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Prologue
La
nuit tombait doucement dans le quartier tranquille de Diamond
Height et la fraîcheur caractéristique des nuits
d'automne envahissait peu à peu les rues désertes.
Madame Fischer franchit le seuil de son entrée en
frissonnant, resserra autant que possible sa robe de chambre
autour de son frêle corps et sortit dans le jardin. Elle le
traversa presque en courant pour déposer rapidement sa
poubelle dans l'un des containers situés près de
son portail, au croisement de Cameo Way et Duncan Street. A
l'étage de la maison de ses voisins, une lumière
attira son attention. Elle y jeta un bref coup d'oeil, le froid
n'ayant pas totalement vaincu sa grande curiosité. Le fils
des Logan n'allait visiblement pas profiter de l'absence de ses
parents pour organiser une de ces soirées adolescentes, à
passer son temps à fumer et à boire de l'alcool
avec une bande d'amis bruyants qui lui aurait valu une bonne nuit
blanche, elle qui avait le sommeil si léger. Elle
haussa les épaules. Les jeunes d'aujourd'hui étaient
tous les mêmes. Ils buvaient comme des trous, et se
droguaient sans aucune retenue, juste pour le plaisir. Fort
heureusement ce jeune homme était différent, bien
élevé. C'était une chance pour elle et sa
santé fragile. Rassurée, elle tourna les
talons, désireuse de retrouver la chaleur de sa demeure et
rentra chez elle, sans savoir que non loin de là, dans
cette même chambre, deux adultes consentants s'adonnaient
aux plaisirs interdits...
Chapitre
1
Le
jeune homme s’étira dans son lit, cherchant à
retrouver une position plus confortable et à soulager ses
muscles passablement endoloris. Cela faisait déjà
un bon moment qu’il était couché là,
les mains attachées au dessus de la tête. Des petits
points commençaient à danser dangereusement devant
ses yeux. Il secoua la tête et cligna plusieurs fois pour
se débarrasser de cette sensation malsaine. Il leva le
menton le plus haut possible pour tenter d’apercevoir
quelque chose, mais le bandeau sur ses yeux était bien
trop noué pour lui permettre de distinguer quoi que ce
soit. Il ne voyait rien, il ne pouvait pas bouger. Il avait
perdu la notion du temps et de tout ce qui se passait autour de
lui. Il était seulement conscient des deux mains
puissantes mais terriblement douces qui caressaient
paresseusement son torse nu. "Du calme."
entendit-il. "J'arrive." Le lit grinça
lorsque son partenaire s'installa à califourchon sur lui,
ses jambes de chaque côté de ses cuisses. Cet homme,
il ne le connaissait pas, il ne savait même pas son nom. Il
l'avait juste rencontré dans un des bars qu'il avait
fréquenté ce soir là. Ce n'était pas
son genre de se laisser draguer par le premier venu, mais
curieusement, ce type lui avait paru digne de confiance. Il ne
savait pas pourquoi, c'était seulement l'impression qu'il
lui avait donné. Un type correct, avec une conversation
intéressante et surtout un sex-appeal impressionnant. Ils
avaient tout juste pris quelques bières et rapidement, la
décision de se rendre dans un endroit plus intime s'était
imposée. Ses parents étaient partis en voyage,
lui laissant la maison... Ils avaient tout naturellement atterri
ici. Il frissonna quand les longs doigts de l'homme glissèrent
le long de ses bras et attrapèrent ses poignets. L'instant
d'après, il sentit son souffle chaud tout près de
son oreille. "Tu es prêt?" "Oui."
parvint-il à murmurer, le souffle court. La chaleur qui
régnait dans la pièce avait considérablement
augmenté au point d’en devenir presque étouffante.
Il ouvrit la bouche et tenta de respirer profondément. L'inconnu
lâcha l'un de ses poignets et passa sa main libre entre ses
cuisses, pour l'inviter à écarter ses jambes. Ce
qu'il fit avec empressement, désireux de le sentir en
lui. Son partenaire attrapa ses genoux, les souleva d'un coup
et noua ses jambes autour de sa taille. Le jeune homme ferma les
yeux derrière le morceau de tissu qui entourait sa tête
et se laissa aller. Un léger gémissement franchit
ses lèvres lorsque l'homme entra en lui. Ses doigts se
refermèrent lentement et agrippèrent fermement les
draps, tandis que l'autre allait et venait, de plus en plus vite.
Le lit grinçait, les gémissements montaient en
intensité, mais il n'en avait plus conscience. Jusqu'au
moment final, où l'univers explosa en un milliard
d'étoiles autour de lui. Il resta étendu,
reprenant progressivement ses sens. La sensation post-orgasme
était incroyable, le calme après la tempête,
et cette sensation de plénitude, comme si plus rien
n'avait d'importance... C'est à ce moment précis
qu'il sentit les douces mains sur son cou. Elle pressaient
lentement sa trachée... C'est trop fort pour être
une caresse... Les doigts se refermèrent soudain, dans
une poigne plus ferme. L'air commençait à lui
manquer. Il tenta de crier, mais ce fut peine perdue.
Sous
ses doigts, le gosse tentait vainement de lutter contre lui.
Qu'est-ce qu'il croyait, avec le poids de son corps par dessus et
ses mains liées, il lui était impossible de se
libérer. Ce n'était pas bien dur, d'empoigner le
cou de cet adolescent maigrichon. Pas plus que la dernière
fois. La jouissance avait laissé place à la colère,
à présent. Il la laissa le submerger et
resserra sa prise avec force une dernière fois. Le
jeune homme eut un dernier soubresaut puis ne bougea plus.
Lentement, il lâcha son cou et se redressa. Il
contempla le corps sans vie étendu sous lui et expira
lentement, libérant l'air qu'il avait gardé à
l'intérieur de ses poumons. Il se sentait enfin
soulagé. Celui-ci ne méritait pas plus de vivre
que les autres. Il se leva, se nettoya sommairement et
commença à récupérer ses vêtements
éparpillés un peu partout dans la pièce. Il
s'habilla sans hâte avant de se diriger vers la fenêtre.
Il écarta légèrement les rideaux. Dehors,
tout était calme et les rues étaient vides. C'était
le moment de partir. Il traversa silencieusement la pièce
et sortit, sans même un regard au cadavre.
Chapitre
2
"Dites-donc,
Jess, ça m'a l'air sacrément bon et cette odeur...
hum... divine!" Debout devant la table de travail, Justin
poussa un soupir exaspéré. Rien ne marchait comme
il voulait et le résultat obtenu était loin d'être
satisfaisant. Au début, il s'était dit que ce
serait facile, et qu'en moins d'une demi-heure, tout serait prêt.
Cela ne devait pas être bien sorcier de faire deux choses à
la fois. Mais il s'était rapidement rendu compte que
suivre les indications du bonhomme au visage potelé et
toque blanche, et les effectuer était une tâche
ardue. Il s'était appliqué à couper les
légumes, mais ses morceaux étaient définitivement
trop gros et flottaient, informes, dans la casserole. Il avait
ajouté trop d'eau et sa mixture n'avait définitivement
pas la texture juteuse qu'il voyait sur le petit écran à
quelques mètres de lui. "Merci. Maintenant, il ne
nous reste plus qu'à ajouter quelques épices." Des
épices, maintenant. Bon sang, où donc étaient-elles
rangées? Peut-être dans le placard de droite... Pas
facile d'attraper quoi que ce soit avec les mains
poisseuses... "Merde!" Derrière lui, un
grand rire moqueur retentit. Il se retourna à demi pour
voir son amant, appuyé à l'embrasure de la porte.
Les bras croisés, mains accrochées aux coudes, un
petit sourire en coin, il contemplait le désastre qu'il
venait d'occasionner. En l'occurrence, le paquet de riz qui
venait de s'écraser contre le sol, éparpillant les
minuscules grains un peu partout dans la cuisine. "Des
problèmes?" "Pas du tout. Pourquoi tu dis
ça?" "Tu m'as l'air débordé." "C'est
seulement ton imagination." Clive s'avança, jeta
un coup d'oeil à sa préparation et laissa échapper
un reniflement de dédain, accompagné d'une moue
dubitative. "Je croyais pourtant que tu étais un
cordon bleu..." "Facile à dire quand on reste
vautré sur le canapé en attendant l'heure du repas,
pendant que je joue les fées du logis.", maugréa
l'expert en s'emparant d'un balai. "Personne ne t'a
obligé." lui rappela son homme en levant une main,
"Je tiens tout de même à te signaler que je
t'ai proposé mon aide, mais tu n'en as pas voulu." Force
était de reconnaître que Clive avait raison. Justin
marmonna quelque chose d'inintelligible, à mi-chemin entre
le grognement et le soupir, avant de se retourner pour nettoyer
le sol. "Qu'est-ce que tu dis? "Rien du
tout." L'inspecteur lui lança un regard amusé
et s'installa sur un des hauts tabourets de la cuisine. "Ça
t'ennuie si je change de chaîne?" "Fais comme
chez toi." Clive s'empara de la télécommande,
perdue au milieu des ustensiles de cuisine, et commença à
zapper d'un air distrait. "Y'a rien de bien
intéressant..." "Mets donc les infos."
L'inspecteur hocha la tête et pressa le bon bouton. La
voix grave du présentateur résonna dans la
pièce. "...Double homicide dans l'état de
Floride. Un couple homosexuel a été retrouvé
mort hier soir. Les deux hommes, âgés d'une
vingtaine d'années, ont été sauvagement
agressés, avant d'être abattus alors qu'ils
sortaient de chez eux. L'enquête pointe vers des groupes
extrémistes qui sévissent en ce moment à
l'est du pays..." Justin abandonna son balai et jeta un
coup d'oeil à son homme. Ce dernier gardait les yeux fixés
sur le petit écran, une expression indéchiffrable
sur le visage. Sans rien dire, l'expert refit face à la
télé. "...une manifestation est prévue
pour cette fin de semaine." Il y eut soudain un déclic
et l'écran devint noir. Justin chercha aussitôt
quelque chose à dire, mais rien ne lui traversa l'esprit.
Son amant tenait encore la télécommande en l'air,
bras tendu, sans réaction. Le silence s'abattit dans la
cuisine. "Putain Justin, pourquoi ils font ça?"
lâcha soudain Clive, au bout d'un long moment. "Pourquoi
ont-ils besoin de faire ça?" "Je ne sais
pas." Il ne mentait pas. Il n'avait jamais compris
pourquoi les hommes s'acharnaient ainsi sur les différences.
Si on pouvait vraiment qualifier cela de différence...
L'expert se tourna de nouveau vers son homme qui le regardait
à présent. Sur la table, son poing était
serré. Justin posa sa main sur la sienne et la serra avec
force. "Ne t'inquiète pas. Ça ne risque pas
d'arriver ici. On est à San Francisco, la capitale de la
tolérance, pas vrai?
Chapitre
3
L'ordre
règne dans la chambre autour de lui, bien plus qu'on ne
pourrait s'y attendre dans une chambre d'adolescent. Les murs
d'un bleu pâle sont couverts de posters à l'effigie
de vieilles stars du rock, la plupart tombées dans
l'oubli. Sur le bureau, un cahier ouvert... Des notes de cours,
de géographie en l'occurrence, avec une écriture
régulière d'écolier. Sur les étagères
au dessus, s'entassent des livres, dont une grande partie sont
des recueils d'astronomie. Le reste, des livres de classe et des
romans policiers: Mary Higgins Clarck, Edgar Allan Poe, parmi
tant d'autres. Dans un coin de la pièce, près du
lit, un étui à guitare est soigneusement rangé
prêt d'une pile de disques. A côté de la
fenêtre, un télescope pointe vers le ciel. Pas un
simple jouet, mais une vrai merveille de technologie, au prix
exorbitant. Visiblement, il s'agit des seuls trésors de
la chambre, qui curieusement manque de ces caprices des jeunes
d'aujourd'hui: télé, DVD et jeux vidéos
brillent par leur absence. Des photos sont accrochées
un peu partout dans la pièce. Visages souriants et
souvenirs précieux sont les derniers témoins des
épisodes heureux d'une vie arrachée trop tôt. Les
légistes viennent juste d'emporter le corps, enveloppé
dans l'immense poche noire. Un spectacle des plus sordides... Le
cadavre de ce gamin dénudé, les yeux grands ouverts
et la douleur gravée sur son visage. Un gosse tout
juste... A peine quelques années de plus que ses propres
enfants... Shelley poussa un long soupir et d'un coup sec
ouvrit sa mallette. Il y avait des jours où il aurait tout
donné pour posséder le détachement de Cate
qu'elle affichait dans chacune de ses enquêtes. Il enfila
rapidement une paire de gants et s'avança vers le lit. Les
liens qui maintenaient l'adolescent étaient encore
attachés aux montants. Il les défit avec
précaution, les fourra dans un sachet et les garda près
de celui qui contenait le bandeau qui avait couvert le visage de
la victime. Avec un peu de chance, l'assassin y avait laissé
une trace de son passage. Les laboratoires détermineraient
cela rapidement. Mais il existait peut-être d'autres
indices plus fiables.... Après avoir chaussé une
paire de lunettes de protection et, il passa lentement la SLA sur
les draps. Une large trace rouge apparut au beau milieu du lit.
Le jeune homme n'avait certainement pas utilisé de
préservatif, il y trouverait sans doute son ADN... Restait
à savoir si le criminel avait également commis
cette erreur... Il se hâta de prélever
l'échantillon. Il entendit soudain des pas dans le
couloir et se releva juste à temps pour voir entrer
Finley. Ce dernier s'avança avec précaution dans la
pièce en prenant soin de ne rien toucher, l'air sérieux.
Plus sérieux qu'a son habitude, en y regardant à
deux fois. L'attitude professionnelle avait sans aucun doute
laissé place à une mine sombre, et Shelley n'aurait
su dire si il la devait à l'atmosphère générale.
Cela dit, s'il s'agissait d'un problème personnel, ça
n'était pas ses affaires. "J'ai entendu dire qu'il
y avait eu probablement viol." lâcha Clive sans
préambule. "On ne peut mettre aucune hypothèse
de côté. Nous en serons plus après
l'autopsie. Il n'a aucune raison pour que les relations ne soient
pas consentantes." L'expression qui s'afficha sur le
visage de l'inspecteur montrait qu'il ne penchait clairement pas
pour cette hypothèse. Shelley lui-même n'y croyait
pas trop, mais l'expérience lui avait montré que
tout pouvait arriver. Inutile de vouloir débattre de cela
avec Finley tant qu'ils n'aurait pas discuté avec Glenn et
obtenu les résultats du laboratoire. "Le légiste
a déterminé la mort aux alentours de 10 heures hier
soir. Il est mort étranglé." continua
l'expert. "J'ai relevé du sperme sur les draps." "ADN
de l'assassin, peut-être?" Au moins, la relation de
Finley avec Justin avait un certain avantage. Il n'avait pas à
passer son temps à expliquer le moindre de ces gestes à
un inspecteur obtus et ignorant tout des techniques
scientifiques. "Espérons, je vous préviendrai
dès que j'aurai les résultats. Et vous,
qu'avez-vous appris?" "Il s'agit d'Adam Logan, 18
ans, étudiant en première année de
géographie. C'est la femme de ménage qui l'a trouvé
en arrivant vers 11 heures. Elle a prévenu la voisine qui
nous appelé immédiatement." "Pourquoi
n'a-t-elle pas appelé elle-même?" s'étonna
l'expert. "Elle n'est pas américaine et parle
difficilement la langue. On va faire venir un traducteur mais de
toute façon, elle n'a pas l'air d'en savoir beaucoup plus.
J'ai donc interrogé la voisine, Diane Fischer. Elle n'a
rien entendu hier soir. Bien au contraire. D'après ses
dires, elle-même est sortie à 9h30 tapantes, l'heure
à laquelle elle se couche tous les soirs. Elle a remarqué
de la lumière dans la chambre du gosse, mais n'a rien vu
ou entendu de suspect. " "Je vois. Et les
parents?" "Partis en voyage, à Seattle,
toujours d'après la voisine. Ils doivent rentrer dans deux
jours. On essaye encore de les joindre." "Très
bien." Clive laissa errer son regard dans la pièce. "Vous
en pensez quoi?" lui demanda Shelley. "C'est loin de
l'image que je me fais d'un adolescent d'aujourd'hui. Tout est
nickel. La voisine dit que c'était un garçon très
bien, très éduqué, peu enclin à
s'attirer des ennuis." "Ce qui renforcerait
l'hypothèse du viol." Il y eut un court
silence. "Franchement, je ne sais pas quoi penser."
répliqua finalement Clive en secouant la tête. "Vous
avez raison, il vaut mieux attendre d'avoir les
résultats." L'expert hocha la tête. "Notre
priorité en ce moment est de parler aux parents et à
ses amis. Nous n'avons quasiment rien. Peut-être nous
apprendront-ils d'avantage." Et il espérait
vraiment que ce soit là cas, cette affaire était
déjà suffisamment sordide sans qu'en plus, ils ne
puissent retrouver l'assassin.
Chapitre
4
Shelley
s'installa pour la énième fois un peu plus
confortablement sur son siège. De l'autre côté
de la table, les Logan leur faisaient face. La mère ne
pleurait plus, mais elle avait les yeux encore rouges et gonflés
et elle regardait droit devant elle, le regard perdu. Près
d'elle, son mari restait immobile, tout droit, les poings serrés.
Il ne versait pas une seule larme, mais la douleur n'en était
pas moins présente. Depuis qu'ils étaient arrivés,
il avait tout juste prononcé quelques paroles. Ils
avaient voulu le voir une dernière fois. Pour lui dire
adieu. L'entrée à la morgue s'était faite
dans une atmosphère pesante. Les deux époux étaient
serrés l'un contre l'autre, comme si seul le contact de
l'autre leur permettait d'avancer. Puis Glenn avait ouvert
l'habitacle où se trouvait le corps et le silence s'était
fait. Ils étaient restés là, pétrifiés,
à la vue de leur fils sans vie. Jusqu'à ce que la
mère craque. Clive et son mari l'avaient soutenue alors
qu'elle éclatait en pleurs et menaçait de
s'effondrer. L'expert était resté légèrement
en retrait, se préparant mentalement pour la suite. Ça
n'allait pas être une partie de plaisir. Shelley ne se
rappelait avoir eu autant froid dans la salle d'autopsie
lorsqu'il s'était rendu à la morgue le matin même.
Peut-être était-ce tout simplement un effet de son
imagination. "Je te confirme la cause de la mort.
Logan a bien été étranglé."
"Confirmes-tu le viol." "Non. Il a bien eu
des rapports sexuels mais je ne peux pas t'affirmer qu'ils
n'étaient pas consentants." Glenn lui avait montré
les marques sur son cou. "Mais je peux te dire que
l'assassin avait de la force... Ou qu'il était
particulièrement furieux." De leur côté,
les laboratoires n'avaient pas eu plus de chance. Ils avaient
bien retrouvé de l'ADN, mais rien dans la base de données.
Le criminel n'avait laissé aucune autre trace. L'expert
avait fouillé sa chambre de fond en comble à la
recherche du moindre indice, mais cela n'avait servi à
rien. Et la perspective de devoir annoncer la mauvaise nouvelle
aux parents, et leur avouer que les chances de retrouver
l'assassin de leur fils étaient minces, était
réellement peu attirante. Comme s'ils n'avaient pas assez
souffert... Assis près de lui, l'inspecteur Finley
semblait tout aussi mal à l'aise et peu enclin à
démarrer la conversation. Il l'entendit s'éclaircir
une nouvelle fois la gorge. "Mr et Mme Logan, je sais que
vous traversez un moment difficile, mais j'ai encore quelques
questions à vous poser à propos d'un sujet un peu
délicat.." La mère releva la tête
aussitôt. "Que voulez-vous dire?" "Avait-il
des ennuis? Est-ce qu'il vous aurait parlé de quelque
chose?" "Des ennuis? Non... Comme tous les
adolescents, il ne nous parlaient pas beaucoup de sa vie
privée... "Je vois. Savez-vous s'il voyait
quelqu'un? Vous aurait-il parlé... d'un homme?" "Je
ne comprend pas..." "Madame, " intervint
Shelley, " votre fils a eu des relations sexuelles avec un
homme peu avant de mourir." "Un homme? Non...
Mais... C'est... impossible... Adam avait une petite amie.
Pourquoi dites-vous cela?" balbutia-t-elle, incrédule. "Les
résultats de l'autopsie ont prouvé qu'il a bien vu
quelqu'un pendant la nuit du dimanche. Nous n'écartons pas
l'hypothèse d'un viol, puisque votre fils était
attaché et sans défense, mais il se peut qu'il
s'agisse d'un acte consentant. La mère, plus blanche
que jamais, ne répondit pas. Un nouveau silence envahit la
pièce, puis le père prit lentement la
parole. "C'est impossible, il s'agit certainement d'un
viol." "Je suis désolé de ne pouvoir
être plus précis, mais nous allons faire tout ce qui
est en notre pouvoir pour le découvrir." La mère
hocha doucement la tête, incapable de répondre. Elle
avait de nouveau les larmes aux yeux et semblait sur le point
d'éclater en pleurs. Shelley décida de mettre un
terme à la conversation qui, de toute façon, ne
leur apprenait pas grand chose. "Une dernière
chose. Pourrais-je avoir la liste de ses amis. J'aimerais parler
avec eux." "Je ne les connaissais pas tous, mais je
sais où se trouve son agenda. Je vous
l'apporterai." "Merci." Le père se
leva et prit sa femme dans ses bras. Elle s'accrocha à
lui, serrant fort sa veste entre ses doigts, comme si elle
s'accrochait à une bouée de sauvetage. Logan leva
les yeux vers Shelley et Clive qui s'étaient levés
également pour les raccompagner. "Retrouvez
l'ordure qui a fait ça a mon fils."
"Bien,
quelle est la prochaine étape?" Shelley se tourna
vers Clive, qui le regardait, d'un air interrogatif. "Pour
l'instant, on a aucune piste à suivre, donc on va
commencer par interroger ses amis. Voyez si vous pouvez trouver
l'adresse de sa petite amie." "C'est déjà
fait. " répondit l'inspecteur en ajoutant une feuille
de papier devant ses yeux. "La mère nous a donné
son nom avant de partir. Il s'agit de Helen Raleigh." "Très
bien, Finley. Je vous laisse conduire."
Chapitre
5
Helen
Raleigh habitait sur le campus, dans l'une des nombreuses petites
chambres que l'université proposait à ses
étudiants. L'accès avait été facile:
ils avaient tout juste dû se présenter à la
secrétaire de l'entrée, une brune pulpeuse qui
frôlait la trentaine. Leur plaque avait été
un argument convaincant, mais vu le regard enjôleur que la
demoiselle avait lancé à Clive, Shelley aurait juré
qu'ils auraient pu entrer avec bien moins que ça. Son
collègue faisait évidemment semblant de n'avoir
rien remarqué et s'efforçait de conserver un air
sérieux et professionnel, tandis que la jeune femme leur
indiquait le chemin. Il riait encore intérieurement
quand ils traversèrent le couloir principal, rempli de
groupes d’étudiants en grandes conversations.
Certains leur lancèrent quelques regards étonnés
et curieux, mais la plupart ne se retournèrent même
pas sur leur passage. Dans cet endroit, chacun vaquait à
ses occupations et les étrangers de passage faisaient déjà
partie du décor. "Voilà le dortoir des
filles," annonça Clive en désignant du doigt
une double porte battante sur leur droite. L'indication était
inutile, les gloussements aigus qui s'échappaient de la
salle commune adjacente avaient suffit à l'expert à
le deviner. Quelques instants plus tard, ils parvenaient à
leur but. "Chambre A226." annonça Clive,
avant de frapper. La porte s'ouvrit au bout d'un moment,
laissant place à une jeune fille de petite taille, aux
longs cheveux blonds et aux yeux très clairs. Elle les
regarda d'un air méfiant. "Helen Raleigh?" "C'est
moi." "Inspecteur Clive Finley, du SFPD, et David
Shelley, de la police scientifique. Nous venons vous parler au
sujet d'Adam Logan." L'étudiante hocha lentement
la tête et sans rien ajouter, leur fit signe d'entrer dans
la chambre, et referma la porte derrière eux. Ils
restèrent tous les trois debout au milieu de la pièce. "La
mère d'Adam nous a dit que vous étiez sa petite
amie." commença l'expert. "Oui, mais je ne
pense pas pouvoir vous aider." fit la jeune fille.
"Dernièrement, on ne parlait pas beaucoup. On ne
s'était même pas vu depuis deux semaines. Il était
devenu très bizarre." "Comment cela?" Helen
baissa la tête et fixa le sol, en dansant doucement d'un
pied sur l'autre. "On aurait dit qu'il faisait tout pour
tenter de m'éviter." expliqua-t-elle. "Dimanche
soir, on avait rendez-vous pour aller au cinéma, mais il
m'a appelé pour dire qu'il ne pouvait pas y aller." "Vous
a-t-il donné une raison.? "Il avait du travail à
rendre, mais je n'y ai pas cru. J'ai pensé qu'il allait
encore voir Alex." "Qui est Alex?" La jeune
femme eut un reniflement de dédain. "Alex Sobera.
Son meilleur ami. " "Vous n'avez pas l'air d'être
en très bons termes avec lui." intervint Clive. "Ni
bons ni mauvais." répliqua l'étudiante. "J'ai
du le rencontrer trois ou quatre fois, tout au plus." "Alors
quel était le problème?" "Adam me
laissait souvent tomber pour aller avec lui. Ils traînaient
tout le temps ensemble. De vrais inséparables... On
discutait souvent avec Adam à cause de ça." "Je
vois. Savez-vous où on peut le trouver?" "A
cette heure-ci," répondit Helen en jetant un coup
d'oeil à sa montre. "Il doit être encore dans
son gymnase à faire de la gonflette pour impressionner les
filles." Clive et Shelley se regardèrent. Cette
histoire avait bien plus de racines qu'elle ne laissait entrevoir
à première vue. Loin de résoudre leurs
doutes, elle ne faisait qu'en créer de nouveaux, et ne
leur apportait aucune réponse.
Dans
la voiture, Clive conduisait d'une main sûre, l'oeil
toujours rivé sur la route. Assis sur le siège du
passager, l'expert regardait distraitement par la fenêtre,
perdu dans ses pensées. Sans tourner la tête,
l'inspecteur prit la parole. "Vous en pensez quoi, de
cette histoire?" David ne bougea pas. Le coude posé
sur le rebord de la fenêtre, le dos de la main frottant
doucement contre sa bouche. Il resta un moment silencieux, et
Clive eut très vite l'impression qu'il ne l'avait
probablement pas entendu. "Le fils n'était
peut-être pas si parfait. Il avait des problèmes
comme tous les adolescents, et il n'en parlait pas à ses
parents." "C'est incroyable. On peut vivre ensemble,
au jour le jour... et sans se connaître..." Shelley
secoua la tête et se redressa dans son siège. Il ne
répondit pas. Clive lui jeta un coup d'oeil et n'ajouta
rien.
Chapitre
6
Ils
n’eurent pas vraiment de mal à localiser Alex
Sobrera. L’étudiant faisait étalage de ses
muscles lorsqu’ils le rejoignirent au club de sport.
L’archétype même de l’étudiant :
sûr de lui, grande gueule… et comme toujours, Alex
Sobrera cachait sans doute bien des secrets derrière ce
qu’il montrait. Clive procéda aux présentations
alors que Shelley observait avec une attention accrue le jeune
homme qui leur faisait face. « Vous pourriez nous dire
où vous vous trouviez quand Adam a été
assassiné ? » « J’y suis pour rien
moi. » « C’est pas ce que je vous ai
demandé. Alors ? » Le jeune homme semblait
nerveux, agité et frottait frénétiquement sa
main droite sur son poignet gauche, tic qui attira l’attention
de Shelley. D’un signe de tête il aiguilla Finley sur
le symbole qui ornait le poignet du jeune homme. Un symbole qui
ne leur était pas inconnu.
Finley attrapa la main
du gamin et tira sur son poignet, dévoilant l’emblème
du «Daïkiri », un bar de Castro Street. «
Vous avez des sorties sympas. C’est là que vous vous
trouviez ? » « Ouais. Mais j’ai pas vu Adam
ce soir là. On devait s’y rejoindre mais il est pas
venu. Ca lui arrivait parfois. Il devait me rejoindre et puis
finalement il ne se pointait pas. Sans doute parce qu’Helen
trouvait le moyen de le retenir. » « Est-ce
qu’Adam et vous étiez plus que des amis ? » Le
jeune homme hésita à répondre jusqu’à
ce qu’il réalise que mentir n’allait pas
l’aider à paraître moins suspect. «
On était pas vraiment plus que ça. Adam savait pas
vraiment ce qu’il voulait je crois. C’était un
type très introverti, jamais un mot plus haut que l’autre,
jamais de vague. Alors vous pensez bien que quand il a découvert
que les mecs le laissaient pas indifférent, il a flippé.
Lui et moi c’était un peu comme… un
entraînement. » grimaça Alex Sobrera en
avouant ça aux flics. « Vous savez si il voyait
quelqu’un ? » « Pas officiellement. Il m’en
a jamais parlé mais il était plus distant depuis
quelques jours. Il s’est affiché avec personne mais
je suis sûr qu’il voyait quelqu’un. » «
Vous ne l’avez donc jamais vu ? » s’enquit
Shelley. « Non. Vous pensez que c’est ce type qui
aurait tué Adam ? »
Shelley laissa à
Clive le soin de répondre à cette question. Il
prirent ensuite congé du jeune homme et réintégrèrent
leurs bureaux respectifs, l’un pour retrouver ses analyses,
le second pour repartir au « Daïkiri » avec une
photo de la victime. Avec un peu de chance, les employés
pourraient lui apprendre certaines choses.
*
* *
Lorsqu’il
rejoignit Shelley en fin de soirée, Clive n’était
pas plus avancé. Il avait bien réussi à
obtenir quelques informations mais rien qui allait leur permettre
de mettre la main sur leur tueur. Adam avait été
vu à plusieurs reprises avec son ami Alex et certains
soirs avec un type un peu plus âgé. Un grand brun
aux yeux sombres, charismatique. Ce n’était pas un
client régulier mais le barman qu’il avait interrogé
lui avait appris que l’homme était là de plus
en plus fréquemment depuis quelques mois. Pas suffisamment
toute fois pour qu’il puisse lui fournir une description
plus précise ou un nom. Il avait laissé ses
coordonnées à l’employé, l’enjoignant
à l’appeler si l’homme refaisait
surface.
Shelley n’avait pas l’air plus
enthousiaste que lui et lui annonça dès son entrée
dans son bureau que toutes les analyses effectuées
n’avaient rien donné. Ils n’avaient absolument
rien. Rien qui puisse permettre de retrouver l’homme qui
avait tué Adam Logan. Ils convinrent de classer l’enquête,
aussi dépité l’un que l’autre. C’était
toujours frustrant de ne pas coincer un assassin, plus encore
quand la victime était à peine plus âgée
que vos propres enfants. Shelley n’en disait rien mais
Clive devinait aisément le malaise qui habitait l’homme.
Il salua le chef de la scientifique et arpenta les couloirs,
cherchant la seule personne qui pourrait d’un simple
sourire lui faire oublier cet échec cuisant.
Epilogue
Clive
finit par mettre la main sur son amant en grande conversation
avec Jamie. Il salua brièvement l’informaticien et
lui enleva Justin. Sans un mot les deux hommes sortirent des
labos bien trop éclairés, retrouvant l’obscurité
et le silence de la baie. Ils allaient reprendre leur route
quand ils croisèrent Cate et Scotty. Tous les deux avaient
l’air perplexe. Justin engagea une discussion avec ses
collègues au grand dam de Clive qui ne souhaitait qu’une
chose, rentrer, manger et accessoirement se perdre entre les bras
de son mec. C’était sans compter sur la curiosité
de celui-ci. Et il dut admettre en les écoutant qu’ils
avaient bien fait de s’attarder. La victime de Cate et
Scotty présentait d’étranges similitudes avec
Adam Logan. Clive tenta de faire abstraction du jargon
scientifique pour se concentrer sur l’essentiel. Il réalisa
alors qu’ils n’avaient pas fini de ramasser les
cadavres que semait derrière lui l’assassin d’Adam.
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