avait encore la voix qui tremblait un peu", lui confia-t-il tout bas, juste au cas où les murs aient des oreilles, et des affinités avec son homme. Elle hocha la tête, d'un air entendu: "Transmet-lui mes voeux de prompt rétablissement, tu veux?" "Je n'y manquerais pas", lui assura-t-il avec un clin d'oeil. "Cause de la mort?" "Le léopard? Exsanguination, consécutive à une morsure de requin. D'après mon confrère, le prédateur serait un énorme requin-tigre. En se basant sur les courants marins, et tout un tas d'autres subtilités "aqua-scientifiques" dont je t'épargnerais la lourdeur, l'attaque aurait eu lieu non loin de la côte, mais bien plus au nord, du côté d'Arena Point. Notre léopard inoffensif a agonisé sur quelques milles et dérivé jusqu'à nous. C'est là que ça devient intéressant." Il ouvrit de grands yeux. Totalement noyé dans le trépident récit de la légiste. Son bonbon à la pomme tournait, et tournait encore dans sa bouche, alors qu'il prenait (comme toujours) un malin plaisir à le sucer jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un fin morceau à croquer. "Revenons à Jane", dit Glenn. "J'ai découvert qu'elle s'est adonnée à des rapports sexuels consentis, peu avant sa mort. La présence de poils pubiens différents des siens ainsi que du sable au niveau de ses muqueuses génitales externes me disent qu'ils ont eu lieux sur la plage. Mais!" "C'est là que ça devient vraiment intéressant?" fit-il, intrigué. "On peut le dire", approuva-t-elle. "Ses poignets étaient bleuis. Et j'ai également prélevé de la peau sous ses ongles. Signes évidents de lutte." "Mais pas de viol", vérifia-t-il. Elle secoua la tête. "Les analyses sont en cours, pas vrai?" "Absolument. On saura bientôt avec qui elle s'est battue." "Le type avec qui elle a fait l'amour?" Elle secoua lentement la tête, dubitative: "Les poils que j'ai retrouvé ne nous mèneront pas à un profil génétique. Et je n'ai pas de sperme, donc il a utilisé un préservatif. Elle a peut-être fait l'amour avec un homme, et s'est battue avec un autre. Quant à savoir ce qui a provoqué son arrêt cardiaque..." "Je vais trouver. Une capote", ajouta-t-il. "Je me suis tapé tout un hectare de plage pour rien. Mais j'ai pas encore fouillé les poubelles. Je vais peut-être récupéré un peu d'ADN... Souhaite-moi bonne chance", dit-il en se levant. Ce qu'elle fit, surprise par sa vive réaction. S'ébattre parmi les ordures ne lui faisait pas peur, au moins. Quel dévouement. Après l'avoir remerciée, il quitta son bureau et retourna sans attendre sur le terrain.
Chapitre 4
La famille et les amis de la victime ne lui avait pas permis de trouver un suspect, mais au moins il en savait déjà beaucoup plus sur la demoiselle. Jane aimait faire la fête. Elle allait en boîte, dans les bars, se faisait inviter à des soirées, et participait même à des raves parties secrètes, ce genre de trucs. Un véritable électron libre qui brûlait sa vie par un bout, alors que l'autre se consumait. Ses parents la laissaient... avaient fini par la laisser s'éclater de cette façon, parce qu'ils ne voulaient pas la voir malheureuse. La maladie de son coeur s'en était suffisamment chargée. Et puis mine de rien, elle était toujours rentrée à la maison avant le couvre-feu. Sauf que cette fois, elle avait rencontré la mauvaise personne. Difficile de savoir qui, et de trouver le moindre témoin, quand il s'agissait d'une soirée illégale... Il espérait que Justin pourrait trouver un indice, parce que sinon, ils allaient devoir y passer des jours entiers. Et d'ici qu'ils trouvent un témoignage, celui-ci ne vaudrait peut-être plus grand-chose. Il l'avait eu au téléphone et connaissait les résultats de l'autopsie. Il savait comme lui ce qui s'était passé, mais pas dans les détails, bien sûr. Il leur manquait ce qui leur permettrait de comprendre toute l'histoire. Il le trouva dans le local destiné à stocker les déchets récupérés tous les matins par les nettoyeurs du littoral. Une simple bâtisse en pierre, avec des trous en forme de porte et de fenêtres. Avec un toit envahi par la végétation pour le côté discrétion. Et des bennes de différentes couleurs entreposées ça et là, et qui faisaient l'aller-retour jusqu'au bord de la route aux passages du camion de ramassage. "C'est gentil de passer me donner un coup de main", l'accueillit Justin, à genoux au-dessus d'un tas d'ordures qu'il avait sorti d'un grand sac poubelle. "À quel endroit?" lui sourit Clive en ôtant sa veste et en retroussant les manches de sa chemise. Son mec, peu surpris par sa réplique, lui tendit deux paires de gants. Une épaisseur pour la saleté, une autre pour les mauvaises surprises (on ne sait jamais). Il lui sourit et se remit à chercher. L'inspecteur enfila les gants, jetant un oeil méfiant au tas d'ordures étalé à ses pieds: "Qu'est-ce qu'on cherche?" "Une capote usagée", lui dit Justin. "Et si tu repères quelque chose qui te paraît intéressant, n'hésite pas à le mettre de côté." "Ok." "Bon, maintenant raconte-moi tout." Ce que fit Clive, en s'agenouillant au-dessus du tas, face à lui pour commencer à chercher. Il commença par lui parler des parents de Jane, de ce que lui avait raconté ses proches, à propos de son goût immodéré pour la fête, et tout ça. Et puis lui apprit ceci: "Elle ne se serait jamais approchée d'un requin, Justin." Celui-ci leva les yeux vers lui. Clive venait d'utiliser son prénom. Ça voulait dire qu'il voulait son attention, et que c'était vraiment important. Ça voulait dire "Justin, écoute-moi bien." "Comment ça?" "Elle en avait une peur bleue." "Phobie?" "C'est ce qu'ils disent. Ils comprennent pas..." Il sembla hésiter, mais finalement se lança: "Un de ses amis m'a demandé si c'était possible qu'elle ait pu mourir de peur." "Et tu lui as répondu quoi?" "Que j'en savais rien." Justin se dit qu'il avait bien fait. Il l'observa un moment et finalement reprit ses recherches. Emballages en plastiques, bouteilles vides, lunettes de soleil cassées, papier journal, crayon, chaussette, moitié de sandwich, mais toujours pas de capote se succédaient entre ses mains. "Tu crois qu'elle est morte de peur?" insista Clive. "Elle avait le coeur très fragile... Alors c'est possible" admit Justin. "D'une certaine façon. Jamais personne n'est mort de peur, tu sais? Enfin pas vraiment." Ils échangèrent un regard. Clive ne répondit rien. Pas même un truc du style "c'est censé me rassurer?" Non, il était un peu trop... perturbé par toute cette histoire. Ce requin. Par cette fille au coeur fragile avec qui il partageait la même peur, mais qui elle en était morte. Il avait besoin d'être rassuré, d'accord. Mais pas qu'on lui dise qu'il n'avait rien à craindre de ces espèces d'énormes poissons antipathiques. Tout ce qu'il voulait c'était qu'on lui dise que même si sa peur était irraisonnée, elle restait compréhensible. Qu'il était quelqu'un de tout à fait normal. Que le ridicule de cette situation ne déteignait pas sur sa personne (et sur sa réputation) Un type comme lui avait le droit d'avoir ses petites faiblesses, non? C'était marrant, d'ailleurs. Avant sa visite à l'Aquarium, il ne s'était jamais vraiment rendu compte à quel point il en avait peur. Il pensait seulement n'avoir jamais apprécié ces monstres, rien de plus. C'est vrai, quoi. Il avait vu "Les Dents de la Mer" à la télé quand il était ado, et ça lui avait pas donné plus de cauchemars qu'à ses potes. Alors pourquoi ces sueurs froides, cette aversion, ces mains qui tremblent, ce coeur qui palpite, aujourd'hui? Fallait dire qu'à Phoenix il en n'avait jamais rencontré. Mangeurs d'hommes ou inoffensifs, morts ou vivants, les requins c'était fait pour rester dans l'océan de toute façon. Loin, très profond. Point barre. "Finley!" Oups. C'était pas la première fois qu'il essayait d'attirer son attention, visiblement. "Quoi?" fit-il. "Reste avec moi, tu veux?" "Désolé. Tu disais?" "Qu'il n'y a rien dans ce sac. On va passer au suivant", dit-il en désignant les trois qui leur restait à fouiller. Et pendant que son amant rêveur se leva pour aller en choisir un et l'ouvrir, Justin ramassa le contenu du précédent pour le remettre dans la benne. Ils travaillèrent en silence quelques minutes, examinant les déchets du nouveau sac, triant les emballages, regardant dans les cornets de glace, feuilletant les magazines et vidant les vieilles chaussures à la recherche de leur indice manquant. "Tu veux savoir ce qui me fout vraiment les jetons?" Un silence s'ensuivit, au bout duquel Clive échappa un petit rire nerveux: "Bien sûr que je veux savoir, chéri." Il le regarda fixement, laissant tout tomber pour enfin savoir ce qui faisait vraiment flipper son mec. Plus que les clowns, en tout cas. Et aussi pour savoir pourquoi il ne lui avait pas dit ça plus tôt. "Le feu." "Le feu", répéta-t-il. "Quel genre, les incendies?" "Non..." "Alors quoi, je..." Mais il s'interrompit soudain. Il venait de comprendre. Un peu trop tard, malheureusement. C'était pourtant évident. Justin lui avait parlé de sa famille, notamment de son père. Mort brûlé vif, sous ses yeux. "Excuse-moi, j'suis un peu long à la percut', en ce moment", regretta-t-il. "C'est rien", le rassura aussitôt Justin. Il lui sourit et se remit de nouveau au travail. Il ne voyait pas l'intérêt d'épiloguer indéfiniment là-dessus. Ils en avaient déjà parlé. Mais il y avait quelque chose qu'il ne lui avait jamais raconté. Pour la simple et bonne raison qu'il n'y avait pas repensé depuis plusieurs mois. Une des nombreuses anecdotes le concernant, et dont il n'était pas particulièrement fier. "Il y a trois ans, j'étais au central pour interroger un type avec Tyler. On avait fini, et on discutait à son bureau. Et puis une femme est arrivée. Elle avait un bidon d'essence avec elle. Elle l'a renversé sur elle et... elle a sorti un briquet. Son mari était en taule, elle voulait le récupérer." Clive frémit. C'était peut-être du à la phase paranoïaque qu'il traversait en ce moment, mais il craignait qu'une fin terrible paraphe cette histoire. Justin poursuivit: "Deux des flics qui étaient là ont joué les négociateurs, et pendant ce temps-là, tout le monde était pétrifié. Je me souviens que plusieurs agents avaient la main sur leur flingue. Moi j'ai agrippé Tyler par les épaules et je lui ai dis "il faut pas la laisser faire, je veux pas l'entendre hurler, la laisse pas cramer!" j'étais complètement flippé." Ce souvenir amer le laissait songeur. Il revoyait cette femme désespérée, son doigt posé sur la roulette de son briquet, à supplier qu'on lui rende son mari, et puis d'un autre côté le regard de son ami, qui tentait de le rassurer. Il n'avait pourtant pas voulu détourner les yeux de cette scène et se barrer. Parce qu'il savait qu'il l'entendrait quand même hurler, qu'il la verrait quand même se débattre contre les flammes qui la dévoreraient. Et même si quelqu'un les éteignait, ce serait trop tard, il y aurait cette odeur… "Tu sais pourquoi je suis un très mauvais cuisinier?" Clive réfléchit, mais finit par secouer la tête négativement. "Parce que je déteste l'odeur de brûlé. Du coup rien n'est jamais assez cuit. Je me sens vraiment con, par moment." Clive haussa les épaules: "Pas autant que moi." Justin se mit alors à rire. Un mélange de soulagement, et puis d'attendrissement, aussi. Son homme ne l'avait sans doute pas fait exprès, mais il avait réussi à lui rendre son sourire. Un vrai. Ça tenait probablement à sa mine défaite et sincère. "Non, mon chou. T'es pas plus con que moi, ça se saurait." Finalement le visage de Clive s'illumina. Leurs regards se croisèrent longuement. Ils ne le faisaient jamais au boulot mais une fois n'étant pas coutume, ils échangèrent un baiser. Rapide, léger, juste-au-dessus des ordures. D'un romantisme douteux mais ils s'en foutaient. C'était juste une façon pour eux de refermer cette parenthèse pas si inutile que ça.
Chapitre 5
Andy Farrell était anxieux. Assis à une table complètement nue, sur une chaise inconfortable dont un des pied était plus court que les autres, il se tournait les pouces. Son regard fixait une des chaises de l'autre côté de cette table, sur laquelle il était accoudé depuis près de trois heures. Ça n'allait pas bien se passer. Pas bien du tout. Et plus les minutes passaient, plus il en était persuadé. Il voulait se la jouer détendu, il faisait de gros efforts pour ça, mais Andy Farrell était vraiment très, très anxieux. C'est pourquoi il sursauta littéralement sur sa putain de chaise brinquebalante quand l'inspecteur qui l'avait arrêté en cette fin d'après-midi fit son entrée. "Farrell, vous êtes dans la merde." La chaise qu'il fixait depuis tout à l'heure couina sur le sol quand Finley la tira à lui pour s'y asseoir. L'expert de la scientifique qui l'accompagnait s'installa quant à lui tranquillement à côté. Il posa un dossier au centre de l'attention. C'était super mal barré. "C'est bien d'avoir pensé à mettre une capote, Andy", fit-il remarquer en ouvrant le dossier. "On l'a retrouvé hier en fouillant les poubelles. Elle était pleine de sable, mais pleine de sperme, aussi. L'ADN correspond à celui qu'on a retrouvé sous les ongles de la demoiselle." Il posa une première photo face à lui. La fille allongée sur la table d'autopsie, blanche et froide comme la mort elle-même. Putain, ça commençait fort. "Je vous l'ai dit, je l'ai pas tué." "On s'en fout, de ce que t'as pas fait. Ce qu'on veut savoir, c'est ce qui s'est passé", intervint Finley en faisant bruyamment glisser sa chaise vers la table pour croiser ses mains dessus. Il le fixa d'un regard très appuyé. Avec les deux griffures qui lui barraient le visage, leur suspect avait vraiment une tête d'assassin. "Tu l'as amené à la plage, vous avez fait l'amour, et ensuite?" Farrell accorda toute son attention à Hollohan. Il préférait ses manières à lui. Sa voix parfaitement calme, ses gestes moins violents, son regard vachement plus neutre. Il posa un oeil distrait aux autres photos qu'il déposait une à une sur la table devant lui. Ça par contre, il appréciait moyennement, et de moins en moins. La fille. Le requin. La main de la fille dans la gueule du requin. C'est bon, quel besoin d'en rajouter? "Ben je voulais remettre ça mais elle m'a dit qu'elle voyait quelque chose de bizarre près de l'eau. On a cru que c'était un type mort. Mais en fait c'était ce requin." Le silence retomba, pas l'anxiété. Il avait tellement imaginé de scénarios possibles pour échapper à la prison qu'il ne savait plus où il en était. Ces photos ne lui rappelait que la vérité. "Et?" le réveilla Finley. "Et... je m'en suis rendu compte un peu avant elle, j'crois. On s'est approché et à un moment elle s'est figée. Elle était complètement paniquée." "Quel vilain jeu de mot", marmonna l'inspecteur. "Elle..." Farrell s'interrompit. Ce type le mettait drôlement mal à l'aise avec ses remarques et ses yeux qui lui transperçaient le cerveau. "Elle a dit qu'elle avait trop la trouille et qu'elle voulait partir", poursuivit-il à l'attention de Justin: "Je lui ai répondu que c'était qu'un poisson mort. C'est pas tous les jours qu'on voit ça de près." "Alors tu l'as forcé à s'approcher." "Je savais pas...!" lâcha subitement Farrell. "Putain je savais pas qu'elle allait..." "Ces griffures, c'est quand elle a essayé de se débattre?" demanda Finley. "..." Farrell eut un mouvement de recul quand l'inspecteur pointa son index tout près de son visage. Ça commençait à bien faire. "Ça t'a pas mis la puce à l'oreille?" insista ce dernier. "T'as pas percuté? À aucun moment? Tu t'es pas dit que tu faisais une énorme connerie?" "J'avais un peu trop bu, je crois", tenta de se justifier Farrell, contenant difficilement sa colère. "Je voulais la laisser partir, j'allais le faire. Mais quand elle m'a griffé, ça m'a foutu en rogne, alors je l'ai... Je pouvais pas savoir qu'elle allait me claquer dans les mains! Moi j'avais bien peur du noir quand j'étais gosse, j'en suis pas mort pour autant." "Son coeur était malade", lui fit alors savoir Hollohan. "Ça non plus tu pouvais pas le savoir." Farrell secoua la tête. Lui au moins il le comprenait. Quel soulagement. Il se sentait un peu moins abandonné, grâce à lui. "Mais si tu crois que ça excuse ton comportement", reprit ce dernier: "Tu te mets le doigt dans l'oeil, Andy. Bien profond." Ah non, pensa alors Farrell. Il était définitivement mal barré, finalement. "Mais je voulais pas!" "Jane non plus. Est-ce qu'elle a eu le choix?" Farrell sursauta encore une fois au son de la chaise qui couina sur le sol. Les deux flics se levèrent, Hollohan reprit ses photos, son dossier, puis ils s'éloignèrent sans un mot. La porte s'ouvrit, il sentit un courant d'air sur son visage et ses poings à présent serrés, puis elle claqua brusquement, le laissant seul et dans de sales draps. "Je veux parler à un avocat!" l'entendirent-ils gueuler à travers la porte. "Je sais pas ce qui me retient d'aller lui botter le cul." "Peut-être parce que tu vaux mieux que ça?" lui suggéra Justin. Clive lui sourit. Oui, sans doute. Il fit signe à un collègue qu'il pouvait embarquer le suspect et le prévint de sa demande concernant l'avocat. Ensuite il raccompagna son amant vers la sortie: "Ça te dirait de fêter ça en tête à tête, ce soir? Je t'emmène en ville." "J'suis ton homme", lui répondit Justin. "Tu m'emmènes pas au cirque, hein?" "C'est une surprise. On se retrouve à la maison, d'accord? En attendant, je te laisse angoisser." "Génial. J'ai hâte d'y être", grimaça son homme avant de tourner les talons pour mettre les voiles, un léger sourire inquiet gravé sur le visage.
Épilogue
"Oh putain!" "Arrête de jurer, merde!" "T'es où?" "Ici." "On est toujours tout seuls, non? Y'A QUELQU'UN??!" "Arrête!!!" insista Clive. C'est là que les néons de secours scintillèrent, avant de s'allumer difficilement. La rame de métro venait de s'arrêter au beau milieu de son trajet entre deux stations, le tunnel était bien sombre, l'éclairage bien pauvre. Pourtant les deux hommes se voyaient à présent comme en plein jour, tant leurs yeux brillaient d'ardeur. "Finley, je t'aime." "Et?" "Est-ce que tu m'aimes aussi?" "Bien sûr, excuse-moi. J'ai eu une très longue journée. On la refait." Après un court silence, la voix de Justin s'éleva à nouveau: "Finley. Je t'aime." "Je t'aime aussi, Hollohan", lui répondit alors Clive en le prenant par le col de son t-shirt. L'expert se fendit d'un large sourire, l'embrassa sur la bouche et l'escalada pour s'asseoir à califourchon sur lui. Il s'agrippa aux sièges juste derrière et enfonça sa langue dans la bouche de son homme. Sur son dos, ses grandes mains le faisaient frissonner. Bientôt, elles se glissèrent sous son t-shirt... Ils venaient de passer la soirée dans un petit restau. Sans aquarium ni clowns. Sans odeur de cramé, ni poubelles à fouiller, bref: le pied intégral. "On va se faire gauler." "Quelqu'un a parlé de gaule?" Justin ricana et prit dans sa main les bijoux de famille de Clive. Il frotta sa main entre ses cuisses, et puis reprit son baiser. Pendant que ce dernier lui défaisait son pantalon pour le faire glisser vers le bas. Soudain, quelque part dans l'espace temps, en ce lieu surréaliste, Justin décolla du siège, et se retrouva assis sur la rangée derrière lui. Clive était maintenant au-dessus de lui, à le dévorer comme s'il profitait de son dernier repas, et à batailler pour se débarrasser de ce putain de jean qui lui barrait le pass... "Faut..." protesta Justin d'une voix étouffée avant de s'écarter pour reprendre un peu d'air: "Faut que j'enlève mes chaussures, que je me retourne, ou quoi, encore?" "Non, tu sais bien qu'on peut pas faire ça ici..." "Alors lâche-moi!!" se débattit Justin, mais dans le feu de l'action, sans savoir trop comment ni pourquoi, il fut entraîné au sol. Et Clive étouffa un juron, preuve qu'il avait rien contrôlé, sur ce coup-là. Il avait du sérieusement défier les lois de l'équilibre, ou quelque chose dans ce goût-là, pour se retrouver ainsi... dans l'embarras. Non mais qu'est-ce qu'il avait bien pu chercher à faire? "Tu m'écrases!" protesta Justin. "Mais je... putain je suis coincé!" "Tu pouvais pas évité de m'entraîner dans ta chute, gros malin? À L'AIDE!!!!" Clive, sa manche coincée entre deux sièges au milieu des deux rangées qui se faisaient face, parvint à peine à ne pas écraser son amant sous son poids, tant il se marrait. Justin gueula encore un coup, avec le souffle qui lui restait, mais dut abandonner. Il riait au moins autant que son mec. "Je sais pas ce que j'ai foutu, je crois que..." Justin le frappa de ses poings. Il avait largement la place de se dégager, mais Clive ne l'aidait absolument pas. "Putain!" s'exclama Clive en tirant un coup sur sa manche pour se libérer. "Arrête-ça!" "AU VIOL!!" "J'vais t'éclater ta petite gueule!" "AU SECOURS!!" Clive plaqua sa main sur le visage de Justin et l'écrasa par terre, interrompant son appel désespéré à l'aide. Justin brassa alors l'air et tenta de griffer son assaillant. C'est du moins ce que les agents du métro constatèrent, et écrivirent un peu plus tard dans leur rapport...
"Non mais ils devraient arrêter la coke, ces types! C'était pas sérieux!" "Et alors? On peut savoir ce qui vous a pris à tous les deux?" "On répétait une scène pour la pièce de théâtre de fin d'année", intervint Clive. "Finley, n'en rajoutez pas, s'il vous plaît", soupira Shelley. "Je vous rappelle que vous êtes accusés de tentative de viol sur un de mes hommes." "Il était consentant!" "Mais enfin c'est pas la question! Je comprends pas pourquoi ça prend des proportions pareilles!" les interrompit Justin en criant assez fort pour que les agents zélés qui les avaient arrêté les entendent bien. "Attentat à la pudeur, trouble à l'ordre public, ça te dit quelque chose?" "David, merde!!" Shelley leva sa main en l'air et le défia de continuer à la ramener comme ça. "Je vais leur parler", dit-il. "Si vous bougez ne serait-ce que le petit doigt ou si je vous entends respirer, je les laisse vous embarquer, c'est clair?" Clive hocha la tête, et à peine Shelley eut-il le dos tourné qu'il lança un regard horrifié à son amant. Dans le sens sarcastique du terme. Alors Justin lui mit un coup de coude, se retenant de respirer mais surtout d'éclater de rire. "J'espère qu'ils nous enfermeront dans la même cellule", lui glissa tout de même Clive à l'oreille. "Fais le malin, on voit que c'est pas ton boss." "Encore heureux, parce que si c'était le mien je serais déjà derrière les barreaux, je te ferais signaler." "Je t'apporterai des oranges", lui sourit Justin. "Bon. Il est clair que vous avez eu le coude léger, ce soir", leur annonça Shelley à son retour. "Je leur ai dit que vous aviez eu une journée difficile, et que vous l'aviez arrosée un peu trop gaiement. Maintenant, ils se rendent enfin compte que ce serait infiniment préjudiciable, pour vous comme pour eux, d'en arriver à de telles extrémités. Vous êtes libres." Un ange passa. "Merci, lieutenant Shelley", fit Clive, les yeux arrondis de surprise. "Et c'est tout?" voulut s'assurer Justin. Shelley leur fit signe de faire demi-tour et de partir loin, hors de sa vue si possible, très vite. Il n'avait plus envie d'entendre parler de cette histoire, ces deux gamins lui avaient fait perdre assez de temps pour aujourd'hui. Il fut soulagé de les voir s'éloigner sans ajouter quoi que ce soit. Mais à son grand désarroi, il avait oublié un détail: "Une dernière chose!" les arrêta-t-il. Quand il eut leur attention, il les regarda l'un après l'autre et leur apprit la terrible nouvelle: "Vous êtes interdits de métro jusqu'à nouvel ordre." "Quoi? C'est possible, ça?" s'en étonna Justin, complètement sidéré. Shelley écarta les bras, d'un air navré. Hé oui, la preuve. Il vit alors l'inspecteur passer son bras sur les épaules de l'expert, et les deux amants quittèrent le poste de commandement du métro de San Francisco avec... il n'arrivait pas à le croire. Et pourtant c'était bien une grande fierté qu'il avait aperçu sur leur visage avant qu'ils ne s'en retournent. Celle des grands jours. Ils avaient réussi un truc que peu de gens avaient réussi avant eux, tout en évitant la prison, faut dire. Il secoua la tête, et céda enfin à son envie de rire, lui aussi. Oh merde, si on lui avait dit qu'il vivrait des moments pareils le jour où il avait signé pour ce poste à San Francisco, il se serait sûrement barré en courant, emportant femme et enfants dans ses valises à moitié déballées. Et pourtant, loin de lui l'idée de regretter un jour la décision qu'il avait prise. Surtout pas un jour comme celui-ci. |
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FIN |
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