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Épisode 14 ~ Saison 1 |
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QUATRE VÉRITÉS |
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AUTEUR : Val |
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Rating: -12ans |
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Prologue
Sept fois que son téléphone sonnait et qu'il ne répondait pas. Alors elle lui laissa quand même un troisième message sur son répondeur, qu'il allait ignorer comme les deux premiers, et fonça chez lui. Son unique fils ne l'avait pas habitué à ça. Parce qu'elle ne l'avait pas éduqué de cette façon. On ne laissait pas sa maman sans nouvelles. Surtout quand elle en réclamait. Surtout quand elle s'inquiétait à ce point. Il était là. Sa voiture était garée à sa place habituelle devant la maison. Aucune maladie n'empêchait de décrocher son téléphone, si? Elle ignora les battements accélérés de son coeur, et ce qu'ils signifiaient, pour remonter la lanière de son sac à main sur son épaule et faire le tour de la petite bâtisse. Ses pas rapides sur l'allée de gravillons faisaient un bruit épouvantable. Elle avait sans doute déjà réveillé tout le quartier. Son sac repoussé sur ses fesses, elle se hissa sur la pointe des pieds et plongea sa main dans le pot de fleurs suspendu à la porte de derrière. Elle en ressortit une clé pleine de terre. Non mais qui avait bien pu lui donner cette idée... Avec une sage prudence, elle la tourna dans la serrure après l'avoir époussetée grâce à une feuille de lierre, et poussa la porte. Il régnait une drôle d'odeur dans cette maison, mais elle y était coutumière. C'était certainement le cas chez tous les profs d'université qui enseignaient la chimie. Non? Elle s'avança: "Alan?!" Il y en avait partout, son travail c'était sa vie. Mais tout de même, un peu d'aération... et de rangement... Elle agrippa son sac, se tassa contre le mur et poussa un cri. Sur le sol de la cuisine, son enfant gisait sans vie.
Chapitre 1
Le cadavre se trouvait dans la cuisine. Une pièce carrée, avec un large comptoir au centre. Un côté pour cuisiner, et un côté pour s'asseoir et manger. Deux hauts tabourets sur la longueur, un sur la largeur. Les meubles occupaient tout un pan de mur et la moitié d'un autre. C'était pas nickel, la vaisselle traînait dans l'évier, une casserole contenant des restes froids de paella en boîte se trouvait encore sur le gaz. Éteint. Et un petit déjeuner à moitié consommé (un café, quelques biscuits, une pomme) trônait sur le comptoir. Alan Deezer était étendu juste derrière, inerte. Devant le frigidaire à double porte. Justin rejoignit la légiste sur place, et l'inspecteur Manning. Une seule patrouille avait été envoyée à l'adresse du prof de chimie retrouvé sans vie. Parce que c'était pas un crime de sang. Seulement une mort suspecte. Et même si la victime était un membre important de l'université de San Francisco, ça ne nécessitait pas pour l'instant plus de remue-ménage. Alan Deezer avait longtemps contribué à la renommée de UCSF, mais de là à imaginer un complot visant à l'assassiner... Non, il avait peut-être seulement avalé un biscuit de travers. Il posa sa mallette au sol et s'approcha de Glenn Dumas en enfilant une paire de gants. Elle était penchée sur Deezer, et notait chacune de ses constatations sur un rapport préliminaire. Il serait remis en même temps que le corps au légiste qui procéderait à l'autopsie. Autrement dit à elle-même, si elle en avait le temps. Dans le cas contraire, un confrère s'en chargerait. "Sa trachée ne semble pas obstruée", dit-elle à Justin, dont elle devina la présence près d'elle. Il ne répondit rien, la laissa continuer. Elle se redressa et leva les yeux vers lui: "Il est étendu là depuis un bon bout de temps. Environ vingt-quatre heures, je dirais." "Il a craché du sang", dit-il en remarquant des traces de sang séché sur le carrelage et autour de la bouche de Deezer. Des lèvres violacées, d'ailleurs. "Et regarde ça", ajouta-t-elle en levant la main du macchabée pour lui montrer ses ongles. "Coloration rose-violet. Ce qui indique un blocage de la circulation sanguine et une diminution de l'oxygène sanguin." Ensuite elle lui fit signe d'approcher. Alors il enjamba le cadavre, et se fit une petite place de l'autre côté. Elle ouvrit alors la bouche du pauvre homme et fit mine de renifler l'odeur qui s'en dégageait. Il se pencha et sentit aussitôt ses effluves amères: "Amande." Elle acquiesça avec un petit sourire. La cause de la mort leur apparaissait à présent évidente. Un vrai cas d'école. Restait à découvrir comment, et pourquoi, Alan Deezer avait succombé à un empoisonnement au cyanure. Elle appela son assistant afin de lui faire amener le brancard jusque là. "Je le fais transporter à la morgue, et ensuite je rentre chez moi", dit-elle à Justin. "La nuit a été longue." "D'accord", sourit-il. Et tandis que le corps était emballé dans le sac mortuaire, et que l'expert se préparait à passer la cuisine au peigne fin (puis tout le reste de la maison), il ajouta: "Il paraît que c'est sa mère qui l'a trouvé?" "Oui", lui confirma Glenn dans un soupir. "L'inspecteur Manning est avec elle juste à côté. Tu vas bien, toi? Je te trouve en petite forme." "Mal dormi." "Tu sais, j'ai travaillé avec ton homme, cette nuit..." Il sentit son regard posé sur lui, mais le sien resta fixé sur le cadavre emballé, qui n'allait plus tarder à quitter les lieux. "Il m'a dit que vous vous étiez disputés. Il m'a aussi fait promettre de ne pas t'en parler. Donc nous ne sommes pas en train d'en parler, bien évidemment. Sache seulement qu'il tient à toi." Il haussa les sourcils, incertain. Et pensa que c'était bien son genre, à Finley, de déballer sa vie privée (LEUR vie privée) à qui voulait l'entendre. Il ne savait donc pas faire profil bas et se la fermer? Ouais d'accord, ça lui allait bien de dire ça. Il était peut-être même pire que lui à ce niveau-là. Mais putain, il savait montrer ses sentiments. Il en éprouvait, lui. Finley... Il secoua la tête avec une rage contenue. Il ne savait pas garder les gens qu'il aimait près de lui. Parce que le mot "fidélité" ne faisait pas partie de son vocabulaire. C'était ça, le problème. "Je pense que vous devriez avoir une discussion sérieuse, tous les deux", reprit Glenn. "C'est bien joli de s'envoyer en l'air dans tous les coins. Mais ça ne dure qu'un temps. Vous avez beaucoup à vivre, ensemble. Construisez quelque chose de solide. Vous pouvez faire ça, non?" Il se tourna vers elle. Ils étaient à présents seuls dans cette cuisine, et n'allaient pas tarder à devoir se séparer. "Vous en avez envie au moins autant l'un que l'autre", insista-t-elle. "Peut-être pas autant que toi", lui fit-il remarquer, finalement. "Tu l'aimes." "Je l'ai aimé trop vite." "Tu sais ce que tu es en train de faire, Justin?" "J'suis en train d'ouvrir les yeux?" "Non", dit-elle sur un ton cinglant: "C'est tout le contraire. Tu essayes de le haïr suffisamment pour avoir le courage de le quitter. Parce que tu as la trouille." "De quoi?" "Qu'il te quitte avant. Qu'il s'en aille d'une façon ou d'une autre. Mais il ne le fera pas." Justin se détourna d'elle. Il avait du travail. Pas besoin d'une séance de psychothérapie. "Je dois y aller. Fais attention à toi. Deezer a peut-être laissé traîner des produits chimiques un peu partout." T'inquiète, je sais ce que j'ai à faire", lui dit-il, sans préciser s'il parlait de la scène du crime ou de sa putain de vie privée.
Chapitre 2
Il tenait à lui, tu parles. C'est pour ça qu'il l'avait laissé en plan? Non mais ce type à l'épicerie... Finley avait quand même pas pensé à un coup monté? Il s'était pas dit qu'ils voulaient aller plus loin, en les voyant tous les deux... C'était qu'une grotesque coïncidence. Une scène de cinéma hollywoodienne digne d'un film catastrophe, merde. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de réagir comme ça! C'était par vengeance? Il espérait peut-être avoir le dernier mot? Il lui avait même pas laissé le temps de réagir. La porte qui menait au salon s'ouvrit alors, et Manning apparut dans la pièce. Elle le salua. Lui dit qu'elle ne l'avait pas vu arriver, et se tut. Normalement, il aurait déjà du lui répondre quelque chose. Comme par exemple la saluer à son tour. "Est-ce que tout va bien?" Il secoua la tête brièvement. Il savait que Manning n'insisterait pas, et c'était tant mieux. Il n'en avait pas besoin. Glenn lui avait déjà dit ce qu'elle pensait de tout ça, alors c'était vraiment pas la peine d'en rajouter, merci bien. En la regardant, il remarqua le petit air soucieux sur son visage. Mais au moins savait-elle à quoi s'en tenir. Au silence. Au travail. Il songea qu'avec Tyler, il se serait senti obligé de se confier. Et il l'aurait fait. À contrecoeur, certes, mais il l'aurait fait. Et peut-être que ça lui aurait fait du bien, après tout. Mais avec elle, il préférait s'en tenir à ça pour l'instant. Et travailler, si c'était possible. "Sa mère en pense quoi, de tout ça?" lui demanda-t-il. "Elle ne comprend pas. Elle dit que c'est un accident." "Tu la crois?" "C'est sa mère", dit-elle. "Des femmes comme elles n'admettent jamais que leurs enfants puissent se faire descendre, ou se suicider. De quoi il est mort, au juste?" "Empoisonnement au cyanure." "Accident? Meurtre? Suicide?" "J'y travaille, Rachel. J'y travaille. Son père?" "En voyage d'affaires au Japon." "Il vivait seul, ici?" "Oui, pas de petite amie, pas de chien, pas de poisson rouge, rien. Seulement lui et ses tubes à essai. D'ailleurs il n'était pas un adepte du rangement. Les produits les plus dangereux sont enfermés dans un coffre, dans son bureau. Mais on trouve un peu de tout un peu partout. Un flacon de carbonate de soude sur la télévision, par exemple. Tu vas en avoir pour des heures à fouiller cette maison. Tu n'as pas appelé de renforts?" "Ça va, je vais m'en sortir." "Bon. Je ramène madame Deezer chez elle, sauf si tu as des questions à lui poser?" "Pas pour l'instant." "D'accord. Alors je file. Deux agents sont restés sur place, l'un d'eux interroge les voisins et l'autre fait le tour de la maison. Tout est sécurisé. Et si tu me cherches, je suis à la fac." Ceci dit, elle s'en retourna et s'éloigna. "Merci ma chatte." "Mais y'a pas de quoi, mon chou", sourit-elle avant de s'éclipser. Des heures. C'était rien de le dire. Parce que des indices il y en avait à la pelle. Mais des renforts ? Pourquoi faire. Pour rentrer plus tôt à la maison ce soir ? Pour retrouver Clive endormi sur le canapé, le dos tourné, et subir ces reproches muets ? Non merci. Il en avait sa claque de toujours devoir s'excuser. Et ça le faisait enrager de voir qu'avec lui ça fonctionnait même pas. Quel emmerdeur, ce type... faudrait qu'il lui dise quand ils auraient cette foutue discussion. Non parce que... Glenn n'y était peut-être pas allée par quatre chemins mais au moins lui avait-elle ouvert les yeux, avec ses vérités. Et de la meilleure façon qui soit. En attendant, sa moisson d'échantillons devenait impressionnante. Aliments partiellement consommés, lait, eau du robinet, jus de fruit, sel, poivre, farine, il lui faudrait tout analyser au labo. Sans compter les produits chimiques à répertorier et à classer par type, localisation et provenance. Excellent. Il en avait au moins pour la journée.
Chapitre 3
"Pas pour l'instant. C'est pas prévu... Ouais, bien sûr. Je te ferai signe", promit Clive. Il leva les yeux et vit Justin faire son entrée dans le living, les traits tirés après sa longue journée de travail. Il se réinstalla alors sur sa chaise, s'accouda un peu moins nonchalamment sur le bar et dit: "Je te laisse... mmm", fit-il. "Ciao." Puis il raccrocha son téléphone et reprit sa cuillère de la main droite. Il la plongea dans le bac à glace en observant du coin de l'oeil son amant s'installer lourdement sur le canapé du salon. "C'était qui?" voulut savoir celui-ci. "Une amie", lui répondit Clive avant d'avaler une pleine cuillère de glace fondante. Il le laissa mariner deux secondes avant de préciser: "Une collègue de Phoenix." Qu'est-ce qu'elle voulait?" "C'est moi qui l'ai appelé." Et le silence retomba. Justin se cala au fond du canapé, le regard perdu dans le vide face à lui. Il aurait pu allumer la télé, et zapper pour passer le temps, mais il n'avait visiblement pas du tout la tête à ça. Il donnait l'impression de réfléchir. Mais à quoi... Clive, lui, n'avait pas tellement envie de le provoquer. Il attendait seulement une réaction de sa part. Quelque chose qui vienne de lui, un truc spontané. La première chose qui lui viendrait à l'esprit. Il ignorait ce à quoi il pensait, et c'était le meilleur moyen de le savoir. Mais putain, il aimait pas du tout ces silences-là. Ils étaient trop lourds d'appréhensions, d'incertitudes. De colère, aussi. Qu'est-ce qu'il lui avait fait pour lui inspirer si peu confiance? "T'en veux?" Son mec lui lança un coup d'oeil et secoua la tête. Pas faim, très bien. Tentative de communication numéro un échouée. "T'as passé une bonne journée?" tenta alors Clive. Ne me demande pas ce que ça peut me foutre, Hollohan... pensa-t-il. "Un prof d'université empoisonné. Il reste tout un tas d'analyses à faire et Manning reprendra ses interrogatoires dès demain matin. On commence à croire qu'il s'est suicidé. Et toi?" "J'ai dormi quelques heures. Et je suis allé acheté de la glace... et du café." Nouveau silence. "Tu veux savoir de quoi on a parlé?" reprit-il, en haussant la voix. "Du bon vieux temps?" lui suggéra Justin en donnant l'impression de se réveiller. "Ouais, mais encore?" "J'en sais rien... de ton ex-femme?" "Elle va bien, merci pour elle." Clive remua un peu la glace et en avala une autre cuillère. Il allait se la faire, celle-là. À défaut de se faire son homme. Parce qu'il était apparemment pas décider à lâcher le morceau. Quel parano, celui-là. Plus jaloux, tu meurs, c'est pas possible... Il pouvait pas l'oublier, son ex-femme? Et puis finalement, du canapé où il était affalé, Justin se décida à se lever, et à s'approcher de lui. "Je t'ai jamais dit que je détestais les devinettes?" "Si , t'as dû m'en parler", admit Clive, avant d'enchaîner aussitôt: "Je lui ai parlé de toi." "Tu parles beaucoup, en ce moment. Pourquoi t'as dit à Glenn qu'on s'était disputé?" "Oh putain... Rappelle-moi de pas lui confier de secrets", soupira-t-il. "T'as entendu ce que je viens de te dire?" "Parfaitement. Et tu lui as dit quoi, sur moi?" "Change de ton, Hollohan." "Qu'est-ce que tu crois, que je voulais me taper ce mec?" "Non." "Alors pourquoi t'es parti comme ça?! Tu voulais me tester? Voir si j'allais le rattraper?" "T'en as eu envie?" Clive retint sa respiration. Ça lui avait échappé. Il craignit un instant de voir son bac à glace voler à travers la pièce, mais il n'en fut rien. Justin se contenta de serrer les poings (preuve qu'il s'efforçait de ne pas céder à la tentation) et de lui dire: "J'suis claqué, j'vais prendre une douche. Bonne nuit."
Chapitre 4
Il se précipita vers la porte d'entrée et l'ouvrit. Sa mère avait la désagréable habitude de débarquer très tôt, mais surtout sans prévenir. Combien de fois avait-il retrouvé des petits mots écrits de sa main, glissés sous la porte ou dans la boîte aux lettres, lui disant qu'elle était passée mais qu'il devait sûrement être à son travail, et que c'était fort dommage. Ça ne servait à rien de lui dire de passer un coup de fil avant de faire le déplacement, elle n'en faisait qu'à sa tête, de toute façon. "Comment tu es venue?" "J'ai pris un taxi", lui sourit-elle. "Pourquoi t'as pas appelé?" "Je ne voulais pas te réveiller." N'importe quoi. C'était tout elle. Il s'avança et referma la porte derrière lui. Pour une fois qu'il était là quand elle tentait sa chance, il ne la faisait même pas entrer. "Tu n'invites pas ta mère à s'asseoir et à boire un petit café?" "Il dort." "..." "Sur le canapé", lui précisa-t-il alors. "Mon chéri, tu as une mine affreuse, quelque chose ne va pas?" "Tout va bien, maman." "Justin?" Elle l'examina de ses yeux scrutateurs. On ne la lui faisait pas. Il le savait, c'était juste qu'il avait espéré... un truc complètement improbable, à savoir que sa mère laisse tomber. "Tu veux que je te dépose en ville?" "Dis-moi ce qu'il y a." Il ferma les yeux, s'adossa contre la porte. Dans son dos, il serrait dans ses mains la poignée. Il ne voulait pas lui faire de la peine, la voir inquiète comme ça. Il lui devait la vérité. Même si elle était difficile à dire. Encore plus à vivre. "C'est Clive." Elle posa une main sur son bras, et l'implora silencieusement. De quoi, il n'en savait trop rien. Probablement de ne pas avoir déjà tout foutu en l'air, si tôt. Il la regarda dans les yeux et murmura: "J'suis en train de le perdre..." "Voyons... Comment ça?" s'en étonna-t-elle, l'air soucieux. Il haussa les épaules. S'il ne voulait pas le réveiller, c'était pour ne pas avoir à l'affronter. Il avait eu toute la nuit pour y réfléchir. S'ils n'arrivaient pas à avoir une discussion sur ce qui les bouffaient tous les deux de l'intérieur, alors ils n'étaient pas faits pour vivre ensemble. "M'man, je sais pas quoi faire..." "Mais enfin, va lui parler!" s'exclama-t-elle. "Qu'est-ce qu'il a fait pour te mettre dans un état pareil!" "Rien! C'est de ma faute", lui assura-t-il. "Putain, pourquoi t'as pas appelé!?" "Ne dis pas de gros mots..." "J'ai 37 ans, je parle comme je veux! Ça te fait pas chier d'arriver toujours au mauvais moment?" Elle lui serra le bras, furieuse contre lui. "Ne parle pas comme ça!" "Je te l'ai dit combien de fois!" "D'accord!" s'écria-t-elle. "J'ai compris! Je m'en vais! La prochaine fois, je t'appelle avant de venir, c'est promis!" "T'as intérêt! Tu veux que je te dépose en ville?" "Non, ça ira, merci. Le taxi est toujours là." Elle se retourna, et le vit garé au bord du trottoir de l'autre côté de la rue. Elle se garda bien de faire un signe au chauffeur, ou même de lui sourire, il aurait eu tôt fait de prendre ça pour son signal de départ. Elle avait encore besoin de lui. Elle sursauta quand son fils surgit de sa droite pour se diriger vers lui. "Qu'est-ce que..." Elle descendit à sa poursuite les marches du porche et tenta vainement de le rattraper: "Justin, ce n'est pas la peine, je t'assure!" Mais il ne l'écouta pas. Il traversa la rue, et le chauffeur baissa sa vitre en le voyant arriver. Il sortit alors de sa poche quelques billets et lui en fila. Plus un pourboire: "Faites pas comme moi", lui dit-il: "Traitez la comme une reine. Compris?" "Compris", lui promit l'homme au volant, à la vue des billets verts. "Je l'emmène où elle veut, quand elle veut." "Merci." Il se retourna ensuite vers elle, qui l'avait rejoint. "Je m'en veux, tu sais?" "Mais tu ne peux pas t'en empêcher, oui je sais. Crier sur les gens et te faire pardonner ensuite a toujours été dans ta nature. Comment pourrais-je t'en vouloir, c'est moi qui t'ai donné la vie! Et tu me rappelles ton père... Alors file. Retourne dans ta maison et va parler à ton homme. Fais le premier pas, un peu." Elle lui sourit et lui tendit les bras. Il s'approcha d'elle et la serra très fort contre lui. "Venez déjeuner à la maison, dimanche. Tous les deux. Ils vous donnent bien quelques heures de répit de temps en temps, dans la police?" "Oui", lui murmura-t-il. "Je m'arrangerai, d'accord?" "Et Clive? Tu vas lui en toucher un mot, j'espère." Ils s'éloignèrent, et elle aperçut la mine défaite de son fils. Alors elle lui adressa un petit sourire. Elle savait bien que ce ne serait pas du tout le moment pour lui de proposer à l'élu de son coeur un déjeuner familial. Mais pour lui prouver qu'elle avait confiance en lui, et surtout en eux, c'était toujours le bon moment. "Je t'aime très fort." "Moi aussi, mon coeur. Merci pour la course, je te répète qu'il ne fallait pas. Je ne suis pas venue pour ça. Tu sais, j'ai des amies à voir, dans le quartier, mais mon fils..." disait-elle tandis qu'il la prit gentiment par le bras pour la faire monter dans la voiture. "...plus important..." Il fit signe au chauffeur d'y aller, et souhaita une excellente journée à sa maman. Il lui promit de l'appeler pour lui donner des nouvelles... et lui confirmer sa présence pour dimanche. LEUR présence, bien entendu. Et finalement poussa un long soupir, debout au milieu de la rue, avant de trouver le courage de revenir sur ses pas.
Chapitre 5
"Réveille-toi." Clive grogna, se retourna, et rejeta la couverture sur l'accoudoir à ses pieds. Il aurait bien dormi encore une heure, mais Justin insistait vraiment beaucoup. Il se redressa donc, et posa ses pieds par terre. Réveil difficile, même s'il commençait à avoir l'habitude de dormir sur ce canapé. Il leva la tête, et fixa son amant d'un regard emmitoufflé de sommeil bien que perçant: "Je vais retourner à l'hôtel", lui annonça-t-il. "Pourquoi?" "Tu sais pourquoi." Il baissa les yeux et se frotta le visage. Pourquoi ils avaient pas eu cette foutue conversation la veille au soir. Il était du soir, pas du matin, bordel de merde. "Dis-moi ce que tu me reproches." "Tu fais chier, Hollohan." Il bascula légèrement sur le côté. Ce dernier venait de s'asseoir juste à côté de lui. Brusquement. Trahissant la colère qu'il ressentait, et qui pouvait bien exploser d'une seconde à l'autre. "S'il te plait", entendit-il alors. Il se tourna vers lui, surpris. Le ton n'avait rien avoir avec tout le reste. Justin était... suppliant, il avait les jetons. Il la voulait, sa réponse. "Tu me fais pas confiance", lâcha alors Clive. Pas de réaction. "Tu frises la paranoïa", continua-t-il. Et sur sa lancée, il enchaîna: "Tu veux toujours te sentir rassuré, aimé, protégé. C'est fatiguant, parce que je t'aime et que je suis prêt à tout pour toi. Je voudrais que tu le saches une bonne fois pour toute, mais non, il faut insister, te le dire, te le prouver encore et encore. Je sais pas comment était Steve avec toi, mais je suis pas comme lui. Tu peux comprendre, ça?" Silence. Justin détourna le regard. Ouais, c'était difficile à encaisser. Mais il pourrait pas essayer de lui répondre un truc? N'importe quoi? Oui, non, je t'aime aussi, je m'excuse, va te faire foutre, le choix était vaste, merde! "Je vais faire mes valises", lui dit Clive en se levant, et en quittant la pièce sans un regard en arrière. Pas un mot, pas un geste. Justin ne l'aimait plus. C'était à se demander s'il l'avait jamais aimé, d'ailleurs. C'était ce qui lui faisait le plus mal. Il monta à l'étage, entra dans la chambre en poussant rageusement la porte et sortit de l'armoire sa fidèle valise. Elle au moins le suivait partout. Elle au moins avait de bonnes raisons de rester muette et sans réaction. Trois ou quatre par quatre, ses vêtements s'entassèrent à l'intérieur. Il allait finir par la refermer sans aucun regret. "T'es pas comme lui, je le sais." Enfin. Il fit volte-face: "Je lui ressemble, non? C'est pour ça que tu m'as "choisis"?" lui demanda aussitôt Clive, froidement. Justin préféra rester sur le pas de la porte. "T'as vu en moi un remplaçant?" insista-t-il. "Non!" l'arrêta son amant. "D'où tu sors ça?!" "J'en sais rien! J'essaye de comprendre ce que je fais de travers! Tu peux me dire ce que tu me reproches? Allez c'est à ton tour, envoies!" fit-il en refermant sa valise violemment, alors qu'elle n'était qu'à moitié pleine. Encore à moitié vide, tout dépendait du point de vue... Il se posta devant Justin et attendit. Ce ne fut pas très long. "Je me sens pas différent des autres", lui dit-il. "C'est ta façon de... flirter avec tout le monde et n'importe qui. Tu mates les autres mecs, alors que moi je les vois même plus. Et tu t'en rends pas compte! J'attends pas que tu me dises que tu m'aimes toutes les cinq minutes, je veux seulement que tu arrêtes de faire comme si j'étais un type comme les autres. Un de tes amants. Tu vois ce que je veux dire?" "Je vois, oui." "Mais?" "Mais rien." "D'accord. Tu peux pas changer. Ou tu veux pas, parce que ça "te fatigue", je veux bien... Mais admets-le, au moins." "Sans problème, je l'admets. Quoi d'autre?" "T'es un emmerdeur. Un putain d'emmerdeur. Tu me dis jamais rien, en plus. Sauf sous la torture, et encore. Pourquoi tu m'as jamais raconté ce qui s'est passé avec le pervers qui a essayé de t'enlever?" "C'est Jamie qui te l'a dit?" "On s'en fout! C'est pas ça le problème!" "Je te l'ai dit, c'est parce qu'il ne s'est rien passé." "Tu te fous de ma gueule!" "Et toi tu exiges sans rien expliquer." "Tu détournes les conversations." "Susceptible." "Branleur." "Va te faire mettre." "Joli, Finley. Ça va bien nous avancer." "Sûrement, ouais. En tout cas je te retiens pas." En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, il se retourna, referma sa valise malgré le peu qu'elle contenait, et s'en empara avant de quitter la pièce. Il se demanda si les mots de Justin dépassaient aussi sa pensée. Ou s'il était le seul à ressentir ça. En tout cas, il descendit les marches et atteignit la porte d'entrée sans qu'il se passe quoi que ce soit. Il enfila rapidement ses chaussures, prit ses clés de voiture. C'était complètement dingue. En arriver là pour quoi? Pour qui? Comment, en si peu de temps? Alors que tout allait si bien. Ils allaient faire les fiers, au central. Et au labo, aussi. Ils allaient pouvoir dire "je le savais que ça tiendrait pas! Je vous l'avais dit. Allongez le fric." Il ouvrit la porte, mais elle se referma brusquement. Face à lui, il n'y avait pas le porche, et une vue imprenable sur la rue. Il y avait Justin, collé à celle-ci pour l'empêcher de se rouvrir: "Putain qu'est-ce que t'attendais?!" lui balança-t-il. "Toi! J'attendais que tu changes d'avis!" lui rétorqua Justin sur le même ton. Clive échappa un petit rire, et secoua la tête. Ils auraient pu attendre un moment, à ce jeu-là. Mais bon, Justin avait quand même fait le premier pas. Ou du moins le dernier. Enfin bref, celui qu'il fallait. "C'est vraiment pas le moment mais je dois retourner au labo", regretta-t-il. Clive acquiesça. "Tu seras là?" voulut aussitôt s'en assurer Justin. "Quand je reviendrais, ce soir. Tu seras encore là?" "Y'a des chances", lui sourit son homme, sans pour autant reposer sa valise. Alors Justin lui rendit son sourire et lui prit le visage pour l'embrasser. Ils n'avaient pas fini de recoller les morceaux. Loin de là. Il y avait toujours une grosse angoisse qui planait au-dessus d'eux, mais ils étaient sur la bonne voie.
Chapitre 6
Glenn Dumas referma le rapport d'autopsie, effectuée la veille par Holt. Rien ne venait contredire la thèse du suicide. Ou encore de l'ingestion accidentelle de cyanure. Sauf que les deux enquêteurs qu'elle avait face à elle ne croyaient plus du tout à cette dernière hypothèse. D'assassinat il était encore moins question, depuis que les résultats d'analyses et tous les témoignages avaient été recueillis. "Alan Deezer suivait une thérapie. Son psy m'a confié qu'il souffrait d'une grave dépression à cause de problèmes familiaux et professionnels récurrents." "J'ai trouvé des anti-dépresseurs qu'il se faisait prescrire dans sa boîte à pharmacie. Mais aussi des cocktails qu'il se préparait lui-même. C'est pas une brillante idée de soigner le mal par le mal. Ce type était au bout du rouleau", intervint Justin. Manning acquiesça et poursuivit son compte-rendu à Glenn: "Sa femme l'a quitté il y a quelques mois et il aurait eu une liaison avec une de ses élèves de thèse, l'année dernière. Le rectorat a préféré étouffer l'affaire, étant donné qu'ils n'avaient plus aucun contact et que les preuves leur semblaient discutables. Sauf que depuis, ils l'avaient sévèrement à l'oeil et le soupçonnaient au moindre pseudo-dérapage. Il était sous pression." "Tout ceci ne réfute pas l'empoisonnement accidentel, pour l'instant", leur fit remarquer la légiste en les regardant tour à tour. "Il écrivait des contes pour enfants, à ses heures perdues", lui apprit alors Manning en choisissant un autre bonbon que la légiste avait mis à leur disposition sur son bureau. "Il avait toute une collection de vieux bouquins. Son préféré, c'était Blanche-Neige", ajouta Justin. Glenn haussa les sourcils. Quelque chose venait de faire tilt dans sa tête. Elle revit clairement dans son esprit l'image de la sorcière au nez crochu, qui tendait à la belle Blanche penchée à sa fenêtre un fruit très appétissant. "La pomme empoisonnée", dit-elle. Il sourit: "Il attend peut-être que quelqu'un vienne l'embrasser pour se marier avec et avoir beaucoup d'enfants?" "Dans une autre vie", dit-elle. Manning fit claquer son bonbon acidulé contre ses dents et s'apprêta à se lever. "Affaire classée", conclut-elle. "Je vais taper mon rapport et me rentrer. Bonne soirée." "Merci, à vous aussi, jeune fille", lui dit Glenn chaleureusement. "Merci!" Elle se leva et frictionna l'épaule de son coéquipier dans un geste encourageant, avant de quitter la pièce. Ils avaient un peu parlé, aujourd'hui. Elle savait qu'il n'était pas pressé de rentrer chez lui, mais que chaque minute qui passait l'en rapprochait. Elle l'avait vu d'une humeur relativement bonne ce matin, et puis au fil des heures, il s'était mis à angoisser, à regarder de plus en plus sa montre. Puis ils avaient croisé Finley dans un couloir du labo. C'est là qu'elle avait à peu près compris ce qui se passait entre eux. Ils s'étaient regardés comme s'ils ne s'étaient connus que la veille. Pas avec indifférence. Plutôt avec méfiance, comme deux inconnus qui allaient être prochainement amenés à travailler ensemble... Impressionnant. Alors il avait enfin consenti à lui faire un résumé de la situation, et là elle lui avait dit: "Il n'a que toi, où tu veux qu'il aille?" C'était gentil de sa part, mais des endroits où aller, Finley en avait à la pelle. Des hôtels, des collègues prêts à l'héberger, aussi. À tous les coins de rue... "Tu ne vas pas passer la nuit ici", lui dit Glenn en posant son menton sur ses mains jointes. "Ou tenter ta chance avec Deezer, si?" Il avait encore la tête ailleurs mais elle parvint quand même à lui arracher un sourire. "On s'est échangé quelques vérités", lui confia-t-il. "Il les a encaissées?" "Je crois que oui." "Et toi?" Il haussa les épaules et avoua: "Je crois aussi. Et les tiennes, avec. Merci." Elle se pencha et tendit une main vers lui. Il la lui prit et ils échangèrent un long regard empli d'affection. Glenn était une mère pour lui. Une deuxième mère, un peu moins déconnectée que la première. Et lui, il était comme son fils. Celui qu'elle n'avait jamais eu. Il n'était pas toujours tendre avec elle, et elle était parfois assez dure avec lui, mais c'est ainsi qu'ils fonctionnaient, tous les deux. "Qu'est-ce que tu fais encore ici?" "J'attends la fin de son service. J'ai pas envie de me retrouver tout seul à la maison. Elle est trop grande pour moi." "Tu y as vécu seul quelques années, pourtant." "Je sais pas comment j'ai fait pour tenir le coup, mais je pourrais pas revivre ça. J'ai épuisé mes forces la première fois." Elle hocha la tête, lui serra tendrement la main. "Que Finley soit là ou pas quand tu rentreras, ça ne change rien. Il n'est pas parti pour toujours. Alors va le chercher. Récupère-le." Il regarda sa montre avec une petite moue approbative. Elle avait raison, il était temps pour lui d'y aller.
Chapitre 7
Il s'avança silencieusement dans l'entrée. Ses yeux se posèrent sur la valise de Clive encore posée sur le sol. Bizarre, parce que sa voiture n'était pas là. Son coeur s'était serré en arrivant, quand il ne l'avait pas vue mais là, il ne savait plus trop quoi penser. La maison était si grande et vide pour lui tout seul... Ça lui rappelait plus que jamais les jours qui avaient suivis la mort de Steve. Une épreuve incroyablement pénible à surmonter. Seul face au souvenir, au deuil. Au fantôme... Mais il s'était accroché, parce que sous ce toit il avait vécu la plus belle partie de sa vie. Et parce que Steve la lui avait donné. Et que tout ce qui lui restait de lui, de leur vie à deux, c'était ça. Il ne s'y accrochait pas par désespoir ou maladie, c'était seulement qu'il ne pouvait pas se débarrasser comme ça de... plus de quinze ans d'existence. Il l'aimait, cette putain de barraque. C'était la sienne! La leur. Peut-être que Clive lui avait laissé un mot avant de partir. Après être revenu, et reparti, peut-être... Il s'avança dans le living. Le canapé était encore défait, la couverture sur l'accoudoir. Comme ce matin quand il avait mis les voiles. En le croisant cet après-midi, il avait cherché à deviner la décision que son homme avait prise. Et il lui avait semblé que Clive ne s'était justement pas encore décidé. Qu'est-ce que c'était frustrant de divaguer comme ça sans être sûr de rien! Dans la cuisine. S'il y avait un mot, il était sûrement aimanté sur le frigo... Il tourna les talons, repassa dans le hall d'entrée et sursauta. La porte s'ouvrit et Clive apparut. Figé, il le regarda entrer tout doucement comme un voleur. "Je sais, je suis en retard", admit Clive avec un sourire. Pas grave, t'es là, c'est tout ce qui compte, fut-il tenté de lui dire. Au lieu de ça, aucun son ne sortit de sa bouche ouverte. "Tu dis rien, t'es surpris?" lui demanda Clive en refermant doucement derrière lui et en s'avançant d'un pas. "Un peu... Soulagé, surtout." "Je t'aime, tu sais?" "Merci..." lui répondit alors Justin dans un souffle, en l'accueillant à bras ouverts contre lui. "Moi aussi, je t'aime." Mine de rien ils ne s'étaient pas approchés depuis plusieurs jours. En tout cas pas comme ça, avec tendresse. Et l'intention de rester indéfiniment ainsi. Alors c'est ce qu'ils firent. Ils restèrent enlacés, joue contre joue, les mains baladeuses mais sans pour autant franchir la limite, sous la ceinture. Il y avait un temps pour tout. Pour l'instant ils se retrouvaient. Ensuite ils reprendraient le cours normal de leur vie. "J'ai pas arrêté de penser à ce que tu m'as dit", avoua Clive. "Je te promets que je vais faire un effort. J'vais changer." "Moi d'abord. Je sais bien qu'il faut que je grandisse un peu... que je m'adapte. J'suis désolé d'avoir mis tout ce temps à m'en apercevoir." "On est en faute tous les deux." "50-50." "Parfaitement." Un soupir d'aise franchit leurs lèvres. Puis une main, suivie d'une autre, dépassa les limites. Après deux jours de tensions et de ressentiment, ils se sentaient à nouveau sur la même longueur d'ondes. Sereins, et confiants l'un envers l'autre. "Rien de prévu, dimanche?" "Je serai d'astreinte à partir de dix-sept heures. Pourquoi?" "Ma mère." Clive se recula un peu, et posa son front contre celui de son amant. Ils s'embrassèrent du bout des lèvres. "Chouette. J'adore belle-maman."
Épilogue
Ils échangèrent des cris une bonne partie de la nuit. Leurs corps emmêlés et encore essoufflés, recouverts de transpiration, de sperme et de salive ne frissonnaient plus d'extase. L'orgasme était passé, les avait achevés pour ce soir. Le silence était retombé, les tensions envolées. Clive enlaçait Justin par derrière, chatouillant sa nuque de son souffle chaud et de baisers humides. Collé contre son dos, ses jambes nouées aux siennes, il se promit secrètement de ne plus le laisser s'éloigner. Surtout pas pour des conneries. Il allait le faire se sentir non seulement aimé et rassuré, mais surtout unique. À ses yeux, à son coeur. Ça ne lui coûterait rien. Mais il aurait tant à y gagner. Justin croisait ses bras sur ceux de son homme. Sur sa nuque voyageaient les lèvres et la langue de ce dernier. Son souffle le faisait doucement frémir. Il était bien, tellement bien. C'était ça le bonheur. Comment il avait pu laisser les choses prendre une telle ampleur? C'était simple, Glenn avait eu raison. Parce qu'il avait eu peur de le perdre. Et que c'était beaucoup plus facile de renoncer à quelqu'un quand on ne l'aimait plus. Sauf que c'était impossible de ne pas aimer ce mec, et de rejeter toutes les fautes sur lui. Il allait l'aimer comme au premier jour, tel qu'il était. Plus jamais il ne douterait de ses sentiments. Tant pis s'il lui fallait fermer les yeux de temps en temps, après tout la confiance était aveugle. "J'ai pas eu peur, sur le coup", s'éleva la voix de Clive. "J'ai seulement compris qu'il me voulait du mal et que je devais pas me laisser faire." Il se cala plus confortablement, posa sa joue sur les cheveux de Justin et continua: "Un autre gamin a disparu pas longtemps après. Il a été retrouvé sur la rive de l'Arizona deux semaines plus tard. Nu et à moitié brûlé. Violé, torturé... quand j'ai compris que j'avais réchappé à ça, j'ai complètement flippé. Je me suis enfermé dans ma chambre jusqu'à ce que mon père enfonce la porte. Je me suis senti très entouré, après ça. Par mes parents, mes amis, mes profs. Les flics et la psy du collège, aussi. Mais ce type, ils l'ont jamais retrouvé. J'espère qu'il est en train de pourrir quelque part en enfer." Justin accueillit cette confidence avec un pincement au coeur. Quelque chose lui disait qu'il serait une des rares personnes à qui il en parlerait dans sa vie. Aussi sincèrement. "C'est pour ça que t'as voulu devenir flic?" "Ouais. Mais mon grand-père l'était aussi. Je te l'ai jamais dit? Je me suis toujours demandé pourquoi ça avait sauté une génération..." songea-t-il alors tout haut. "Tu te sens coupable?" Tentative de diversion échouée. Putain, c'était vrai qu'il détournait les conversations... Clive se reprit. Coupable? ... Non, responsable. Au début il s'était carrément senti responsable de ce qui était arrivé à ce gamin, assassiné à sa place. Jusqu'à ce qu'il réalise qu'il avait seulement eu de bons réflexes et un peu de chance : "Plus maintenant", finit-il par avouer. Un silence endormi s'installa. Le genre de silence que deux inséparables comme eux apprivoisaient sans mal. Peu importait ce qui l'avait provoqué, qui décidait de le briser, et comment. Il avait sa place ici, c'est tout. "Fais-moi penser à un truc, dimanche." "Mmm?" fit Justin. "Je veux voir les photos de famille, tous les albums." "Oh putain..." "Dis oui." "On verra." "Dis oui..." lui glissa Clive à l'oreille, sur un ton suppliant. "Arrête ça, Finley. Bonne nuit", sourit Justin en fermant les yeux. "J'ai dit on verra." "Je m'arrangerai avec belle-maman", murmura alors son amant, avant de l'embrasser dans le cou et de poser sa tête sur son oreiller. "Fais de beaux rêves, chéri." "Merci, toi aussi", murmura Justin, le coeur léger. |
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FIN |
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