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Épisode 8 ~ Saison 1 |
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MEURTRE ET CONFIDENCES |
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AUTEUR : Lex |
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Rating: -12ans |
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Prologue
Il poussa la porte de son bureau, forçant un peu lorsqu’il rencontra une résistance. Le service d’entretien avait encore mal fait son travail, ça devenait une habitude. Habitude dont il devrait toucher un mot aux Baron. Dans leur métier les apparences étaient primordiales, elles ne faisaient pas tout mais contribuaient à leur puissance. Alors que leurs bureaux ne soient pas en ordre n’allait pas contribuer à impressionner leurs futurs clients. Paul R. Marsden força pour libérer le passage et appuya sur l’interrupteur. La lumière vive des néons inonda la pièce et éclaira le corps sans vie Alexander Cohen Baron, baignant dans son sang. La première pensée qu’eut l’avocat concerna les problèmes de succession qui allaient en découler. Et puis il réalisa toute l’étendue du désastre : la mauvaise publicité pour la cabinet, l’enquête qui allait suivre, l’investissement des lieux par la Criminelle et la Police Scientifique.
Chapitre 1
Ils étaient tous cloîtrés dans la grande salle de réunion. Paul observait ses collègues et constata qu’aucun ne semblait particulièrement peiné par la disparition plutôt brutale de leur supérieur. Le Baron restant semblait tout juste… désappointé. Certes, il n’était pas connu pour s’épancher facilement mais la mort de son frère n’avait pas l’air de le toucher particulièrement. Les trois jeunes loups semblaient s’ennuyer et n’attendre qu’une seule chose, sortir de cette pièce. Katherine traçait d’abstraites arabesques sur le bois de la table, Ryan sirotait tranquillement son café et Franck martelait silencieusement la table du bout des doigts. Quant à son plus proche collaborateur, Philip, il semblait à milles lieux de là. Il regarda pour la quatrième fois sa montre et tourna la tête quand la porte s’ouvrit pour laisser le passager à l’inspecteur en charge de l’affaire. Il ne le connaissait pas celui-là, n’avait jamais eu affaire à lui. Il se demanda où le SFPD recrutait ses membres. L’inspecteur qui lui faisait face semblait tout droit sorti d’une mauvaise série B avec sa veste en cuir et son air de petit con. Il avait l’air d’arriver tout droit de l’école de police. Du moins c’est ce que Paul pensa, jusqu’à ce que l’inspecteur Tyler prenne la parole et qu’à l’air de petit con succède un air déterminé. "Nous allons prendre vos dépositions puis un officier vous conduira à l’inspecter Hollohan afin qu’il prenne vos empreintes et cherche des traces de poudres sur vos vêtements. Ou des traces de sang… enfin bref, quelque chose qui nous diras lequel d’entre vous à tuer Monsieur Baron. Le coupable finira en prison, on quittera l’antre du diable et vous pourrez continuer à faire libérer des criminels." "Il vous faut un mandat pour ça. Sauf si vous avez des preuves que l’un d’entre nous est coupable, intervint Franck Crane. "Ah ? Mince, et moi qui pensais que vous voudriez tous être rapidement disculpés. J’ai dû faire une erreur, pardonnez-moi", ironisa Tyler. "Ça suffit", tonna Christopher Baron. "Dois-je vous rappeler que l’un des nôtres est mort ?" Son intervention eut le don de rétablir le calme et de faire cesser la joute verbale qui opposait Crane et Tyler. "Chacun d’entre vous", ajouta Christopher Baron, "se pliera de bonne grâce à tout ce que demandera l’officier Tyler. Et quant à vous inspecteur Tyler, j’ose espérer que vous respecterez la procédure."
Chapitre 2
"Je déteste les avocats", maugréa Tyler en rejoignant Justin dans le bureau de Paul Marsden. L’expert était en train de ranger sa caméra et releva la tête à l’entrée de son collègue. "Estime-toi heureux, l’une d’entre eux n’a pas tenté de draguer ton mec. Pas plus qu’elle n’a essayé de te décrédibiliser et de te faire passer pour un rigolo lors d’un procès hautement médiatisé." "Tu serais pas un peu rancunier, toi ? Elle faisait son job Justin." "En draguant Clive ? Logique, c’est tout à fait ce qu’on attend d’une avocate. Et puis tu pourrais au moins prendre mon parti." "Ouais. Mais il a pas cédé. Estime-toi heureux. Certains auraient été moins résistants, elle est super canon. Glaciale, hautaine, mais canon." Justin poussa un soupir excédé signifiant clairement « ces hétéros sont tous les mêmes. » avant de replonger dans son attirail scientifique et de sortir un coton-tige. Il s’approcha de Tyler, s’agenouilla à ses pieds tout en ne le lâchant pas du regard. "Tu sais que tu ne me fais aucun effet Hollohan ? Je suis pas Finley moi." "Ouais, je sais", acquiesça Justin, fier de lui. "Crétin." John Tyler sourit à son meilleur ami et quitta la pièce.
Justin grimaça lorsqu’il vit entrer Katherine Reeves, forcément, il fallait qu’il commence par la mante religieuse. La jeune femme s’assit face à lui et croisa ses longues jambes fines devant elle. Elle darda ses yeux sombres sur lui et attendit, un sourire amusé sur les lèvres, que Justin la regarda à son tour. Ce qu’il fit, avec réticence. "Je suis ravie de vous revoir Monsieur Hollohan." "Je suis désolé de ne pas pouvoir en dire autant. Tendez vos mains." "Voyons, vous n’allez pas me donner des nouvelles de l’inspecteur Finley ? C’est dommage. On aurait pu commencer cet entretien de façon beaucoup plus agréable." "J’y songerai pour la prochaine fois. Vos mains." L’avocate tendit ses deux mains, paumes vers le haut et laissa l’expert faire ses prélèvements. Justin pouvait sentir son regard inquisiteur sur lui et une colère sourde et complètement irraisonnée s’emparer de lui. Sans desserrer les dents, il fit son travail et s’autorisa enfin à souffler quand Katherine Reeves quitta la pièce. Les avocats se succédèrent ensuite, se prêtant avec plus ou moins de bonne volonté, aux prélèvements. Franck Crane semblait le plus réticent, le plus hostile et pourtant, il se plia lui aussi à toutes ses requêtes.
"Alors, t’as quelque chose ?" "Rien de concluant à première vue. Je vais descendre voir Glenn et Holt en arrivant au labo. Pour le reste, il faudra faire des analyses. Pas de traces de sang sur tout ce petit monde en tous cas." "Je peux venir avec toi ?" Justin se tourna vers Tyler, sidéré de l’attrait qu’éprouvait son ami pour l’aspect scientifique de leurs enquêtes. En trois ans, il ne s’y était toujours pas habitué. Sans doute parce que Tyler était le seul flic qu’il connaissait à descendre chez Glenn. "Tu veux venir avec moi à la morgue ? T’es vraiment flippant quand même toi." "C’est pour ça qu’tu m’aimes." "Qu’est ce qu’ils t’ont dit ? Je suppose qu’ils ont tous un super alibi ?" "Tu supposes bien. J’ai plus qu’à vérifier." "C’est peut être pas l’un d’entre eux." "Ouais mais t’as une idée du nombre de personnes qui pourraient vouloir leur faire la peau ?" Justin dut admettre que si l’un des employés était coupable, ça leur faciliterait considérablement la tâche. Il espérait ne pas avoir à traquer chaque coupable potentiel parmi les familles des victimes, celles qui avaient vu les meurtriers de leur fils, mari ou sœur. La liste risquait d’être très longue vu les victoires successives remportées par La Firme. Et puis il fallait aussi prendre en compte tous leurs clients mécontents, bien moins nombreux il fallait l’admettre mais pas à écarter. Oui vraiment, il espérait qu’un des avocats soit responsable du meurtre de Baron.
Ils ne trouvèrent personne quand ils entrèrent à la morgue. Leur victime était pourtant allongée sur la table d’autopsie et l’incision en Y, clairement visible, montrait que Glenn avait déjà accomplit sa part du travail. "Elle est pas là ?" "Non Sherlock. Rappelle-moi pourquoi ils t’ont accepté au SFPD ?" "Hummm, voyons", Tyler fit mine de réfléchir quelques secondes avant de se tourner vers Justin, parce que j’ai un talent certain pour proférer des évidences. "Ah oui. J’avais vaguement entendu parler d’un truc comme ça." Justin afficha un grand sourire moqueur auquel Tyler répondit. "Je vois que vous avez commencé à vous amuser sans moi ?" les interrompit Glenn. Tyler avança à sa rencontre et embrassa la légiste chaleureusement. Le docteur Dumas avait toujours été sensible au charme britannique de Tyler et celui-ci en était parfaitement conscient et en usait souvent. Ce jeu de séduction, sans conséquence, amusait toujours ceux qui y assistaient, Justin en particulier. "Ty’, ça fait longtemps que tu n’es pas venu me voir. Quelle merveilleuse jeune femme a pris ma place ?" "Aucune. Vous serez toujours la seule et unique, soyez rassurée. Mais on m’a remplacé par un certain Finley, un amateur si vous voulez mon avis. Vous avez eu le temps de faire connaissance avec notre nouvel ami ?" "Oui." Glenn reprit son sérieux et leur délivra les conclusions de son autopsie. Ils n’apprirent rien de plus que ce qu’ils savaient déjà : Alexander Baron avait été tué d’une balle en pleine poitrine et était mort quelques minutes après. "Tu n’as rien trouvé sur son corps ? Pas de traces suspectes ?" "Rien du tout. J’ai envoyé David avec les échantillons de sang et les vêtements de la victime sont là." Elle désigna un sachet, posé un peu plus loin, sur une autre table puis se détourna d’eux pour accueillir un nouveau cadavre.
Chapitre 3
Tyler l’avait laissé au labo, pressé de vérifier les alibis des employés des frères Baron. Il ne lui restait qu’à analyser tout ce qu’il avait récolté sur la scène de crime et visualiser les enregistrements qu’il avait fait sur place. Chaque fibre, chaque grain de poussière fut envoyé aux analystes appropriés puis Justin arpenta les couloirs jusqu’à dénicher le technicien en charge des analyses de sang. Il le trouva en compagnie de Shelley et attendit donc patiemment son tour. Il du mettre son patron au courant de l’enquête sur laquelle il travaillait puis il put enfin lire les résultats toxicologiques. "Pas d’alcool ?" "Non. La seule chose étrange reste le faible taux d’analgésique." "Tu as pu identifier sa provenance ?" "Je pencherai pour de la Morphine. Ça se tient, Alexander Baron était malade, ses globules blancs sont très bas. " "Les analyses de sang te permettent de me dire de quoi il était atteint ?" "Nan. Il faudrait faire des analyses plus poussées sur le corps ou consulter son dossier médical." "Ouais, de toutes façons ça ne doit pas avoir de rapport avec notre meurtre." Justin remercia le technicien et quitta la pièce. Alexander Baron était peut être malade mais ce n’était pas ce qui l’avait tué. Quelqu’un armé d’un flingue s’en était chargé et n’avait pas raté son coup.
Justin s’évertuait depuis plusieurs heures à trouver quelque chose qui le mènerait à l’assassin de Baron, en espérant entendre rapidement le chromatographe lui signaler la fin de l’analyse. Quand un adolescent de dix-sept ans entra dans la pièce du labo, les mains dans les poches. "Salut." "Salut l'artiste. Tu cherches ton père?" Le jeune Aaron Shelley secoua la tête. "Il est dans son bureau avec le chef de l'équipe de nuit." "Oh c'est vrai, tu veux l'attendre ici?" "Je peux?" "Ouais mais tu restes assis dans un coin et tu touches à rien. Compris?" Aaron fit oui de la tête et s'installa face à l'expert, de l'autre côté de la table. "Tu fais quoi?" lui demanda-t-il. "Je cherche des traces de poudre. Pour savoir qui a flingué le grand méchant loup", précisa Justin. C'était la vérité, mais vu que ça avait l'air d'une blague, le secret professionnel restait intact. Et puis Aaron, avec ses airs de deuxième de la classe (celui qui a les meilleures notes en dessin et en littérature mais qui rame un peu en maths) méritait bien quelques petites attentions de ce genre. Il s'accouda à la table et posa son menton dans la paume de sa main. Ses cheveux châtains d'habitude lisses et plats avaient un petit air filasse et décoiffé, aujourd'hui. On aurait dit qu'un plat de spaghetti lui était tombé sur la tête. Il avait les grands yeux de sa mère et les traits du visage de son père. Il était néanmoins difficile de savoir duquel des deux il avait hérité son caractère effacé. Certainement pas de son père. Encore moins de sa mère. Son frère avait dû lui gauler quelques gènes au moment de la fécondation, c'était pas possible autrement. Et il en avait profité pour lui piquer aussi les gènes de la connerie, à n'en pas douter, parce que Chris Shelley était une vraie plaie, comparé à son frère jumeau. Un cancre fumeur de joints qui ne savait pas faire grand-chose de ses mains (sauf peut-être emmerder son frangin et peloter les filles de sa bande d'alcoolos) "Ça se passe bien au lycée?" "Ouais, pas mal." "Et à la maison?" Cette fois, Aaron haussa les épaules, d'un geste vaguement indifférent. L'école et la famille n'étaient plus ses sujets de conversation préférés, apparemment. Bizarre. Son jumeau avait toujours été pour lui l'occasion de se transformer en moulin à parole. Pas ce soir. Alors Justin le laissa tranquille et s'attela à sa tâche en attendant que l'adolescent se décide ou non à entamer lui-même une discussion. Pourtant, celui-ci n'en profita pas, et se contenta de regarder ce qu'il faisait. Et plus encore, à le regarder lui, et à rêvasser. "À quoi tu penses?" l'interrompit Justin, au bout de quelques minutes. L'adolescent se redressa subitement: "À... euh à rien", fit-il. L'occasion était belle mais Justin évita pourtant de se foutre de lui. Non seulement Aaron rougissait à vue d'oeil, mais en plus il semblait horrifié à l'idée que ses tentatives pour rester impassible se voient comme le nez au milieu de la figure. De le voir ainsi perdre ses moyens déteint sur Justin. À tel point qu'il tenta lui-même de faire celui qui n'avait rien vu. Il l'aimait bien, ce gosse, et n'avait pas du toute envie de le mettre définitivement mal à l'aise. Et bien entendu, c'est le moment que Shelley père choisit pour faire son apparition. Sauvés. "Ton frère n'est pas là?" l'accueillit-il. "Salut, p'pa", sourit Aaron en se retournant vers lui. "Non, il a pas voulu venir." "Ah oui? Ça lui a prit comme ça, au dernier moment?" "Ben ouais, qu'est-ce que j'y peux?" "Rien", admit son père. Il soupira et réfléchit. "Bon, ça intéresserait un de tes amis, d'aller au match?" "P'pa..." le supplia Aaron. "Je vois. Justin?" "Sans moi", fit savoir celui-ci. Après tout, il n'avait pas encore terminé sa journée de travail, et ça, ça se voyait comme le nez et les yeux au milieu de la figure. Ce qui était le plus remarquable, c'était que l'absence inopinée de son rejeton ne semblait pas inquiéter Shelley outre-mesure. Ça ne remettait en tout cas pas son projet de ce soir en cause. Bien au contraire. "Et pourquoi pas maman?" suggéra Aaron. Son père haussa un sourcil. "Elle devait pas aller à son cours de... natation?" "Aqua-gym. Elle a dit que Mme Perlman commençait sérieusement à l'emmerder avec ses régimes et ses remarques à la con, alors elle s'est désistée pour de bon cette fois. Quand je suis parti, elle se renseignait pour suivre des cours du soir." Shelley marqua un temps d'arrêt. Emmerder, con. Sa femme avait une drôle de façon de s'exprimer devant leur fils. Ou alors c'était le fils qui avait une drôle de façon de s'exprimer devant son père... Quoi qu'il en soit, il n'y fit pas plus attention et prit une décision: "Très bien, appelle-la et dis-lui qu'on passe la prendre." "Vrai?" "Allez", confirma Shelley en posant une main sur son épaule. "On va finir par rater le coup d'envoi. À demain, Justin." "À demain." "Salut!" ajouta Aaron en lui faisant un rapide signe d'au revoir, le regardant à peine avant de s'éclipser. "Bon match!" leur souhaita-t-il. Il n'eut malheureusement (ou heureusement) pas le temps de se poser davantage de questions à propos de l'absence de Chris, de la réaction de son patron, ou même de l'étrange comportement de Aaron, que déjà Tyler apparut devant lui, prenant pour ainsi dire le relais. "Déjà de retour ? Lui dit Justin. Tu pouvais plus te passer de moi ?" "Y a un peu de ça. En fait je me suis dit que j’allais venir te secouer un peu et éventuellement te faire part de ce que j’avais découvert." "Trop aimable. Et alors ?" "Alors j’ai croisé ton pote de la balistique en arrivant, la balle provient d’un neuf millimètre. Il finit le rapport et il te l’apporte." "Je suppose que tu as autre chose ?" "Tu supposes bien. J’ai vérifié les alibis de nos suspects. Ta copine a un alibi en béton, ce qui ne doit pas te faire plaisir, je suis prêt à parier que tu voulais la voir derrière les barreaux." "Très drôle. Et pour les autres." "Christopher Baron était avec femme et enfant, le personnel de maison à confirmer. Paul Marsden était avec des clients de même que Philip Walken. Là où ça devient un peu plus compliqué c’est pour Crane et Van Tassel. Van Tassel était apparemment seul, chez lui. Crane était au cinéma." "Ça me semble plus simple de prouver qu’on était au ciné que seul chez soi." "Ouais, mais l’un des deux a un permis de port d’arme et ce n’est pas Van Tassel." "Tu as demandé un mandat ?" "Ouais, c’est en cours. Mais vu la réputation du cabinet, ça ne va pas être simple de l’obtenir. Sauf si on trouve autre chose à donner au juge." Les deux hommes réfléchirent un moment en silence. Il fallait qu’ils prouvent que l’un des deux avocats avaient tué Alexander Baron. Ils avaient déjà quelques éléments mais rien de suffisamment lourd pour convaincre un juge. Surtout lorsqu’il s’agissait d’incriminer les avocats les plus puissants de San Francisco. "Tu as interrogé la réception de leur immeuble ?" "Le type n’a rien vu d’anormal." "Ouais mais ce qui à lui semblerait normal pourrait ne pas l’être pour nous." "Où tu veux en venir ?" "Peut-être que Crane ou Van Tassel est revenu hier soir et que pour lui c’était tout à fait normal. Il faudrait vérifier le registre d’entrée." "Et réinterroger le réceptionniste." Le chromatographe émit un son, signalant la fin des analyses. Justin reporta son attention sur l’écran et grogna de mécontentement. Leurs deux suspects n’avaient aucune trace de poudre sur eux. Ils avaient sans doute fait en sorte de s’en débarrasser, ces deux hommes n’étaient pas stupides, mais Justin ne pouvait s’empêcher d’être frustré. "On devrait rentrer. On pourra rien faire de plus ce soir." "Ok, je retournerai chez les Baron demain matin. J’te dépose ?" "Ouais." Justin se leva et quitta la pièce suivit de Tyler. Il était trop tard pour retourner interroger le réceptionniste mais ils se feraient un plaisir de tout faire pour coincer leur coupable dès le lever du soleil.
Chapitre 4
Ça avait été un jeu d’enfant. Tyler s’était à nouveau rendu sur la scène de crime et avait interrogé à nouveau le réceptionniste. Dès qu’il avait eu confirmation que l’un des deux jeunes avocats était revenu bien après les horaires habituels, il avait rappelé le juge et envoyé leur témoin, sous bonne escorte, faire sa déposition officielle.
Quelques heures plus tard, c’est armé d’une commission rogatoire qu’il fouillait le domicile de Franck Crane. Tout n’était plus qu’une question de minutes avant qu’il ne mette la main sur l’arme du crime. Justin n’aurait plus qu’à faire parler ses machines et ses petits camarades de la Scientifique et Crane serait derrière des barreaux avant la fin de la journée.
* * *
"C’était trop facile", articula Justin en fixant d’un air absent les verres vides devant lui. "Tu vas pas te plaindre. Pour une fois qu’on y passe pas des siècles." "Ouais, t’as raison. Aux enquêtes rapides, trinqua Justin en levant son verre." "Aux enquêtes rapides." Le silence reprit ses droits et les deux hommes replongèrent dans leur bière, un peu épuisés et sérieusement imbibés. "Pourquoi t’es pas avec Finley ?" "On n'est pas marié." "Ah… Ouais. Mais pourquoi t’es pas avec Finley ?" "Parce que je suis avec toi", répondit Justin en fixant avec attention son meilleur ami. "T’as des questions bizarres toi." "Je sais." "T’avais rien de mieux à faire que de sortir avec moi ce soir ?" "Du style ?" "Du style trouver une femme, commencer ce truc étrange qu’on appelle séduire et finir chez toi… ou chez elle. Enfin comme tu veux quoi." "J’aime pas les femmes." Et au regard que lui lança Justin, enfin du moins ce qu’il put en voir à travers les brumes de l’alcool, il rectifia rapidement : "Ouais, enfin si, j’aime les femmes." "En fait, tu résistes pas à mon charme et elles te semblent toutes fades à côté de moi." "C’est ça ouais. Tu comptes combien de verres là ?" "Euh… Justin pointa un doigt devant lui et commença à compter, j’arrive pas, ils bougent." "Ça veut dire qu’il est temps qu’on mette les voiles. Allez debout mec, j’te ramène."
* * *
Clive fut un pu étonné quand il vit rentrer Justin en compagnie de Tyler. La présence de son amant chez eux n’avait rien d’exceptionnel bien sûr, là où ça devenait un peu plus étonnant, c’était quand le dit amant revenait, soutenu par son meilleur ami qui semblait aussi instable sur ses jambes. Sans compter que le vacarme qu’ils produisaient à une heure aussi tardive – ou matinale selon le point de vue qu’on adoptait – aurait pu réveiller un mort. Leur soirée avait visiblement été bien arrosée. Clive eut un sourire amusé en songeant que certains auraient probablement très mal au crâne au réveil. Faible satisfaction admit-il en regardant Tyler et Justin s’effondrer sur le canapé. Il devait reconnaître un certain flegme typiquement anglais à John Tyler. Pour ce qui était de tout faire avec modération, comme le revendiquaient la plupart des ressortissants britanniques, il aurait pu réduire à néant cette si glorieuse réputation avec un seul d’entre eux. Et accessoirement, il aurait pu écrire une thèse sur l’effet d’une bonne cuite sur l’un des si glorieux et modérés sujets de Sa Majesté. En attendant, il hésitait sur la conduire à tenir. Ou il retournait rejoindre son lit, ou il s’assurait que les deux hommes – loques – qui investissaient son canapé n’allaient pas vomir tripes et boyaux.
Clive n’eut pas à s’interroger longtemps, un Justin hilare tentait de s’extraire, avec plus ou moins de facilité, du canapé pour venir s’échouer entre ses bras. Il lutta pour conserver leur équilibre tout en enlaçant son homme. « Vous aviez quelque chose à fêter ? » demanda-t-il à un Tyler qui semblait un peu plus sobre que l’expert qui tentait une grossière manœuvre de séduction. « Ouais ! » Intéressante conversation en perspective. Il détacha un court instant ses yeux de son collègue pour les poser sur Justin. Interloqué il le regardait batailler avec son t-shirt, tentant de glisser ses mains sous le tissu pour accéder à sa peau. Incroyable, Justin était en train de le déshabiller devant son meilleur ami. Il attrapa les mains de Justin qu’il ramena sur ses hanches et leva les yeux au ciel quand il sentit les lèvres et la langue de son amant parcourir son cou.
« Vous ne savez vraiment pas vous tenir. » affirma d’un ton docte et d’une voix pâteuse, John Tyler, ses yeux dardés sur les deux hommes enlacés. «- Je te signale que si tu ne m’avais pas ramené Justin complètement bourré, tu n’aurais pas assisté aux tentatives hautement délicates de ce type pour m’emmener dans son lit. "Comme si tu avais besoin de ça." Clive fit mine de réfléchir quelques secondes avant d’admettre que non, Justin n’avait pas besoin de ça pour faire de lui ce qu’il voulait. Et il devait reconnaître qu’il n’avait pas énormément d’effort à faire pour l’attirer dans son lit. Ceci dit, il n’avait pas l’intention de laisser son homme continuer à l’allumer. Il n’était pas particulièrement prude, bien au contraire, mais il n’avait pas non plus de tendances exhibitionnistes. Clive entraîna Justin à sa suite et le laissa se blottir contre lui sur le canapé, sous l’œil amusé de Tyler qui ne perdait pas une miette du spectacle. "Tu ne m’as toujours pas dit ce que vous fêtiez", insista Clive. "On a bouclé une enquête particulièrement difficile." "Laquelle ?" "J’me souviens plus", grimaça Tyler. "Ah c'est à ce point-là!" "Ouais... Je crois que je m'en souvenais encore tout à l'heure, mais on s'est arrêté dans un autre bar, et là... C'est marrant comme tout fout le camp, des fois." Clive sourit tandis que Justin l'enlaçait pour lui faire un câlin. Il se dit qu'au train où allait les choses, les deux amis allaient lui offrir une belle gueule de bois pour le lendemain matin, rien qu'avec les effluves d'alcool qui flottaient à présent dans l'air. "Il est différent quand il est avec toi", marmonna Tyler, comme pour lui-même. "Qu’est ce que tu veux dire ?" Réalisant que Clive l'avait entendu contre sa volonté, il se reprit aussitôt: "Je vais devoir y aller." Clive le regarda se lever, comprenant qu’il n’aurait pas la réponse à sa question. Comprenant aussi qu’il n’était pas en état de reprendre sa voiture pour rentrer chez lui. Il poussa un lourd soupir avant de se dégager de l’étreinte tentaculaire de Justin et d’ordonner à Tyler de se rasseoir. "Mais je bosse demain matin !" se rebiffa Tyler. "Ouais bah fallait y penser avant de rentrer complètement ivre." "Toi Finley, t’es un grand comique." "Je sais, j’ai raté ma vocation, ironisa Clive." Il s’éloigna en pestant contre les flics ivres et qui squattaient son canapé après l’avoir tiré du lit. Lorsqu’il rejoignit les deux hommes quelques minutes plus tard, armé d’un oreiller et d’une couverture , il intercepta à nouveau un Tyler à l’équilibre précaire qui semblait bien décidé à déserter. D’une simple pression sur l’épaule il le fit basculer en arrière et son collègue se retrouva à nouveau assis. Il pensait pouvoir enfin se débarrasser des deux hommes et retourner se coucher quand Justin sembla sortir de sa léthargie. D’une poigne étonnamment ferme pour un homme dont l’esprit était embrumé par l’alcool, Justin l’attira à lui et il n’eut d’autre choix que de s’asseoir s’il ne voulait pas s’écouler sur son amant. "Toi Finley, t’es un mec bien", lui assena Justin en ponctuant chacun de ses mots d’un baiser. "Ouais, et toi Hollohan t’es un mec bourré." "C’est pas vrai. J’ai quasiment rien bu", s’offusqua Justin en se tournant vers Tyler pour qu’il confirme. Mais Tyler semblait dégrisé et de ce que Clive pouvait en juger, un peu gêné par les démonstrations d’affection d’un Justin éméché. Le silence de son ami eut l’avantage de légèrement calmer Justin qui éloigna ses mains de son corps. "Un problème, Tyler ?" Justin observait son meilleur ami, la tête légèrement penchée sur le côté, comme s’il cherchait à deviner ce qui le perturbait. De son côté, Clive assistait silencieusement à l’échange. Tyler semblait n’avoir jamais eu de problème avec les préférences sexuelles de son meilleur ami et ne semblait pas non plus avoir désapprouvé leur liaison. Du peu qu’il savait pourtant, mais il pouvait se tromper, aucun homme n’avait partagé la vie de Justin depuis la mort de Steve. Il pouvait donc comprendre que Tyler soit légèrement mal à l’aise devant le spectacle qu’ils lui offraient. Et puis tenir la chandelle n’avait jamais vraiment été particulièrement enviable. Peu importe qui se trouvait en face de soi. "J’voudrais pas déranger", marmonna Tyler. "Mais tu déranges pas, sois pas stupide…" "Justin, fous lui la paix. Tyler, tu restes là cette nuit. Et toi Hollohan", ajouta Clive à l’adresse de son amant, "tu ne partageras pas mon lit cette nuit, pas dans cet état." Clive se leva, ébouriffa les cheveux de son homme et sur un rapide signe de la main, il regagna sa chambre, laissant Justin et Tyler en tête à tête. Il eut un sourire quand il les entendit se battre pour le canapé. La tension semblait s’être dissoute, la complicité retrouvée. A n’en pas douter, il faudrait que Justin et Tyler aient une conversation sérieuse mais dans l’immédiat, ils allaient avoir une gueule de bois à gérer et Clive sentait qu’il allait lui falloir beaucoup de courage pour supporter les deux hommes au réveil.
Chapitre 5
"J'ai vraiment fais ça?" Tyler acquiesça. "Merde, fait chier", marmonna Justin. "Pas grave", lui assura son ami. Assis sur le canapé, les pieds croisés sur la table basse, à siroter café et thé brûlants, les deux hommes avaient des petits yeux et les cheveux en bataille. Une mine de déterrés, ni plus ni moins. "Excuse-moi, je voulais pas t'infliger ça." "Pas grave, je te dis." Un silence s'ensuivit. Le genre de silence matinal seulement perturbé par le cliquetis des cuillères contre la porcelaine, et par les souffles d'air frais sur les cafés fumants. Un silence qui reposait les oreilles fragilisées par une nuit de quiétude. Tyler le brisa pourtant: "J'ai mal aux cheveux." "Je compatis", murmura Justin avec un sourire, en se penchant en avant pour poser son mug sur la table basse, tant il était encore chaud. Il se blottit à nouveau au fond du canapé, posa sa tête sur le dossier et ferma les yeux. À côté de lui, Tyler faisait tourner son eau aromatisée dans son mug à lui, avec une concentration toute endormie. "T'es complètement accro", fit-il. Justin émit un son approbatif et dit: "Tu m'en veux parce que tu crois qu'on va passer moins de temps ensemble." Tyler trempa ses lèvres dans le liquide bouillant, en avala une gorgée et grimaça. Il se demanda si son thé n'avait pas été réchauffé dans les entrailles de la terre, ou bien si c'était à cause de sa gueule de bois, mais putain, qu'est-ce que c'était chaud! "C'est pas tout à fait ce que je crois", dit-il. "En fait, on a déjà commencé à passer moins de temps ensemble." Justin haussa un sourcil et lui jeta un regard latéral. Rien que ça lui arracha un élancement à la tête. Comme si son oeil venait de lui envoyer un éclair dans tout le cerveau. "On a passé une super soirée, tu trouves pas?" "Bien sûr, c'est pas ce que j'ai dit. Et puis je te reproche rien, je savais bien que toi et moi, ça pouvait pas durer", sourit-il. "J'suis vraiment désolé, Ty..." "Te fais pas de bile pour ça, je m'en remettrai", l'interrompit-il en lui tapotant le genou. "Quelle cuite!" Justin échappa un rire sec. Ça, il avait bien capté. Tenter de dessaper son mec en rentrant hier soir n'avait pas été du meilleur goût, ni pour Tyler, ni même pour Clive. Encore moins pour lui mais ça, c'était une autre histoire. Il ne se souvenait même pas de tout ce qui s'était passé, surtout vers la fin de la soirée, et se demandait s'il voulait vraiment tout savoir... "On n'a pas idée de se mettre minable à ce point", regretta-t-il. "Dis-moi que j'ai pas fait pire que ça, pitié!" "Tu as..." commença Tyler. "Non je peux pas. C'est mieux si te ne sais rien." "Quoi?" "Tu vivras beaucoup mieux dans l'ignorance, crois-moi." "Qu'est-ce que j'ai fait?" Tyler secoua la tête, d'un air catégorique. Extrêmement sérieux. Et Justin ne s'inquiéta pas, il se mit carrément à angoisser. Qu'avait-il fait de si honteux que son meilleur ami ne voulait lui avouer? Il tenta de capter son regard fixe, sans grand succès, et finit par apercevoir son demi-sourire. "Tu te fous de moi." "Non, t'as vraiment faillit foutre en l'air ta réputation, et la mienne avec." "Comment?" "Tu te rappelles vraiment pas? Le dernier bar... Cet espèce de cow-boy qui avait des miettes de sandwich dans sa moustache?" Justin s'immobilisa et fouilla dans sa mémoire défaillante. "Oui, peut-être... Vaguement..." "Il trouvait qu'on faisait trop de bruit, il a pas arrêter de râler et de nous envoyer des cacahouètes. Et toi, juste avant de partir, tu lui as balancé une fléchette dans le dos." Justin écarquilla les yeux, totalement incrédule: "Non." "Si. Et tu t'es barré en courant. Je crois que maintenant, ce type m'en veux à mort, parce qu'il croit que c'est moi qui ait fait le coup. "Tu m'as trahi", lui dit Tyler en aspirant une nouvelle gorgée de thé. Il secoua la tête d'un air attristé et ajouta: "Tu aurais dû me dire ce que tu comptais faire avec cette fléchette. J'aurais pu me planquer à temps." Justin éclata de rire. Finalement Tyler se joignit à lui, et ils oublièrent leurs gueules de bois. Ainsi que les éclairs qui partaient des yeux pour envahir le cerveau, les cheveux qui faisaient mal à la tête et leurs petites mines emmitouflées de sommeil, toutes ces petites choses désagréables. Sous la douche, Clive les entendit et se surprit à penser qu'à cette heure pourtant bien matinale, ils semblaient déjà en pleine forme. Pourtant, le silence retomba bientôt dans le living. Et cette fois il ne fut plus troublé que par quelques bribes de ricanements sporadiques. "Tu sais, je compte pas te laisser tomber", dit Justin en posant son bras sur les épaules de son ami. "C'est comme toi, le jour où tu trouveras une fille qui voudras bien de toi. Tu sais, quelqu'un de bien que tu finiras par demander en mariage et avec qui tu auras toute une flopée de gosses, comme le font tous les hétéros. Et bien même après ça et le temps que ça va te prendre, tu trouveras bien un peu de temps à me consacrer, pas vrai?" Tyler acquiesça. "Sauf que je me laisserai pas passer une deuxième fois la corde au cou." "C'est vrai, j'imagine même pas le montant de la pension", approuva Justin. "T'auras jamais les moyens d'entretenir tout ce petit monde." "Sans compter le procès pour le partage des biens, et la garde des gosses..." "Ouais, tu vas devoir vendre un de tes reins, ou alors faire le tapin... T'es sûr que tu veux garder les monstres?" "Tu veux rire?" fit Tyler en fronçant les sourcils, sur le ton de l'évidence: "Je vais plutôt me battre pour qu'elle ait la garde exclusive." "Excellent! Alors je t'aiderai à trouver le meilleur avocat commis d'office de la ville", lui sourit Justin. "Et je témoignerai en ta défaveur." Tyler le regarda droit dans les yeux et s'en réjouit: "Peut-on rêver meilleur ami..." Et aussitôt il replongea son regard dans le liquide tournoyant. Le sourire sur son visage en atténuait à peine la gravité. Il le savait, mais n'avait pas envie de le cacher. C'était vraiment stupide d'éprouver de la nostalgie dans cette situation. Il en avait perdu, des amis, quand il s'était marié il y a quelques années à Manchester. Et puis quand il avait divorcé, ensuite. Il en avait aussi perdu en entrant dans la police, et puis encore d'autres après son diplôme, et avant ça en quittant le lycée, la crèche, et peut-être même la maternité, alors quoi? Aujourd'hui que son meilleur ami avait trouvé un mec, qu'est-ce que ça allait changer? Il n'allait pas le perdre, il allait seulement passer un peu moins de temps avec lui, à faire le con... C'est la vie "T'es pas jaloux?" s'assura subitement Justin. "Jaloux? Non!" s'écria-t-il un peu trop vivement pour paraître honnête. "J'ai seulement eu des aventures d'un soir, tu sais... depuis que Steve est mort." "Je sais, oui. Enfin je crois. Pourquoi tu me dis ça?" s'étonna Tyler en vidant peu à peu son mug. "Parce que..." Justin se retourna vers le couloir qui menait à la salle de bain et comme il ne vit pas son amant revenir, il reporta son attention sur Tyler pour lui confier: "Je l'aime. Mais différemment de toi. Ce que je veux dire, c'est que j'aurais toujours besoin d'un meilleur ami. Et que tu resteras celui-là. Tu vois?" Tyler acquiesça. Il se demanda si c'était utile de le remercier pour ça. Si c'était pas de trop. Finalement il lui avoua ce qui lui passa par la tête en premier, le truc le plus sincère qui soit, même si c'était pas du meilleur goût: "Si t'étais une bonne femme, Hollohan, je crois que je te laisserai me passer la corde au cou." "Vrai de vrai?" "Y'a des chances, ouais", sourit Tyler. "Mon vieux, ça c'est une belle déclaration. Et j'crois que je t'aime aussi." "Bien! Alors j'suis foutu."
C'était encore pire que ce qu'il avait prévu. Clive fit son entrée dans le living au milieu des éclats de rire: "Je peux savoir ce qui vous fait marrer comme ça?" "Private joke!" lui répondit Justin. "Thé ou café?" "Çafé..." bredouilla-t-il, encore incertain. Mais aussitôt il vit son amant s'extirper du canapé et filer vers la cuisine. Plus de retour en arrière possible. "Au doigt et à l'oeil", commenta Tyler en posant son mug sur la table basse. "Je dois vraiment y aller. Merci pour le canapé, l'aspirine et le petit déj." "Y'a pas de quoi", fit Clive en se laissant tomber sur le fauteuil pas très loin. "Merci à toi, pour avoir fait le baby-sitter." "Tu crois que je t'ai pas entendu!?" lança Justin de la cuisine. Clive rentra la tête dans les épaules, comme s'il s'attendait à ce qu'une assiette traverse la pièce. Sauf que rien ne vint perturber l'ordre établi. Il sourit à Tyler qui se leva. "On se voit tout à l'heure?" "'sûr!" Quelques secondes plus tard, Justin se détourna de la cafetière et vit son meilleur ami apparaître dans l'encadrement de la porte. "Tu nous quittes?" Tyler hocha la tête et alla déposer sa vaisselle dans l'évier. Puis il fit face à Justin et serra son poing: "Je vais être à la bourre, je dois passer chez moi." "Ok. Alors à plus", lui dit celui-ci en imitant son geste. Ils se saluèrent tout en échangeant un regard un peu plus complice que d'habitude. Après tout ils s'étaient l'un et l'autre laisser aller à quelques révélations, voire à ce qu'on pourrait appeler une véritable promesse de fidélité, et ça, ça rapprochaient n'importe quels amis du monde. Même les meilleurs. Quand Justin fit son retour dans le living, Tyler avait déjà refermé la porte derrière lui, et avait déjà probablement regagné sa voiture. "On dirait que l'épisode d'hier soir est oublié", lui fit remarquer Clive, avant de le remercier pour le café. "Tu parles du strip-tease?" "De quoi d'autre..." Justin se pencha au-dessus de lui, appuya ses mains sur le dossier au-dessus de sa tête et finit par s'agenouiller à califourchon sur lui. Clive posa ses mains sur ses hanches et leva la tête vers lui. Ils s'embrassèrent bien sagement en silence, jusqu'à ce que Justin prenne la parole: "T'as de la chance que je sois un mec, tu sais?" "Hollohan..." "Quoi?" "Tu t'arrêtes jamais?" "Arrêter quoi?" sourit celui-ci en repartant à l'assaut des lèvres de son amant. Tes conneries, aurait-il pu lui répondre. Ou bien d'autres choses encore. Mais là tout de suite? "Mmm... non rien." |
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FIN |
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