Épisode 15 ~ Saison 1


BREATHE ME


AUTEUR : Lex & Val


Rating: -16ans



Prologue

 

Il entendait les bruits assourdis de leur petite sauterie lui parvenir, diminués par les cloisons à peine trop épaisses de la grande maison. Il avait été invité à cette fête comme à toutes les autres, routine de la vie étudiante. Fête nocturne évidemment. Bien qu’elles soient légion, ces petites sauteries où l’alcool et la drogue coulaient à flot n’en étaient pas moins interdites par le doyen et les administrateurs du campus. Ils en avaient connaissance bien sûr et ne faisaient rien pour les empêcher mais officiellement, elles n’existaient pas.

Les fils de riches qu’il arborait tant avaient pleinement conscience du pouvoir qu’ils détenaient sur le personnel d’encadrement. Si les rejetons n’obtenaient pas ce qu’ils voulaient, les parents arrêtaient les dons et l’université périclitait. Loi universelle. Chaque grande université fonctionnait de la même façon, peu importe l’endroit où elle se trouvait.

C’est dans ces fêtes privées, réservées aux seuls membres des confréries étudiantes qu’il la trouvait. Elle évinçait les autres, l’enivrait, le poussant à la séduire jusqu’à obtenir d’elle ce qu’il voulait.

Le résultat de ce jeu de séduction était toujours le même, il l’abandonnait derrière lui après avoir obtenu d’elle ce qu’il était venu chercher, glissant parmi les étudiants éméchés ou défoncés qui ne le remarquaient pas. Et elle gisait seule, au milieu d’un lit aux draps défaits. Immobile, silencieuse... morte.

 

 

Chapitre 1

 

"Oh tu te rends compte! C'est notre première fois!"

Justin se tourna vers son amant et croisa son sourire. "Putain, on dirait le chat du Cheschire", fit-il.

Il attacha sa ceinture en ricanant, et de son côté, Clive se pencha de nouveau vers le hublot, tandis que l'hôtesse de l'air qui mimait les gestes et consignes de sécurité en terminait de son exposé.

"T'as les jetons?"

"Naaan", lui assura Clive en bouclant lui aussi sa ceinture. "Pourquoi?"

"Parce qu'il est six heures du mat' et que je voudrais dormir un peu."

"Et? Tu crois que je vais te broyer la main tout du long?"

Justin jeta un oeil vers le hublot et lui sourit: "Sur 4000 kilomètres ce serait vraiment romantique, mais non merci."

"T'inquiète, je la serrerai pas trop fort."

Ils s'échangèrent un regard et Clive la lui prit un instant, en tenant sa promesse, ne faisant que l'effleurer, adoptant une attitude qui pouvait paraître distraite, mais qui n'était que discrète.

Ils avaient été prévenus de la découverte d'un corps lié à leur enquête la veille au soir, de l'autre côté du pays. Ils s'étaient donc préparés en vitesse, réservant des places dans le premier avion en partance pour New York, et avaient filé à l'aéroport sans avoir pu s'offrir plus de trois heures de sommeil.

Après avoir fait des pieds et des mains pour convaincre leurs patrons respectifs de les laisser y aller tous les deux, ils ne pouvaient cependant pas s'en plaindre. La nuit avait été courte mais la perspective de voir New York, de marcher dans ses rues et d'y résoudre leur enquête les maintenaient aussi en forme que nécessaire.

Et vivre ensemble avait ses avantages. Ils avaient ainsi pu se tirer mutuellement du lit, avaient pris leur douche ensemble, et avait partagé un petit déjeuner hyper caféiné, avant de se tenir compagnie le long du trajet jusqu'à l'aéroport.

 

Tout ça pour ensuite traverser une à une les nombreuses étapes qui précédaient l'embarquement. Leurs insignes leur avaient évité les files de passagers mais pas l'attente. Leur complicité leur avait évité l'ennui mais pas certains regards intrigués, voire désapprobateurs ou encore amusés. Ça dépendait surtout de l'âge, du sexe et de la provenance du spectateur. Ça dérangeait rarement les femmes, sauf les plus vieilles. Et ça déroutait beaucoup les hommes, sauf les habitués des rues de San Francisco.

Une fois installés à leur place à bord du gros coucou de la compagnie Alaska Airlines, leurs marques d'affection et leurs rares baisers volés ne dérangèrent plus personne. Ils n'en abusèrent cependant pas. Même s'ils savaient qu'il leur faudrait se montrer moins démonstratifs dès leur arrivée à New York. Les habitants étaient plutôt cool bien sûrs, mais le NYPD était ce qu'il était. Ce serait donc à eux de s'adapter aux convenances et aux traditions de cette légendaire institution, pas le contraire. Ils s'amuseraient à l'hôtel.

L'avion décolla et ils détachèrent leurs ceintures.

 

"Quelqu'un vient nous récupérer à l'aéroport?"

"Je crois que oui", lui répondit Justin en s'enfonçant dans son siège et en fermant les yeux.

"Au fait!" fit Clive en claquant des doigts.

"Mmmquoi?"

"Tu sais que je t'aime?"

Justin rouvrit les yeux et haussa les sourcils: "Je sais, oui", dit-il avec un air étonné, genre c'est-pas-la-peine-de-te-mettre-dans-un-état-pareil-chéri.

"Bien. Tant mieux", fit Clive, complètement rassuré. "Réveille-moi quand on arrive."

 

Il se cala alors dans son siège, de façon à voir ce qui se passerait à travers le hublot quand il s'endormirait et se réveillerait. Justin le regarda s'installer sans rien dire, jusqu'à ce qu'il lui mette un coup sur le bras: "Finley! C'était MA réplique, ça!"

"Oh c'est vrai? Excuse-moi, j'ai pas eu le temps de relire le scénario avant de venir", regretta Clive en se tournant vers son amant, un oeil grand ouvert.

"Putain... Je comprends pourquoi tu seras jamais qu'un second rôle", lui rétorqua celui-ci avec un grand sourire ironique.

Clive eut un petit rire et lui dit: "En parlant de Cheschire, t'es pas mal non plus."

"Merci."

Ils s'embrassèrent et s'arrangèrent finalement pour s'endormir en même temps, et se réveiller aussi à peu près en même temps, après cinq heures de vol au-dessus des États-Unis.

En posant le pied à New York huit heures plus tard en comptant le décalage, et avec dix degrés de moins au thermomètre, ils s'emmitouflèrent dans leurs vestes soudain un peu trop légères, et se dirigèrent vers le terminal afin d'y récupérer leurs bagages.

Les choses sérieuses allaient enfin pouvoir commencer.

 

 

Ils ne devaient rempiler qu’en milieu d’après-midi et avaient donc pu savourer tranquillement cette demie journée de liberté qu’on leur avait " gracieusement " offerte avant l’arrivée de leurs homologues de San Francisco. Danny avait entendu parler de ce clone qu’il avait de l’autre côté du continent et était plutôt curieux d’enfin le rencontrer. Mais bien loin de songer à l’expert qui ne tarderait plus longtemps à débarquer en compagnie de son collègue inspecteur, il s’était concentré sur son amant, étendu à ses côtés jusqu’à ce qu’ils finissent par laisser filer l’heure.

Ils étaient arrivés au labo avec tout juste quelques minutes de décalage pour ne pas susciter d’interrogations et avaient été envoyés dans deux directions totalement opposés. C’est ainsi que Don se retrouvait, dans un hall bondé d’aéroport, à attendre deux de ses confrères. Il n’avait rien trouvé à redire à cette mission peu commune, non pas qu’il ait vu un quelconque inconvénient à venir réceptionner les deux flics au JFK mais c’était pas non plus dans ses attributions. Sauf si les inspecteurs du NYPD devaient désormais faire office de chauffeur et qu’on ait omis de l’en informer.

 

"Justin Hollohan", se présenta l'expert en serrant la main que lui tendait Don. "Et voici l'inspecteur Finley."
"Lieutenant Don Flack", fit celui-ci en serrant à son tour la main de son confrère californien. "Allons-y. Je vais vous déposer à votre hôtel, ensuite on ira au labo pour un briefing complet."
Justin acquiesça et ils se mirent en marche. Aussitôt, alors que Don avait le dos tourné, il se tourna vers Clive et haussa les sourcils d'un air est admiratif. Il trouvait visiblement leur contact très séduisant.
Clive lui sourit furtivement avant de lui lancer un regard appuyé. Ça commençait fort, bonjour la discrétion.

 

 

Chapitre 2

 

À peine avaient-ils posé leurs affaires dans la chambre qu'ils allaient partager durant leur séjour que le téléphone se mit à sonner. Clive décrocha aussitôt et après une grimace de surprise, annonça qu'ils arrivaient tout de suite. Il reposa ensuite le combiné et dit à son amant: "C'était Flack. Changement de programme. Il vient de recevoir un appel, une autre victime a été découverte sur le campus."

"Merde. C'est la quatrième, Finley. On va avoir le FBI sur le dos, avec ces conneries."

"Sauf si on chope ce connard avant. Allez, on y va."

 

Le ruban qui entourait la scène de crime permettait aux experts de travailler plus facilement, tenant à l’écart les curieux et balisant l’espace. L’endroit était relativement calme lorsqu’ils arrivèrent, slalomant entre les étudiants qui récupéraient de leur nuit de débauche, surveillés par des flics à l’air impassible. Don jeta rapidement un œil autour de lui pour s’assurer que ses hommes étaient bien à leur poste. Non pas qu’il doute de leurs compétences, mais arriver bien après eux ne lui plaisait pas particulièrement. Il les connaissait assez pour savoir qu’aucun d’entre eux ne saccagerait la scène de crime, effaçant des indices qui pourraient plus tard permettre de confondre leur coupable, mais, il tenait à s’assurer quand même que le travail avait été bien fait et que la scène de crime était sécurisée. Trop d’étudiants étaient encore sur place, trop imbibés d’alcool et il n’était pas garanti que leur assassin ne soit pas parmi eux. Alors Don, aux aguets surveillait ce qui se passait autour de lui, tout en répondant du mieux qu’il pouvait aux questions des deux flics de San Francisco.

 

Ils montèrent les quelques marches qui séparaient leurs témoins de la scène de crime et furent accueillis par les flashs d’un appareil photo. Don adressa un discret signe à Danny, lui signalant leur arrivée et attendit que celui-ci les rejoigne. Sheldon et Sid étaient là aussi, l’un penché au dessus du corps sans vie de la victime et le second, penché sur ce qui à première vue devait être les vêtements de la jeune femme étendue sur le grand lit aux draps défaits. Ils avaient l’air d’avoir bien avancé. Les marqueurs jaunes parsemaient déjà la pièce, signalant les indices, la poudre noire recouvrait certaines surfaces, dévoilant des empreintes qui pouvaient avoir un lien avec leur affaire comme le contraire.

 

Don mit au courant Hollohan et Finley des éléments qu’ils avaient prélevés sur la dernière scène de crime et ce qu’ils en avaient conclu, gardant un œil sur Danny. L’expert avait posé son appareil et se dirigeait à présent vers un coin de la pièce, armé de sa mallette qu’il finit par poser à ses pieds. Il s’accroupit, fouilla quelques secondes à l’intérieur et en ressortit un bâtonnet de coton qu’il frotta sur le sol. Il versa quelques gouttes d’un liquide transparent dessus et l’objet pris une teinte rose. Aucun doute, il s’agissait de sang humain. Danny emballa sa nouvelle preuve, photographia l’angle de la pièce puis finit par abandonner son attirail pour venir le rejoindre.

Don procéda rapidement aux présentations, souriant en voyant son homme jauger les nouveaux venus. Il pouvait presque entendre les rouages de son cerveau se mettre en marche alors que son regard semblait scanner son homologue. Visiblement il fut satisfait de son inspection et il entreprit de mettre son collègue au courant de l’aspect scientifique de l’enquête. Aspect incompréhensible pour le commun de mortels dont il faisait partie.

"À croire qu'il savait que vous arriviez et qu'il a voulu vous faire un petit cadeau de bienvenue", dit-il.

Clive eut un rire discret, songeant que ce type de remarque aurait tout à fait pu sortir de la bouche de Justin. Les deux experts étaient apparemment fait pour s'entendre...

 

Il se tourna vers Don, et ils se dirigèrent ensemble vers leur terrain de chasse privilégié: Les étages, véritables nids à témoins, la plupart du temps du moins...

 

Pendant ce temps, Danny, Sheldon et Justin écoutèrent ce que le légiste avait constaté jusqu'à présent. À savoir que la jeune fille était morte de la même façon que les autres, étranglée à l'aide d'un filin métallique, et que son corps avait été déposé soigneusement. En l'occurrence sur le lit, comme si elle dormait.

"Il est attaché à elles", fit Justin.

"Alors pourquoi les tuer?" demanda Sheldon.

"Pour qu'elles lui appartiennent", proposa Danny. "Jusqu'à ce que la mort les sépare."

"Elles doivent lui rappeler quelqu'un qu'il a aimé."

"Si je ne m'abuse", intervint Sid avant de partir avec le corps de la jeune femme pour l'autopsier: "Vous jouez les profileurs?"

"Il faut bien que quelqu'un le fasse", lui sourit Danny. Puis quand ils se retrouvèrent seuls, il se tourna vers ses deux coéquipiers et ajouta: "C'est la quatrième. Il faut absolument qu'on tienne une piste avant de rendre l'affaire publique."

Sachant très bien ce que signifiait ce seuil fatidique des quatre victimes, ils acquiescèrent. Ils n'avaient pas du tout envie de voir le FBI rappliquer pour terminer le travail qu'ils avaient abattu jusque là.

La guerre des services n'aurait pas lieu. Parce qu'ils la gagneraient avant même qu'elle soit déclarée.

 

 

Chapitre 3

 

"Ne serait-ce pas mon jeune ami Monsieur Messer qui nous arrive ? " murmura Sid, les regardant approcher par dessus ses lunettes.

Danny sourit en rejoignant le légiste, suivit de près par Justin qui observait avec attention tout ce qui se déroulait au royaume du Docteur Hammerback.

" Vous m’avez amené votre nouvel ami. " constata le maître de lieux en souriant au nouveau venu.

" Absolument, il méritait de vous voir à l’œuvre en milieu naturel. Vous êtes notre attraction touristique personnelle Sid. "

Le légiste éclata de rire sous le regard amusé de Danny et celui un peu étonné de Justin.

L’expert californien s’était déjà rendu compte sur la scène de crime que l’homme était un peu étrange, il se rendit compte alors à quel point il était proche de la vérité.

 

"Vous avez trouvé quelque chose ?"

"Notre jeune victime est morte par strangulation. Il est dommage qu’une brute sanguinaire ait abîmé un si joli cou. Est-ce que vous savez que les cous étaient l’objet de bien des attentions à une certaine époque ? Moi-même je…"

"Strangulation ?"

"Hein ? Ah oui, elle est morte étranglée. Ce n’est pas vraiment une surprise, les traces autour de son cou tendaient déjà à nous le prouver. Je ne vous apprends donc rien de nouveau."

"En effet", marmonna Danny sans se départir de son sourire.

 

"Cependant", ajouta le légiste, conscient de son petit effet, "j’ai remarqué un fait étrange. Il y a d’autres traces sur le cou de la demoiselle. En comparant les corps des deux dernières victimes, j’ai pu remarqué que les traces étaient aussi présentes sur le cou de la victime numéro 3. Je vais vous donner les photos."

Sid se retourna pour fouiller parmi le capharnaüm qui régnait sur son bureau sous le regard médusé de Justin qui se demandait très clairement s’il n’avait pas atterri dans une dimension parallèle. Lui, habitué au professionnalisme de Glenn était très clairement dérouté par l’attitude du légiste qui semblait retourner le contenu de son bureau avec un entrain incroyable.

 

Ils finirent par quitter l’antre de Sid, retrouvant la lumière plus agressive des labos, chargés des photos que le légiste avait enfin retrouvé au milieu d’une pile de revue médico-légales.

"Il est toujours comme ça?"

"Pas vraiment, je l’ai trouvé en petite forme aujourd’hui", sourit Danny. "Sid est un peu loufoque mais on s’habitue très vite."

"Vous croyez que ce qu’il a trouvé va nous aider?"

"Je pense, il a le don pour mettre le doigt sur les trucs importants. Vous avez les photos de vos victimes?"

"Oui. Flack et Finley nous rejoignent ici?"

Danny acquiesça d’un bref signe de tête, déjà perdu dans la contemplation des clichés pris par Sid. Justin y joignit celles de ses propres victimes et ils les virent immédiatement. Les traces de frottements, juste sous les oreilles des victimes et sur leur nuque étaient flagrantes. A tel point qu’ils s’étonnaient de ne pas les avoir vu sur les scènes de crime.

 

Ils relevèrent la tête dans un bel ensemble quand les deux inspecteurs les rejoignirent. Don passa derrière Danny, le frôlant discrètement avant de venir se placer à ses côtés et regarder à son tour les photos.

"C’est l’œuvre de Sid?" 

"Absolument."

Danny lui désigna les zones de peau abîmée et lui demanda ce qu’il en pensait.

"A part le fait que ça ait l’air de provenir du même objet je vois pas vraiment. C’est toi le scientifique Messer, t’en déduis quoi toi?"

"Pour le moment pas grand chose. Les voisins, ça a donné quoi?"

"Ils ont pas été très loquaces", intervint Finley. "Ils n’ont rien vu, rien entendu et ne connaissaient pas la victime."

"Il faut qu’on trouve quelque chose rapidement, on peut pas laisser le FBI nous piquer notre enquête."

"Danny, je crois pas que faire de l’enquête un enjeu entre services nous soit d’une aide quelconque. Vous n’avez rien trouvé d’autre?"

Don regarda Danny et Hollohan secouer négativement la tête. Ils n’avaient rien de plus si ce n’est une nouvelle victime et des traces similaires sur les corps. Il intercepta le bâillement étouffé de Finley, rapidement suivi par celui de son collègue et constata que les deux hommes avaient l’air épuisé. Le décalage horaire commençait à se faire sentir. D’un commun accord, ils convinrent de s’arrêter là et de reprendre l’enquête demain à la première heure.

Mac raccrocha son téléphone et leva les yeux vers l'entrée de son bureau: "Lieutenant Hollohan, comment allez-vous?"

"Bien merci."

"Vous avez fait bon voyage?"

Justin acquiesça et quand Mac l'eut rejoint, lui serra la main. "Je n'ai pas eu une minute à moi pour venir vous saluer", regretta ce dernier. "Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous?"

"Non, j'étais juste passé pour vous dire que Danny n'est pas si insupportable que ça."

Mac acquiesça en lui rendant son sourire, avant de lui demander: "Et cette enquête? Ça avance bien?"

"On a fait tout ce qu'on a pu aujourd'hui. On s'y remet demain matin à la première heure. Je voudrais jeter un oeil à la première scène de crime, et relire le dossier."

Sous-entendu la première scène de crime new yorkaise. Celle pour laquelle ils étaient venus jusqu'ici, et qui avait dû être éclipsée à cause d'un second meurtre, la veille.

"Excellente idée", approuva Mac.

C'est alors qu'il aperçut un homme dans le couloir. Quelqu'un qu'il n'avait jamais vu, et qui discutait avec Don et Danny.

"Je vous présente l'inspecteur Finley", lui dit Justin en suivant son regard. Puis se retournant vers lui précisa: "On est comme Laurel et Hardy. Lui c'est le gros, moi le petit."

"Je vois", sourit Mac.

"Bon, je vous laisse. Passez une bonne soirée", lui dit finalement Justin en leva sa main en signe d'au revoir, avant de s'en retourner.

"Merci, Justin. À demain."

 

 

Chapitre 4

 

C'était comme à la télé. Les bruits de la ville étaient différents de ceux de San Francisco, mais ils résonnaient dans cette piaule comme dans les films. Du coup ils ne se sentaient pas du tout dépaysés. Bien sûr, ils se les gelaient sévère, ici. Quelques degrés de plus à l'extérieur de ces murs, ça aurait peut-être été un peu trop demander, faut croire.

A l'extérieur, seulement. Parce que là tout de suite, le chauffage semblait avoir un problème. Il fonctionnait à fond comme s'il voulait prouver au californien et à l'inspecteur d'Arizona qu'il savait recevoir ses invités et les faire se sentir exactement comme chez eux.

Il en faisait un peu trop, malheureusement. Et pas moyen de régler le thermostat, bien évidemment.

Alors ils avaient ouvert un peu la fenêtre.

Jamais contents, qu'il devait se dire…

Étendus sur le dos, vêtus comme à l'origine des temps, les deux hommes ne se touchaient que des épaules. Clive observait son amant, son corps, son visage, ses paupières closes. Et puis la tentation devint trop grande. Alors plutôt que de le dévorer des yeux, il se mit à l'effleurer des doigts. Malgré la pénombre, il remarqua un léger sourire se dessiner au coin de ses lèvres. Un sourire qui s'élargit quand il descendit plus bas pour le prendre en main.

"Dis-moi", chuchota-t-il. "Nos deux contacts, ils seraient pas un peu pédés, sur les bords?"

"Mmm, t'as remarqué, toi aussi", fit Justin d'une voix fatiguée mais d'humeur sereine.

Puis il tendit sa main et vint caresser la hanche de son homme et sa cuisse. Celui-ci se faisait déjà plus entreprenant. La température augmentait encore et encore... Et il se retrouva brusquement contre lui, à présent les yeux grands ouverts, incertain. Clive venait de l'attraper par le poignet et de se tourner sur le côté de façon à lui tourner le dos.

Justin aurait voulu lui demander s'il était sûr, mais là tout de suite, plus explicite que ça, ça n'existait pas.

Clive était plus qu'entreprenant. Il creusait ses reins, écartait les cuisses et sa main allait et venait le long du membre de son amant qui enflait et se dressait entre ses fesses. Il n'y allait jamais par quatre chemins. Et ce qu'il voulait maintenant, c'était inverser les rôles. Il se cambra un peu plus et sentit le gland de son homme frôler un point très sensible de son anatomie.

Justin échappa un gémissement. Ses doigts étaient dans la bouche de Clive.

C'était la chaleur? New York? Quoi que ce soit, fallait pas s'en faire. Ils étaient tous les deux pleinement consentants.

Une fois humidifiés par sa propre salive, Clive dirigea les doigts de son amant en bas de son dos, et ce dernier s'occupa du reste. Il émit un grognement quand Justin le pénétra après l'avoir chauffé, et manifesta un certain plaisir à le sentir le chatouiller de l'intérieur. Il réprima un cri d'extase. Son homme y allait doucement, il s'enfonçait petit à petit, ça faisait un peu mal mais il ne voulait pas que ça s'arrête trop tôt.

Facile à dire.

Sa vue se brouilla même dans le noir, il surchauffa comme si c'était encore possible et signa la fin des ébats alors qu'il commençait tout juste à s'amuser.

"Ah bordel de merde, j'suis désolé."

"Ne le sois pas!" lâcha subitement Justin, le souffle court. "Tu permets?"

"Vas-y, fais comme chez moi..."

Clive tendit son bras en arrière, caressa les fesses de son amant et le laissa finir en l'accompagnant du geste. Finalement il gémit un coup quand Justin vint à l'intérieur de lui, puis encore une fois quand celui-ci se retira.

Pour une première fois, c'était bâclé, mais pas assez merdique pour ne pas retenter l'expérience ultérieurement.

Justin se cala tout contre lui, l'enlaça et ils s'étreignirent ainsi, sourires aux lèvres.

"Tu crois que nous deux, ça se voit aussi?" se demanda Clive.

Justin l'embrassa sur la nuque, puis lui lécha le cou: "Il y a des chances pour que ça se voit demain, oui..."

"C'est possible", admit alors Clive. "Ce sera bien fait pour moi."

Le souffle rieur de son homme lui chatouilla le cou agréablement, mais après un baiser juste sous l'oreille, tout s'arrêta.

Il s'en inquiéta, mais compris bien vite ce que son scientifique préféré venait de découvrir.

"Bon sang..."

"Mais c'est bien sûr!"

Justin s'écarta et Clive se retourna sur le dos. Ils échangèrent un regard entendu, fiers de leur déduction, et s'enlacèrent à nouveau.

"Il leur fait ces marques avant ou après les avoir tuées?"

"Pendant qu'il les tue", lui répondit Justin.

"Alors quoi, il serait attiré par leur peau délicate? Leur parfum subtil?"

"C'est très possible. En tout cas c'est joliment dit. Faudra le mentionner dans le dossier, ça va en jeter."

"J'espère bien. On n'a pas fait quatre mille bornes pour rien. J'suis pas payé pour faire de la figuration..." ajouta-t-il en l'approchant de lui pour l'embrasser.

 

 

Chapitre 5

 

"Et vous avez trouvé ça par hasard?"

Don interrogeait Clive sur leur récente découverte tout en gardant un œil sur Justin et Danny à quelques pas devant eux. L'inspecteur californien ne sembla même pas gêné, ce qui fit sourire Don. Sourire qu'il perdit bien vite quand il sentit le regard de Finley sur lui, à l'affût. Et il ne savait que trop bien ce que son homologue cherchait. Il grimaça légèrement devant l'air satisfait de l'inspecteur.

"Ça se voit tant que ça?"

Non pas que la perspective que ces deux flics, gays de surcroît, soient au courant lui pose un problème quelconque, ils ne seront de toute façon pas amenés à se revoir, mais la perspective que quelqu'un d'autre ait pu deviner lui plaisait moyennement. Pas du tout à dire vrai. Il n'était pas préparé, pas plus que Danny, à l'éventuelle possibilité que leur délicieux secret n'en soit plus un.

Clive s'amusa quelques minutes de la gêne de son collègue new-yorkais avant de le rassurer. A moins d'être coutumier de ce genre de choses, et il l'était, on ne pouvait pas se douter une seconde que Danny et lui étaient amants. Sa réponse sembla rassurer Flack qui accéléra le pas pour rejoindre les deux experts, figés sur le seuil de la pièce.

 

Don sentit que quelque chose n'allait pas. Pas de menace visiblement puisque Danny n'avait pas dégainé son arme, mais quelque chose semblait le perturber. Il regarda attentivement la porte close sur laquelle les scellés étaient toujours posés. Ils paraissaient avoir bougé mais la différence était tellement infime qu'il ne pouvait le jurer avec certitude.

" Quelqu'un est revenu sur les lieux. "

son homme et lui en étaient arrivés à la même conclusion, les scellés avaient donc bien bougé. Il vit Danny enfiler une paire de gants et ouvrit avec précaution la porte, cherchant à ne pas effacer de possibles indices.

Rares étaient les curieux qui osaient dépasser la ligne jaune, synonyme de crime, de sang et de violence. Les seuls qui s'y risquaient étaient toujours les mêmes et appartenaient à deux catégories. Les fouines sans scrupules possédant une carte de presse et se croyant tout permis et les autres, plus dangereux, tout aussi néfastes, les assassins.

Un expert, qu'ils avaient rencontré dans le Nevada, avait coutume de dire qu'après les forces de l'ordre, les premiers à revenir sur les lieux du crime étaient les coupables. Ça s'était avéré exact à plusieurs reprises et Don avait fini par penser que l'expert amoureux des insectes connaissait parfaitement son job et la façon tordue dont fonctionnaient les assassins.

 

Ils ne s'attendaient pas réellement à trouver quelque chose de nouveau. Ils étaient venus dans le simple but de montrer à Finley et Hollohan, l'avant dernière scène de crime. Danny se retourna vers Don, tendit la main et sans un mot reçu les clés de la voiture. Il disparut ensuite rapidement, sous l'oeil des trois hommes restants qui n'avaient plus qu'à l'attendre.

 

Et ils n'attendirent pas longtemps. Justin eut tout juste le temps de se rapprocher de son homme avant de voir Messer revenir, mallette en main, un air déterminé sur le visage. Ils le regardèrent relever les empreintes sur les bandes jaunes et la porte puis finirent par pénétrer dans cette chambre qui avait vu un être humain en tuer un autre. Justin entendit vaguement Flack et Finley quitter la pièce, se concentrant sur ce qui l'entourait. Cette scène de crime n'avait pas grand chose en commun avec celles de San Francisco. Seul le mode opératoire du tueur semblait concorder, ainsi que le type de victimes. Toutes des femmes, entre 20 et 30 ans. Elles n'avaient rien de physiquement frappant, se fondant dans la masse de leurs congénères féminines. Ni insignifiantes ni tape-à-l'oeil, elles avaient pourtant été la cible de leur tueur. Mauvais endroit, mauvais moment sans doute. Avec en plus une particularité olfactive qui semblait avoir attiré sur elles le prédateur.

 

"Les étudiants qui vivent dans les chambres avoisinantes n'ont rien remarqué de suspect. Ni vu personne d'étranger à la confrérie."

Justin sortit de sa contemplation en entendant la voix grave de Clive. Il revint au centre de la pièce et écouta ce que Clive et Flack avaient découvert. Autant dire pas grand chose. Pas de visage inconnu, de bruits étranges et tous admettaient avoir plus ou moins évité le périmètre depuis le meurtre. Ils repartaient donc au labo avec de nouvelles empreintes qui, ils l'espéraient tous, leur donneraient le nom du meurtrier.

 

 

Ils attendaient tous avec impatience et frénésie, un résultat de concordance avec les empreintes trouvées lors de leur escapade.

Danny avait fini par quitter la pièce, préférant se dégourdir les jambes plutôt que d'attendre devant l'écran désespérément muet de l'ordinateur. Don l'avait très rapidement suivi sous le regard goguenard de Clive et celui très intéressé de Justin.

" Il a confirmé?"

"Il a pas eu besoin, ça s'est lu sur son visage."

Justin quitta sa chaise et s'approcha de son homme, l'allumant de sa simple démarche.

"A quoi tu joues Hollohan? Tu crois vraiment que c'est l'endroit?"

"Je suis censé répondre à cette question? Parce que je pourrais faire quelque chose de beaucoup plus agréable que parler avec ma bouche."

"Du genre?" Une simple étincelle dans les yeux de son homme et Clive comprit l'allusion. "Oh, ce genre de choses. N'y penses même pas. C'est ni le lieu, ni le moment."

"Vraiment? Mince alors, je pensais que Flack et Messer étaient partis passer le temps de cette façon là."

"T'es vraiment pas croyable", se marra Clive. 

Justin prit une chaise à côté de lui et la tourna pour s'y asseoir à califourchon. Il croisa ses bras sur le dossier et contempla avidement son amant. Les bras croisés sur son torse, vautré sur sa chaise, celui-ci préféra reporter son attention sur l'écran de l'ordinateur.

"N'importe qui peut s'amener à tout moment", dit-il.

"Ça t'excite pas?"

"Pas du tout."

Justin émit un sifflement de douleur. Ça faisait mal d'entendre des trucs comme ça.

"Je parle de la situation, seulement. Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit", murmura Clive.

Son sourire n'avait pas disparu, bien au contraire. Et il s'éclipsa à peine quand il vit du coin de l'oeil son homme tenter une approche... et la réussir.

"Quelle résistance!", le nargua Justin en posant sa main sur son entre-jambe et en l'enfonçant entre ses cuisses, lentement. Il leva les yeux vers Clive et s'humecta les lèvres. Sa main se frottait contre le pantalon de son homme, ses doigts s'enfonçaient entre ses fesses et son poing se serrait et se desserrait, massant avec ardeur ses testicules.

"J'ai une énoooorme autorité sur toi", ironisa Clive. "Tu sais que si quelqu'un nous surprend, on va nous coller un blâme?"

"Un quoi?"

"Un blâme, tu sais bien... B.L.A.M.E. T'en as forcément entendu parler..."

"Oh ça, c'est comme le yéti. On m'en a souvent parlé mais j'en ai jamais vu la couleur."

"On te parle souvent du yéti, à toi?" s'étonna Clive qui avait de plus en plus de mal à rester indifférent.

"Jimmy a une théorie, là-dessus."

"Tiens donc."

Justin baissa les yeux et intensifia ses gestes, comme s'il sculptait une statue d'argile. "Tu dis toujours ça", sourit-il.

"Quoi?"

"Tiens donc. T'as jamais remarqué?"

"Oh..." Clive ferma les yeux et réprima un gémissement. "Stop", balbutia-t-il. Il prit le poignet de Justin et éloigna sa main. D'une voix plus assurée et forte il insista: "Stop, ça suffit. On peut pas faire ça."

Il se redressa sur sa chaise et sans le lâcher, croisa le regard de Justin. Il l'avait connu plus déçu. Apparemment, et ce malgré les apparences, lui aussi connaissait les limites à ne pas franchir. Tant mieux.

"T'as raison", admit celui-ci. "Si Taylor se pointe, il va se demander pourquoi t'es au garde-à-vous."

Clive enragea et l'attrapa par les cheveux. Il colla ensuite ses lèvres aux siennes et ils s'embrassèrent sagement... parce qu'ils n'avaient pas grand-chose d'autre à faire dans l'immédiat, et que ça ne risquait pas de leur porter préjudice si quelqu'un venait à les surprendre.

Comme le fit quelques minutes plus tard Joaquin Scott.

"Regarde qui voilà."

Clive suivit le regard de Justin et étudia le visage de l'homme qui venait d'apparaître devant eux sur l'écran. Ils le tenaient enfin.

 

Ils l'avaient cueilli alors qu'il franchissait les portes de la résidence universitaire. Il avait été tenté de feindre l'incompréhension mais y avait vite renoncé en rencontrant le regard glacial et très antipathique de l'inspecteur.

Il comprit son erreur une fois face aux membres la police scientifique. Il n'aurait jamais dû y retourner. Mais son odeur avait été si marquante, si prégnante qu'il avait voulu en retrouver la trace, même infime.

"Il y a un truc que je ne comprends pas, Monsieur Scott. Si le parfum de ces jeunes femmes vous plaisait tant, pourquoi n'êtes vous pas allé l'acheter? Un petit coup de pschit et hop, pas besoin de tuer quatre innocentes jeunes femmes pour un plaisir éphémère?"

"Vous n'avez rien compris."

"Effectivement. Et si vous nous expliquiez."

Ça n'avait rien d'une question, il le savait. Il n'allait pas avoir d'autre choix que répondre, ce que lui confirma un regard de son avocat.

"Vous connaissez Patrick Süskind, messieurs?"

"Un ami à vous?"

Il jaugea un instant l'inspecteur, cherchant à savoir si celui-ci plaisantait. Il précisa cependant:

"Süskind a écrit le plus merveilleux roman de ces derniers siècles. Laissez-moi vous le résumer. Jean-Baptiste Grenouille était français et avait ce don incroyable, un odorat surdéveloppé. Il créait des parfums à partir d'odeurs humaines. Il rencontre un soir une jeune fille rousse aux yeux verts, dotée d'une odeur formidable qui le trouble profondément. Pour la première fois de sa vie, Grenouille ressent une forte émotion. Il doit posséder ce parfum extraordinaire, voilà désormais le sens de sa vie. Il tue alors la jeune fille pour s'imprégner totalement de son odeur. Ce meurtre et l'obtention de ce formidable parfum sont les éléments qui vont déterminer la vie de Grenouille : il veut devenir le meilleur parfumeur du monde."

"Et donc, vous les avez tué pour devenir le meilleur parfumeur du monde?"

"Non. Je ne voulais pas les tuer, pas vraiment. La première était un accident. Tout est de sa faute. C'est avec elle que j'ai découvert que leur parfum était bien plus fort quand la peur et la mort s'emparaient d'elles."

"Vous êtes conscient qu'on ne peut pas voler les odeurs des êtres vivants, n'est-ce pas?"

"On ne peut pas les voler mais on peut les sentir, s'en imprégner et en garder un souvenir inaltérable."

Don contemplait Joaquin Scott, assis face à lui. Justin et Danny, présents eux aussi, semblaient aussi déstabilisés que lui. Ils laissèrent l'homme être ramené en cellule avant de sortir de leur torpeur et de partager leur ahurissement, très vite rejoint par Finley qui n'avait rien raté de l'interrogatoire. Ils avaient tous déjà vu des choses incroyables, des choses incompréhensibles et dont le sens les dépassait. Cette fois encore, ils ne comprenaient pas. Ils ne comprenaient pas comment un homme, s'inspirant d'un roman pouvait en venir à tuer d'autres êtres humains. Même si Scott leur avait expliquer pourquoi il avait agi ainsi, il n'en restait pas moins qu'ils ne comprenaient pas. Et en un sens, cela les rassurait. Tant que la logique de certains tueurs les dépassaient, ils avaient encore l'impression que rien ne les rapprochait, qu'ils étaient humains.

 

 

Epilogue

 

Ils avaient à peine eu le temps de boire un verre avant de les raccompagner à l’aéroport. Ils n’avaient pas reparlé de l’affaire, préférant se concentrer sur des anecdotes plus drôles et plus légères. Danny avait été charmé par les talents de conteur de Justin, appréciant son cynisme, son goût immodéré pour les sarcasmes et son humour acide. Il s’était alors rappelé que Mac lui avait parlé de l’expert, mentionnant le fait qu’ils aient beaucoup en commun. Mac ne s’était pas trompé, et aux regards que lui lançait Don à chaque histoire de Justin, visiblement l’avis était partagé par son amant.

Il s’était surpris à penser, en regardant Hollohan et son amant, que ces deux là étaient parfaitement assortis, s’équilibrant parfaitement. Il s’était demandé quelle image Don et lui renvoyaient quand ils laissaient tomber les apparences. Ça arrivait rarement, ils n’étaient pas prêts, pas plus que leur entourage.

 

Ils les avaient déposé à l’aéroport, attendant avec eux que leur avion décolle, puis avaient rebroussé chemin. La porte de l’appartement s’était à peine refermée sur eux qu’ils s’étaient jeté sur l’autre, savourant de se retrouver à l’abri des regards, de se retrouver seuls, libres d’agir comme bon leur semblait sans surveiller leurs arrières. Don détacha ses lèvres de celles de Danny et l’entraîna à sa suite sur le canapé. Ils s’y laissèrent tomber, Danny affalé sur Don, les bras de celui-ci passés autour de sa taille. Ils laissèrent le silence s’installer, seulement troublé par leurs lentes respirations, chacun plongé dans ses pensées.

 

"Tu crois qu’ils sont plus heureux que nous?"

Danny releva légèrement la tête pour planter son regard dans celui de Don. La question le surprenait autant qu’elle le déstabilisait.

" Tu n’es pas heureux ?

"Si mais…"

"Mais quoi?"

"Rien, oublie."

"Don", insista Danny.

 

Don resserra son étreinte autour de son amant, tentative dérisoire pour le rassurer, pour éloigner les craintes qu’il venait de faire naître.

"Ils n’ont pas besoin de se cacher eux."

"Et c’est ça qui te pose problème ? Don, tu sais très bien que…"

"Oui je sais", l’interrompit-il. "Je sais qu’il y a de grandes chances pour qu’on soit obligé de vivre cachés indéfiniment. Je me demandais juste si en étant plus libres, ils sont plus heureux."

"C’est possible", lui répondit Danny après quelques instants de réflexion. "Mais c’est pas parce que San Francisco est un peu plus ouverte d’esprit que certains imbéciles ne leur pourrissent pas la vie."

"Sans doute."

 

Danny changea de position jusqu’à se trouver à califourchon sur les cuisses de Don. Il baissa la tête vers son homme, laissa sa langue trouver la sienne et jouer avec. Ce baiser échangé n’avait rien de sexuel. Danny ne cherchait qu’à prouver à Don que leur situation, aussi difficile et frustrante soit-elle, lui convenait. Et que surtout, il n’avait pas l’intention de laisser Don lui échapper. Et Don y répondit, laissant de côté ses craintes et ses questions car elles n’avaient pas lieu d’être. La seule chose qui importait, c’est qu’il aimait Danny et que si la situation n’était ni facile, ni idéale, il n’en restait pas moins que dans les bras de cet homme, il était heureux.


FIN