Épisode 9 ~ Saison 1


LE SECRET D'ADAM


AUTEUR : Nautica

Épilogue par Lexie


Rating: -16ans



Prologue


La nuit tombait doucement dans le quartier tranquille de Diamond Height et la fraîcheur caractéristique des nuits d'automne envahissait peu à peu les rues désertes. Madame Fischer franchit le seuil de son entrée en frissonnant, resserra autant que possible sa robe de chambre autour de son frêle corps et sortit dans le jardin. Elle le traversa presque en courant pour déposer rapidement sa poubelle dans l'un des containers situés près de son portail, au croisement de Cameo Way et Duncan Street.
A l'étage de la maison de ses voisins, une lumière attira son attention. Elle y jeta un bref coup d'oeil, le froid n'ayant pas totalement vaincu sa grande curiosité. Le fils des Logan n'allait visiblement pas profiter de l'absence de ses parents pour organiser une de ces soirées adolescentes, à passer son temps à fumer et à boire de l'alcool avec une bande d'amis bruyants qui lui aurait valu une bonne nuit blanche, elle qui avait le sommeil si léger.
Elle haussa les épaules. Les jeunes d'aujourd'hui étaient tous les mêmes. Ils buvaient comme des trous, et se droguaient sans aucune retenue, juste pour le plaisir. Fort heureusement ce jeune homme était différent, bien élevé. C'était une chance pour elle et sa santé fragile.
Rassurée, elle tourna les talons, désireuse de retrouver la chaleur de sa demeure et rentra chez elle, sans savoir que non loin de là, dans cette même chambre, deux adultes consentants s'adonnaient aux plaisirs interdits...




Chapitre 1


Le jeune homme s’étira dans son lit, cherchant à retrouver une position plus confortable et à soulager ses muscles passablement endoloris. Cela faisait déjà un bon moment qu’il était couché là, les mains attachées au dessus de la tête. Des petits points commençaient à danser dangereusement devant ses yeux. Il secoua la tête et cligna plusieurs fois pour se débarrasser de cette sensation malsaine. Il leva le menton le plus haut possible pour tenter d’apercevoir quelque chose, mais le bandeau sur ses yeux était bien trop noué pour lui permettre de distinguer quoi que ce soit.
Il ne voyait rien, il ne pouvait pas bouger. Il avait perdu la notion du temps et de tout ce qui se passait autour de lui.
Il était seulement conscient des deux mains puissantes mais terriblement douces qui caressaient paresseusement son torse nu.
"Du calme." entendit-il. "J'arrive."
Le lit grinça lorsque son partenaire s'installa à califourchon sur lui, ses jambes de chaque côté de ses cuisses. Cet homme, il ne le connaissait pas, il ne savait même pas son nom. Il l'avait juste rencontré dans un des bars qu'il avait fréquenté ce soir là. Ce n'était pas son genre de se laisser draguer par le premier venu, mais curieusement, ce type lui avait paru digne de confiance. Il ne savait pas pourquoi, c'était seulement l'impression qu'il lui avait donné. Un type correct, avec une conversation intéressante et surtout un sex-appeal impressionnant.
Ils avaient tout juste pris quelques bières et rapidement, la décision de se rendre dans un endroit plus intime s'était imposée.
Ses parents étaient partis en voyage, lui laissant la maison... Ils avaient tout naturellement atterri ici.
Il frissonna quand les longs doigts de l'homme glissèrent le long de ses bras et attrapèrent ses poignets. L'instant d'après, il sentit son souffle chaud tout près de son oreille.
"Tu es prêt?"
"Oui." parvint-il à murmurer, le souffle court.
La chaleur qui régnait dans la pièce avait considérablement augmenté au point d’en devenir presque étouffante. Il ouvrit la bouche et tenta de respirer profondément.
L'inconnu lâcha l'un de ses poignets et passa sa main libre entre ses cuisses, pour l'inviter à écarter ses jambes. Ce qu'il fit avec empressement, désireux de le sentir en lui.
Son partenaire attrapa ses genoux, les souleva d'un coup et noua ses jambes autour de sa taille. Le jeune homme ferma les yeux derrière le morceau de tissu qui entourait sa tête et se laissa aller. Un léger gémissement franchit ses lèvres lorsque l'homme entra en lui. Ses doigts se refermèrent lentement et agrippèrent fermement les draps, tandis que l'autre allait et venait, de plus en plus vite. Le lit grinçait, les gémissements montaient en intensité, mais il n'en avait plus conscience.
Jusqu'au moment final, où l'univers explosa en un milliard d'étoiles autour de lui.
Il resta étendu, reprenant progressivement ses sens. La sensation post-orgasme était incroyable, le calme après la tempête, et cette sensation de plénitude, comme si plus rien n'avait d'importance...
C'est à ce moment précis qu'il sentit les douces mains sur son cou. Elle pressaient lentement sa trachée... C'est trop fort pour être une caresse...
Les doigts se refermèrent soudain, dans une poigne plus ferme. L'air commençait à lui manquer. Il tenta de crier, mais ce fut peine perdue.

Sous ses doigts, le gosse tentait vainement de lutter contre lui. Qu'est-ce qu'il croyait, avec le poids de son corps par dessus et ses mains liées, il lui était impossible de se libérer. Ce n'était pas bien dur, d'empoigner le cou de cet adolescent maigrichon. Pas plus que la dernière fois. La jouissance avait laissé place à la colère, à présent.
Il la laissa le submerger et resserra sa prise avec force une dernière fois.
Le jeune homme eut un dernier soubresaut puis ne bougea plus.
Lentement, il lâcha son cou et se redressa. Il contempla le corps sans vie étendu sous lui et expira lentement, libérant l'air qu'il avait gardé à l'intérieur de ses poumons. Il se sentait enfin soulagé.
Celui-ci ne méritait pas plus de vivre que les autres.
Il se leva, se nettoya sommairement et commença à récupérer ses vêtements éparpillés un peu partout dans la pièce. Il s'habilla sans hâte avant de se diriger vers la fenêtre. Il écarta légèrement les rideaux. Dehors, tout était calme et les rues étaient vides. C'était le moment de partir.
Il traversa silencieusement la pièce et sortit, sans même un regard au cadavre.




Chapitre 2


"Dites-donc, Jess, ça m'a l'air sacrément bon et cette odeur... hum... divine!"
Debout devant la table de travail, Justin poussa un soupir exaspéré. Rien ne marchait comme il voulait et le résultat obtenu était loin d'être satisfaisant.
Au début, il s'était dit que ce serait facile, et qu'en moins d'une demi-heure, tout serait prêt. Cela ne devait pas être bien sorcier de faire deux choses à la fois. Mais il s'était rapidement rendu compte que suivre les indications du bonhomme au visage potelé et toque blanche, et les effectuer était une tâche ardue. Il s'était appliqué à couper les légumes, mais ses morceaux étaient définitivement trop gros et flottaient, informes, dans la casserole. Il avait ajouté trop d'eau et sa mixture n'avait définitivement pas la texture juteuse qu'il voyait sur le petit écran à quelques mètres de lui.
"Merci. Maintenant, il ne nous reste plus qu'à ajouter quelques épices."
Des épices, maintenant. Bon sang, où donc étaient-elles rangées? Peut-être dans le placard de droite... Pas facile d'attraper quoi que ce soit avec les mains poisseuses...
"Merde!"
Derrière lui, un grand rire moqueur retentit. Il se retourna à demi pour voir son amant, appuyé à l'embrasure de la porte. Les bras croisés, mains accrochées aux coudes, un petit sourire en coin, il contemplait le désastre qu'il venait d'occasionner. En l'occurrence, le paquet de riz qui venait de s'écraser contre le sol, éparpillant les minuscules grains un peu partout dans la cuisine.
"Des problèmes?"
"Pas du tout. Pourquoi tu dis ça?"
"Tu m'as l'air débordé."
"C'est seulement ton imagination."
Clive s'avança, jeta un coup d'oeil à sa préparation et laissa échapper un reniflement de dédain, accompagné d'une moue dubitative.
"Je croyais pourtant que tu étais un cordon bleu..."
"Facile à dire quand on reste vautré sur le canapé en attendant l'heure du repas, pendant que je joue les fées du logis.", maugréa l'expert en s'emparant d'un balai.
"Personne ne t'a obligé." lui rappela son homme en levant une main, "Je tiens tout de même à te signaler que je t'ai proposé mon aide, mais tu n'en as pas voulu."
Force était de reconnaître que Clive avait raison. Justin marmonna quelque chose d'inintelligible, à mi-chemin entre le grognement et le soupir, avant de se retourner pour nettoyer le sol.
"Qu'est-ce que tu dis?
"Rien du tout."
L'inspecteur lui lança un regard amusé et s'installa sur un des hauts tabourets de la cuisine.
"Ça t'ennuie si je change de chaîne?"
"Fais comme chez toi."
Clive s'empara de la télécommande, perdue au milieu des ustensiles de cuisine, et commença à zapper d'un air distrait.
"Y'a rien de bien intéressant..."
"Mets donc les infos."
L'inspecteur hocha la tête et pressa le bon bouton. La voix grave du présentateur résonna dans la pièce.
"...Double homicide dans l'état de Floride. Un couple homosexuel a été retrouvé mort hier soir. Les deux hommes, âgés d'une vingtaine d'années, ont été sauvagement agressés, avant d'être abattus alors qu'ils sortaient de chez eux. L'enquête pointe vers des groupes extrémistes qui sévissent en ce moment à l'est du pays..."
Justin abandonna son balai et jeta un coup d'oeil à son homme. Ce dernier gardait les yeux fixés sur le petit écran, une expression indéchiffrable sur le visage. Sans rien dire, l'expert refit face à la télé.
"...une manifestation est prévue pour cette fin de semaine."
Il y eut soudain un déclic et l'écran devint noir.
Justin chercha aussitôt quelque chose à dire, mais rien ne lui traversa l'esprit. Son amant tenait encore la télécommande en l'air, bras tendu, sans réaction. Le silence s'abattit dans la cuisine.
"Putain Justin, pourquoi ils font ça?" lâcha soudain Clive, au bout d'un long moment. "Pourquoi ont-ils besoin de faire ça?"
"Je ne sais pas."
Il ne mentait pas. Il n'avait jamais compris pourquoi les hommes s'acharnaient ainsi sur les différences. Si on pouvait vraiment qualifier cela de différence...
L'expert se tourna de nouveau vers son homme qui le regardait à présent. Sur la table, son poing était serré. Justin posa sa main sur la sienne et la serra avec force.
"Ne t'inquiète pas. Ça ne risque pas d'arriver ici. On est à San Francisco, la capitale de la tolérance, pas vrai?




Chapitre 3


L'ordre règne dans la chambre autour de lui, bien plus qu'on ne pourrait s'y attendre dans une chambre d'adolescent. Les murs d'un bleu pâle sont couverts de posters à l'effigie de vieilles stars du rock, la plupart tombées dans l'oubli. Sur le bureau, un cahier ouvert... Des notes de cours, de géographie en l'occurrence, avec une écriture régulière d'écolier. Sur les étagères au dessus, s'entassent des livres, dont une grande partie sont des recueils d'astronomie. Le reste, des livres de classe et des romans policiers: Mary Higgins Clarck, Edgar Allan Poe, parmi tant d'autres.
Dans un coin de la pièce, près du lit, un étui à guitare est soigneusement rangé prêt d'une pile de disques. A côté de la fenêtre, un télescope pointe vers le ciel. Pas un simple jouet, mais une vrai merveille de technologie, au prix exorbitant.
Visiblement, il s'agit des seuls trésors de la chambre, qui curieusement manque de ces caprices des jeunes d'aujourd'hui: télé, DVD et jeux vidéos brillent par leur absence.
Des photos sont accrochées un peu partout dans la pièce. Visages souriants et souvenirs précieux sont les derniers témoins des épisodes heureux d'une vie arrachée trop tôt.
Les légistes viennent juste d'emporter le corps, enveloppé dans l'immense poche noire. Un spectacle des plus sordides... Le cadavre de ce gamin dénudé, les yeux grands ouverts et la douleur gravée sur son visage. Un gosse tout juste... A peine quelques années de plus que ses propres enfants...
Shelley poussa un long soupir et d'un coup sec ouvrit sa mallette. Il y avait des jours où il aurait tout donné pour posséder le détachement de Cate qu'elle affichait dans chacune de ses enquêtes. Il enfila rapidement une paire de gants et s'avança vers le lit. Les liens qui maintenaient l'adolescent étaient encore attachés aux montants. Il les défit avec précaution, les fourra dans un sachet et les garda près de celui qui contenait le bandeau qui avait couvert le visage de la victime. Avec un peu de chance, l'assassin y avait laissé une trace de son passage. Les laboratoires détermineraient cela rapidement.
Mais il existait peut-être d'autres indices plus fiables....
Après avoir chaussé une paire de lunettes de protection et, il passa lentement la SLA sur les draps. Une large trace rouge apparut au beau milieu du lit. Le jeune homme n'avait certainement pas utilisé de préservatif, il y trouverait sans doute son ADN... Restait à savoir si le criminel avait également commis cette erreur... Il se hâta de prélever l'échantillon.
Il entendit soudain des pas dans le couloir et se releva juste à temps pour voir entrer Finley. Ce dernier s'avança avec précaution dans la pièce en prenant soin de ne rien toucher, l'air sérieux. Plus sérieux qu'a son habitude, en y regardant à deux fois. L'attitude professionnelle avait sans aucun doute laissé place à une mine sombre, et Shelley n'aurait su dire si il la devait à l'atmosphère générale. Cela dit, s'il s'agissait d'un problème personnel, ça n'était pas ses affaires.
"J'ai entendu dire qu'il y avait eu probablement viol." lâcha Clive sans préambule.
"On ne peut mettre aucune hypothèse de côté. Nous en serons plus après l'autopsie. Il n'a aucune raison pour que les relations ne soient pas consentantes."
L'expression qui s'afficha sur le visage de l'inspecteur montrait qu'il ne penchait clairement pas pour cette hypothèse. Shelley lui-même n'y croyait pas trop, mais l'expérience lui avait montré que tout pouvait arriver. Inutile de vouloir débattre de cela avec Finley tant qu'ils n'aurait pas discuté avec Glenn et obtenu les résultats du laboratoire.
"Le légiste a déterminé la mort aux alentours de 10 heures hier soir. Il est mort étranglé." continua l'expert. "J'ai relevé du sperme sur les draps."
"ADN de l'assassin, peut-être?"
Au moins, la relation de Finley avec Justin avait un certain avantage. Il n'avait pas à passer son temps à expliquer le moindre de ces gestes à un inspecteur obtus et ignorant tout des techniques scientifiques.
"Espérons, je vous préviendrai dès que j'aurai les résultats. Et vous, qu'avez-vous appris?"
"Il s'agit d'Adam Logan, 18 ans, étudiant en première année de géographie. C'est la femme de ménage qui l'a trouvé en arrivant vers 11 heures. Elle a prévenu la voisine qui nous appelé immédiatement."
"Pourquoi n'a-t-elle pas appelé elle-même?" s'étonna l'expert.
"Elle n'est pas américaine et parle difficilement la langue. On va faire venir un traducteur mais de toute façon, elle n'a pas l'air d'en savoir beaucoup plus. J'ai donc interrogé la voisine, Diane Fischer. Elle n'a rien entendu hier soir. Bien au contraire. D'après ses dires, elle-même est sortie à 9h30 tapantes, l'heure à laquelle elle se couche tous les soirs. Elle a remarqué de la lumière dans la chambre du gosse, mais n'a rien vu ou entendu de suspect. "
"Je vois. Et les parents?"
"Partis en voyage, à Seattle, toujours d'après la voisine. Ils doivent rentrer dans deux jours. On essaye encore de les joindre."
"Très bien."
Clive laissa errer son regard dans la pièce.
"Vous en pensez quoi?" lui demanda Shelley.
"C'est loin de l'image que je me fais d'un adolescent d'aujourd'hui. Tout est nickel. La voisine dit que c'était un garçon très bien, très éduqué, peu enclin à s'attirer des ennuis."
"Ce qui renforcerait l'hypothèse du viol."
Il y eut un court silence.
"Franchement, je ne sais pas quoi penser." répliqua finalement Clive en secouant la tête. "Vous avez raison, il vaut mieux attendre d'avoir les résultats."
L'expert hocha la tête.
"Notre priorité en ce moment est de parler aux parents et à ses amis. Nous n'avons quasiment rien. Peut-être nous apprendront-ils d'avantage."
Et il espérait vraiment que ce soit là cas, cette affaire était déjà suffisamment sordide sans qu'en plus, ils ne puissent retrouver l'assassin.



Chapitre 4


Shelley s'installa pour la énième fois un peu plus confortablement sur son siège. De l'autre côté de la table, les Logan leur faisaient face. La mère ne pleurait plus, mais elle avait les yeux encore rouges et gonflés et elle regardait droit devant elle, le regard perdu. Près d'elle, son mari restait immobile, tout droit, les poings serrés. Il ne versait pas une seule larme, mais la douleur n'en était pas moins présente. Depuis qu'ils étaient arrivés, il avait tout juste prononcé quelques paroles.
Ils avaient voulu le voir une dernière fois. Pour lui dire adieu. L'entrée à la morgue s'était faite dans une atmosphère pesante. Les deux époux étaient serrés l'un contre l'autre, comme si seul le contact de l'autre leur permettait d'avancer. Puis Glenn avait ouvert l'habitacle où se trouvait le corps et le silence s'était fait.
Ils étaient restés là, pétrifiés, à la vue de leur fils sans vie. Jusqu'à ce que la mère craque. Clive et son mari l'avaient soutenue alors qu'elle éclatait en pleurs et menaçait de s'effondrer.
L'expert était resté légèrement en retrait, se préparant mentalement pour la suite. Ça n'allait pas être une partie de plaisir.
Shelley ne se rappelait avoir eu autant froid dans la salle d'autopsie lorsqu'il s'était rendu à la morgue le matin même. Peut-être était-ce tout simplement un effet de son imagination.
"Je te confirme la cause de la mort. Logan a bien été étranglé."
"Confirmes-tu le viol."
"Non. Il a bien eu des rapports sexuels mais je ne peux pas t'affirmer qu'ils n'étaient pas consentants."
Glenn lui avait montré les marques sur son cou.
"Mais je peux te dire que l'assassin avait de la force... Ou qu'il était particulièrement furieux."
De leur côté, les laboratoires n'avaient pas eu plus de chance. Ils avaient bien retrouvé de l'ADN, mais rien dans la base de données. Le criminel n'avait laissé aucune autre trace. L'expert avait fouillé sa chambre de fond en comble à la recherche du moindre indice, mais cela n'avait servi à rien. Et la perspective de devoir annoncer la mauvaise nouvelle aux parents, et leur avouer que les chances de retrouver l'assassin de leur fils étaient minces, était réellement peu attirante. Comme s'ils n'avaient pas assez souffert...
Assis près de lui, l'inspecteur Finley semblait tout aussi mal à l'aise et peu enclin à démarrer la conversation. Il l'entendit s'éclaircir une nouvelle fois la gorge.
"Mr et Mme Logan, je sais que vous traversez un moment difficile, mais j'ai encore quelques questions à vous poser à propos d'un sujet un peu délicat.."
La mère releva la tête aussitôt.
"Que voulez-vous dire?"
"Avait-il des ennuis? Est-ce qu'il vous aurait parlé de quelque chose?"
"Des ennuis? Non... Comme tous les adolescents, il ne nous parlaient pas beaucoup de sa vie privée...
"Je vois. Savez-vous s'il voyait quelqu'un? Vous aurait-il parlé... d'un homme?"
"Je ne comprend pas..."
"Madame, " intervint Shelley, " votre fils a eu des relations sexuelles avec un homme peu avant de mourir."
"Un homme? Non... Mais... C'est... impossible... Adam avait une petite amie. Pourquoi dites-vous cela?" balbutia-t-elle, incrédule.
"Les résultats de l'autopsie ont prouvé qu'il a bien vu quelqu'un pendant la nuit du dimanche. Nous n'écartons pas l'hypothèse d'un viol, puisque votre fils était attaché et sans défense, mais il se peut qu'il s'agisse d'un acte consentant.
La mère, plus blanche que jamais, ne répondit pas. Un nouveau silence envahit la pièce, puis le père prit lentement la parole.
"C'est impossible, il s'agit certainement d'un viol."
"Je suis désolé de ne pouvoir être plus précis, mais nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour le découvrir."
La mère hocha doucement la tête, incapable de répondre. Elle avait de nouveau les larmes aux yeux et semblait sur le point d'éclater en pleurs. Shelley décida de mettre un terme à la conversation qui, de toute façon, ne leur apprenait pas grand chose.
"Une dernière chose. Pourrais-je avoir la liste de ses amis. J'aimerais parler avec eux."
"Je ne les connaissais pas tous, mais je sais où se trouve son agenda. Je vous l'apporterai."
"Merci."
Le père se leva et prit sa femme dans ses bras. Elle s'accrocha à lui, serrant fort sa veste entre ses doigts, comme si elle s'accrochait à une bouée de sauvetage. Logan leva les yeux vers Shelley et Clive qui s'étaient levés également pour les raccompagner.
"Retrouvez l'ordure qui a fait ça a mon fils."

"Bien, quelle est la prochaine étape?"
Shelley se tourna vers Clive, qui le regardait, d'un air interrogatif.
"Pour l'instant, on a aucune piste à suivre, donc on va commencer par interroger ses amis. Voyez si vous pouvez trouver l'adresse de sa petite amie."
"C'est déjà fait. " répondit l'inspecteur en ajoutant une feuille de papier devant ses yeux. "La mère nous a donné son nom avant de partir. Il s'agit de Helen Raleigh."
"Très bien, Finley. Je vous laisse conduire."




Chapitre 5


Helen Raleigh habitait sur le campus, dans l'une des nombreuses petites chambres que l'université proposait à ses étudiants. L'accès avait été facile: ils avaient tout juste dû se présenter à la secrétaire de l'entrée, une brune pulpeuse qui frôlait la trentaine. Leur plaque avait été un argument convaincant, mais vu le regard enjôleur que la demoiselle avait lancé à Clive, Shelley aurait juré qu'ils auraient pu entrer avec bien moins que ça. Son collègue faisait évidemment semblant de n'avoir rien remarqué et s'efforçait de conserver un air sérieux et professionnel, tandis que la jeune femme leur indiquait le chemin.
Il riait encore intérieurement quand ils traversèrent le couloir principal, rempli de groupes d’étudiants en grandes conversations. Certains leur lancèrent quelques regards étonnés et curieux, mais la plupart ne se retournèrent même pas sur leur passage. Dans cet endroit, chacun vaquait à ses occupations et les étrangers de passage faisaient déjà partie du décor.
"Voilà le dortoir des filles," annonça Clive en désignant du doigt une double porte battante sur leur droite.
L'indication était inutile, les gloussements aigus qui s'échappaient de la salle commune adjacente avaient suffit à l'expert à le deviner.
Quelques instants plus tard, ils parvenaient à leur but.
"Chambre A226." annonça Clive, avant de frapper.
La porte s'ouvrit au bout d'un moment, laissant place à une jeune fille de petite taille, aux longs cheveux blonds et aux yeux très clairs. Elle les regarda d'un air méfiant.
"Helen Raleigh?"
"C'est moi."
"Inspecteur Clive Finley, du SFPD, et David Shelley, de la police scientifique. Nous venons vous parler au sujet d'Adam Logan."
L'étudiante hocha lentement la tête et sans rien ajouter, leur fit signe d'entrer dans la chambre, et referma la porte derrière eux. Ils restèrent tous les trois debout au milieu de la pièce.
"La mère d'Adam nous a dit que vous étiez sa petite amie." commença l'expert.
"Oui, mais je ne pense pas pouvoir vous aider." fit la jeune fille. "Dernièrement, on ne parlait pas beaucoup. On ne s'était même pas vu depuis deux semaines. Il était devenu très bizarre."
"Comment cela?"
Helen baissa la tête et fixa le sol, en dansant doucement d'un pied sur l'autre.
"On aurait dit qu'il faisait tout pour tenter de m'éviter." expliqua-t-elle. "Dimanche soir, on avait rendez-vous pour aller au cinéma, mais il m'a appelé pour dire qu'il ne pouvait pas y aller."
"Vous a-t-il donné une raison.?
"Il avait du travail à rendre, mais je n'y ai pas cru. J'ai pensé qu'il allait encore voir Alex."
"Qui est Alex?"
La jeune femme eut un reniflement de dédain.
"Alex Sobera. Son meilleur ami. "
"Vous n'avez pas l'air d'être en très bons termes avec lui." intervint Clive.
"Ni bons ni mauvais." répliqua l'étudiante. "J'ai du le rencontrer trois ou quatre fois, tout au plus."
"Alors quel était le problème?"
"Adam me laissait souvent tomber pour aller avec lui. Ils traînaient tout le temps ensemble. De vrais inséparables... On discutait souvent avec Adam à cause de ça."
"Je vois. Savez-vous où on peut le trouver?"
"A cette heure-ci," répondit Helen en jetant un coup d'oeil à sa montre. "Il doit être encore dans son gymnase à faire de la gonflette pour impressionner les filles."
Clive et Shelley se regardèrent. Cette histoire avait bien plus de racines qu'elle ne laissait entrevoir à première vue. Loin de résoudre leurs doutes, elle ne faisait qu'en créer de nouveaux, et ne leur apportait aucune réponse.


Dans la voiture, Clive conduisait d'une main sûre, l'oeil toujours rivé sur la route. Assis sur le siège du passager, l'expert regardait distraitement par la fenêtre, perdu dans ses pensées. Sans tourner la tête, l'inspecteur prit la parole.
"Vous en pensez quoi, de cette histoire?"
David ne bougea pas. Le coude posé sur le rebord de la fenêtre, le dos de la main frottant doucement contre sa bouche. Il resta un moment silencieux, et Clive eut très vite l'impression qu'il ne l'avait probablement pas entendu.
"Le fils n'était peut-être pas si parfait. Il avait des problèmes comme tous les adolescents, et il n'en parlait pas à ses parents."
"C'est incroyable. On peut vivre ensemble, au jour le jour... et sans se connaître..."
Shelley secoua la tête et se redressa dans son siège. Il ne répondit pas. Clive lui jeta un coup d'oeil et n'ajouta rien.



Chapitre 6


Ils n’eurent pas vraiment de mal à localiser Alex Sobrera. L’étudiant faisait étalage de ses muscles lorsqu’ils le rejoignirent au club de sport. L’archétype même de l’étudiant : sûr de lui, grande gueule… et comme toujours, Alex Sobrera cachait sans doute bien des secrets derrière ce qu’il montrait.
Clive procéda aux présentations alors que Shelley observait avec une attention accrue le jeune homme qui leur faisait face.
« Vous pourriez nous dire où vous vous trouviez quand Adam a été assassiné ? »
« J’y suis pour rien moi. »
« C’est pas ce que je vous ai demandé. Alors ? »
Le jeune homme semblait nerveux, agité et frottait frénétiquement sa main droite sur son poignet gauche, tic qui attira l’attention de Shelley. D’un signe de tête il aiguilla Finley sur le symbole qui ornait le poignet du jeune homme. Un symbole qui ne leur était pas inconnu.

Finley attrapa la main du gamin et tira sur son poignet, dévoilant l’emblème du «Daïkiri », un bar de Castro Street.
« Vous avez des sorties sympas. C’est là que vous vous trouviez ? »
« Ouais. Mais j’ai pas vu Adam ce soir là. On devait s’y rejoindre mais il est pas venu. Ca lui arrivait parfois. Il devait me rejoindre et puis finalement il ne se pointait pas. Sans doute parce qu’Helen trouvait le moyen de le retenir. »
« Est-ce qu’Adam et vous étiez plus que des amis ? »
Le jeune homme hésita à répondre jusqu’à ce qu’il réalise que mentir n’allait pas l’aider à paraître moins suspect.
« On était pas vraiment plus que ça. Adam savait pas vraiment ce qu’il voulait je crois. C’était un type très introverti, jamais un mot plus haut que l’autre, jamais de vague. Alors vous pensez bien que quand il a découvert que les mecs le laissaient pas indifférent, il a flippé. Lui et moi c’était un peu comme… un entraînement. » grimaça Alex Sobrera en avouant ça aux flics.
« Vous savez si il voyait quelqu’un ? »
« Pas officiellement. Il m’en a jamais parlé mais il était plus distant depuis quelques jours. Il s’est affiché avec personne mais je suis sûr qu’il voyait quelqu’un. »
« Vous ne l’avez donc jamais vu ? » s’enquit Shelley.
« Non. Vous pensez que c’est ce type qui aurait tué Adam ? »

Shelley laissa à Clive le soin de répondre à cette question. Il prirent ensuite congé du jeune homme et réintégrèrent leurs bureaux respectifs, l’un pour retrouver ses analyses, le second pour repartir au « Daïkiri » avec une photo de la victime. Avec un peu de chance, les employés pourraient lui apprendre certaines choses.

* * *


Lorsqu’il rejoignit Shelley en fin de soirée, Clive n’était pas plus avancé. Il avait bien réussi à obtenir quelques informations mais rien qui allait leur permettre de mettre la main sur leur tueur.
Adam avait été vu à plusieurs reprises avec son ami Alex et certains soirs avec un type un peu plus âgé. Un grand brun aux yeux sombres, charismatique. Ce n’était pas un client régulier mais le barman qu’il avait interrogé lui avait appris que l’homme était là de plus en plus fréquemment depuis quelques mois. Pas suffisamment toute fois pour qu’il puisse lui fournir une description plus précise ou un nom. Il avait laissé ses coordonnées à l’employé, l’enjoignant à l’appeler si l’homme refaisait surface.

Shelley n’avait pas l’air plus enthousiaste que lui et lui annonça dès son entrée dans son bureau que toutes les analyses effectuées n’avaient rien donné. Ils n’avaient absolument rien. Rien qui puisse permettre de retrouver l’homme qui avait tué Adam Logan. Ils convinrent de classer l’enquête, aussi dépité l’un que l’autre. C’était toujours frustrant de ne pas coincer un assassin, plus encore quand la victime était à peine plus âgée que vos propres enfants. Shelley n’en disait rien mais Clive devinait aisément le malaise qui habitait l’homme. Il salua le chef de la scientifique et arpenta les couloirs, cherchant la seule personne qui pourrait d’un simple sourire lui faire oublier cet échec cuisant.



Epilogue


Clive finit par mettre la main sur son amant en grande conversation avec Jamie. Il salua brièvement l’informaticien et lui enleva Justin. Sans un mot les deux hommes sortirent des labos bien trop éclairés, retrouvant l’obscurité et le silence de la baie.
Ils allaient reprendre leur route quand ils croisèrent Cate et Scotty. Tous les deux avaient l’air perplexe. Justin engagea une discussion avec ses collègues au grand dam de Clive qui ne souhaitait qu’une chose, rentrer, manger et accessoirement se perdre entre les bras de son mec. C’était sans compter sur la curiosité de celui-ci. Et il dut admettre en les écoutant qu’ils avaient bien fait de s’attarder. La victime de Cate et Scotty présentait d’étranges similitudes avec Adam Logan. Clive tenta de faire abstraction du jargon scientifique pour se concentrer sur l’essentiel. Il réalisa alors qu’ils n’avaient pas fini de ramasser les cadavres que semait derrière lui l’assassin d’Adam.


FIN