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PROLOGUE
Les
convocations au tribunal c’était vraiment pas
l’aspect le plus attrayant de son job. Autant chercher des
indices et les analyser pendant des heures afin de confondre un
criminel ne lui posaient aucun souci, autant disserter pendant
des heures dans un tribunal, devant un jury, juste pour prouver
qu’il avait raison et que les preuves ne mentaient pas, il
n’aimait pas vraiment. Pas du tout même. Sans compter
le port obligatoire du costume qui achevait de le mettre de
mauvaise humeur pour la journée. Dire que des types
s’habillaient comme ça tous les jours. Il grogna
à nouveau en resserrant son nœud de cravate et jura
à voix haute. « - Est ce que ça
t’ennuierait beaucoup d’épargner mon pauvre
sommeil ? - Nan ! »
Il se retourna et vit son
amant toujours allongé, appuyé sur un coude et ses
yeux parcourant lubriquement son corps. « - Intéressant,
murmura-t-il. - Intéressant ? - Ouais. »
Clive
se leva et vint le rejoindre. Il lui tourna autour un moment, lui
faisant l’effet d’un chat après sa proie et
finit par se coller contre lui. Il vit disparaître ses
mains sous sa veste et les sentit bientôt remonter le long
de son dos, emmenant avec elle le tissu léger de sa
chemise. Il renversa la tête en arrière lorsque son
homme s’attaqua à son cou avant de s’écarter
vivement, s’éloignant des lèvres et des mains
diaboliques de Clive. « Je suis en retard ! »
Clive
le laissa s’écarter sans protester et en sortant de
la chambre, il surprit son sourire amusé. Ils régleraient
ça ce soir, il lui montrerait qu’il pouvait résister
à ses assauts mais pour le moment, il avait rendez-vous
avec la justice. Il avait à peine franchit la porte
d’entrée que son portable sonna. Sans jeter un
regard à l’écran, il décrocha,
prononça un désagréable – et dissuasif
– quoi, espérant se débarrasser de son
interlocuteur. « Elle est sympa d’ici aussi, la
vue. » Il se retourna, le téléphone
toujours collé à l’oreille et avisa Clive,
appuyé contre l’encadrement de la porte, son
téléphone dans une main alors que de l’autre
il lui adressait un petit signe. Il sentit une vague de chaleur
l’assaillir lorsqu’il réalisa que son homme
était vêtu en tout et pour tout d’une
serviette autour des hanches. « Allumeur, souffla-t-il
dans son téléphone. » Il raccrocha et
s’éloigna pour de bon, sans un dernier regard à
l’éphèbe qu’il laissait derrière
lui. Pourvu que l’audience ne soit pas trop longue.
Ils
étaient trois à observer son arrivée.
L’homme franchit les grandes portes du tribunal, traversa
rapidement le hall de marbre, se frayant un chemin parmi les gens
présents. Il passa près d’eux sans même
leur accorder un regard. Peu importe, les présentations
seraient faites bien assez tôt. Justin Hollohan ne savait
pas à qui il avait à faire.
CHAPITRE
1
Ils
sont tous là et il se sent détaillé, jugé,
observé. Ses moindres gestes, la moindre respiration lui
semblent être l’objet d’une étude
approfondie à l’issue de laquelle ils décideront
si oui ou non ils peuvent lui faire confiance. Du moins pour les
uns. Parce que les autres, ceux qui sont du mauvais côté
de la barrière, ceux contre qui il se bat, ils n’attendent
qu’un tout petit geste qui trahira son appréhension,
signifiant que sa belle assurance et ses certitudes ne sont peut
être pas aussi solides et fiables qu’elles en ont
l’air. Sa belle assurance et son agacement, encore
présents à son arrivée, se sont mués
en stress et en paranoïa. Parce qu’il doit admettre
qu’en étant là, soumis au regard et au
jugement de tous, il ne se sent pas très fier. Il en
viendrait presque à douter de son travail, des ses
méthodes et des résultats obtenus après des
heures de recherche. Pourtant il sait, lui, qu’il n’a
commis aucune erreur, qu’il a respecter la procédure
et que rien ne pourra empêcher l’homme à la
barre des accusés de finir ses jours en prison. Rien sauf
peut être les trois austères avocats de la Défense.
Il espère que leur réputation est surfaite, que
toutes les louanges qu’il a pu entendre à leur
propos sont erronées. Parce que s’ils sont aussi bon
que la rumeur le dit, il passera d’une part un très
mauvais moment et d’autre part, ce père qui a
assassiné sa fille restera peut-être libre. Et ça,
si l’envisage il refuse de l’accepter.
Ils ont
envoyé en première ligne leurs jeunes loups,
costumes Haute Couture et dents longues. Il est de notoriété
publique que les frères Baron ne sortent de leur tanière
que si le poisson en vaut le coup. Ou si leurs jeunes recrues se
plantent. Mais connaissant les critères de recrutement de
ce cabinet du Diable, jamais les jeunes loups ne seraient lâchés
s’ils n’étaient pas performants. Et entre les
rumeurs qui courent et l’assurance qu’ils affichent,
certains de leurs compétences et de leur bon droit, les
prédateurs semblent encore plus terrifiants. Un seul de
leurs regards vers lui et il se sent pris en faute. Flippant,
vraiment flippant. Crane, Reeves et Van Tassel. Trois recrues
prometteuses et agressives. Il ne sait pas vraiment duquel il
devra le plus se méfier. Vu d’ici, ils ont l’air
tous les trois particulièrement retords. Pourtant l’un
d’entre eux semble plus dangereux que ses confrères,
semblant scruter chacun de ses gestes. Et Justin le voit sourire
quand il serre son poing, tentant vainement de maîtriser un
tremblement inopportun.
Ne
se spécialise pas dans la défense des criminels qui
veut. A moins d’appartenir au bureau des avocats commis
d’office, il s’agit avant tout d’un choix
personnel. Les motivations ne sont jamais les mêmes d’un
individu à l’autre et les siennes diffèrent
sans doutes de celles de ses deux collègues qui
l’encadrent. Baron et Baron ont consenti à les
laisser défendre Matthew Pride. Un nom prédestiné
quand on a l’audace et la fierté d’assassiner
sa fille. Car s’ils sont certains d’une chose, ce
dont Monsieur Pride ne s’est pas caché, c’est
bien qu’il ait assassiné sa fille. Quand aux causes
d’un tel acte, ils n’ont pas besoin de le savoir. Ni
l’envie. Leur travail consiste à défendre les
pires ordures et pas un seul d’entre eux ne rechigne devant
la tâche. Jamais. Ses yeux n’ont pas quitté
l’expert depuis qu’il s’est assis à la
barre des témoins. Chaque détail à son
importance, chaque détail est primordial. Loupé le
moindre geste trahissant les gentils reviendrait à faire
condamner le méchant. Et ça, ils ne peuvent pas se
le permettre. Pas s’ils veulent continuer à se faire
un nom et à garnir leur compte en banque. Pas s’ils
veulent continuer à inspirer terreur et admiration. Et
aucun d’eux ne veut redescendre au bas de l’échelle.
Pas après tout ce qu’ils ont sacrifier, elle plus
que les autres. Déjà 2 heures qu’ils sont
là, Ryan et Franck ont déjà eu leur moment
de gloire, lui renvoyant leur sourire hautement satisfait et leur
arrogance à la figure. Typique. Ils n’ont pas évolué
depuis qu’elle a rejoint La Firme. Deux petits cons
prétentieux mais incroyablement talentueux, force est de
l’admettre. Elle savoure un bref instant le fait d’être
dans leur camp, même si elle doit leur prouver à
chaque minute, à chaque seconde qu’elle y a bien sa
place. Ils ne lâcheront rien, ne lui pardonneront pas la
moindre erreur. Eux comme le reste du cabinet. Car s’il y a
bien une chose qui joue en sa défaveur, c’est d’être
une femme. Loin d’être une faiblesse, elle s’est
promis d’en faire un atout. Peu importe la façon
dont elle s’y prendra, peu importe si elle y laisse son
âme. Elle a signé un pacte avec le Diable en entrant
au service des frères Baron et bien loin de s’en
préoccuper, elle s’en réjouit. Elle a plus
à perdre que quiconque et bien plus à gagner.
Première femme de La Firme, elle est fière de la
façon dont elle s’est imposée, encore plus de
la façon dont elle se bat avec tous ces hommes pour
conserver sa place. Ils ne voient en elle que la très sexy
avocate, la distraction, le faire-valoir et elle sourit à
cette idée. Oh elle est bien plus que ça, beaucoup
plus et elle attend son heure pour le leur prouver. Elle
sourit quand elle voit Hollohan serrer son poing, signe que
l’assurance qu’il affiche s’effrite lentement.
Tant mieux, ça jouera en sa faveur. C’est son tour
d’ailleurs, elle le sent aux questions de plus en plus
inintéressantes de l’adjointe du procureur. Elle
se sent frustrée lorsque la juge ajourne l’audience.
Elle cache son impatience et sa colère. Elle aurait pu le
réduire en miette, lui faire ravaler ses connaissances et
ces certitudes. Le mettre à ses pieds et réduire
Justin Hollohan au simple rang de technicien. Elle se lève
cependant, sereine, affichant un calme qu’elle est loin
d’éprouver. Katherine bouillonne et ces sentiments
négatifs ne s’effaceront pas tant qu’elle ne
se retrouvera pas à nouveau face à lui, prête
à sa battre et à prouver qu’elle est la
meilleure.
CHAPITRE
2
Matthew
Pride observe, serein. Il les a choisi parce qu’ils sont
les meilleurs et qu’ils vous défendent becs et
ongles, même si vous êtes coupable. Surtout si vous
êtes coupable dit la rumeur. Les Baron et leurs sbires sont
réputés dans le milieu carcéral et ils n’ont
pas tardé à lui prouver que ce n’étaient
pas que des bruits de couloirs. Quelques heures après les
avoir appelé, il était libéré sous
caution. Efficaces et dangereux, il adorait. Un regard à
ses avocats et il sourit, satisfait. Il les voit agir, peut
presque les entendre réfléchir et cette lueur
victorieuse au fond de leurs yeux avant même la fin du
procès lui plaît. Ils n’abandonneront rien,
n’abandonneront pas. Ils se battront pour lui jusqu’au
bout et au prix où il les paye, il est plus que satisfait
de la prestation. Il recommandera La Firme à ses
connaissances, sans hésitation. Mais pour le moment, lui
aussi regarde, lui aussi sourit parce que l’homme qui est
responsable de son bref mais néanmoins désagréable
séjour en prison, de sa présence ici est là,
assis devant lui. Son arrogance et son petit air supérieur
l’ont quitté et il s’en réjouit.
Hollohan et son copain flic lui en font baver, c’est leur
tour maintenant. Matthew Pride se leva et quitta la salle de
tribunal en compagnie de ses avocats.
Justin se lève
de son siège, rejoint l’adjointe du procureur avec
laquelle il discute un court instant puis quitte la pièce.
Il a à peine fait quelques pas dans le couloir, entre les
avocats, les témoins, population courante et importante de
ce lieu, quand il se sent tirer par le poignet. Quelques secondes
après, une odeur familière lui assaille les narines
et il ne retient pas un sourire quand les lèvres de Clive
se pose brièvement sur les siennes. Contact éphémère
mais rassérénant. Surtout après avoir été
la proie non consentante d’avocats aux dents longues. «
- Qu’est ce que tu fais là ? - J’avais
quelques heures de libre. - Et tu n’avais rien de mieux
à faire que de venir attendre ici sans être certain
que j’en sorte ? - Je peux repartir si tu veux. -
Non. Allez viens, sortons d’ici, j’ai vu assez
d’avocats pour la journée. » Clive lui
sourit et lui emboîte le pas, frôlant son corps par
intermittence. Juste ce qu’il faut pour ne pas attirer
l’attention mais suffisamment pour sentir la proximité
de son corps, sa chaleur et sa simple présence.
Intéressant.
Alors comme ça Hollohan a un point faible. Et pas des
moindres. L’expert entretien une liaison avec l’inspecteur
chargé de l’enquête de son client. Parfait, ça
va jouer en leur faveur. Elle reste debout près du mur, se
déconnectant temporairement de la conversation qu’ils
ont avec Matthew Pride. Elle réfléchit à ce
qu’elle vient de voir et ce qu’elle va pouvoir en
tirer. Elle espère vraiment pouvoir en obtenir quelque
chose de positif, quelque chose qui servira l’enquête
et à défaut qui la servira elle. Car force est
d’admettre, Hollohan et son copain flic, l’inspecteur
Finley si elle se souvient bien, sont tous deux appétissants.
Elle est bien décidé à faire passer son
travail et sa réussite avant son plaisir mais si elle peut
joindre les deux sans y perdre alors elle compte en profiter.
Elle sait déjà qu’Hollohan ne sera pas sa
proie, trop impliqué dans l’enquête, trop
méfiant. Mais Finley semble moins sur ses gardes. Sans
doute parce que ni la Défense ni le Procureur ne l’ont
appelé à témoigner. Elle devrait pouvoir
profiter de ça, pour obtenir des informations ou tout
autre chose. Reste à savoir comment s’y prendre et
quand passer à l’attaque. Elle ne dispose que de peu
de temps, le procès doit être très vite mené,
les témoins tout aussi vite interrogé. Quand à
ce qu’ils présentent comme des faits sûrs et
avérés, s’ils veulent gagner, ils doivent
très rapidement être démontés. Ils
sont passés maîtres dans l’art de créer
des écrans de fumée, maîtres dans l’art
de baratiner et d’embobiner jury, juge et assistance. Tout
n’est qu’illusions et belles paroles, elle le sait et
le cautionne tout à fait. Elle a depuis longtemps perdu
scrupules, remords et états d’âme et elle ne
s’en sent que plus libre et plus puissante. Oui elle aime
son job, et elle est bien décidé à
s’octroyer un petit bonus avec l’Inspecteur
Finley.
Le soleil l’éblouit un court instant,
jusqu’à ce que ses yeux s’habituent à
la luminosité et qu’il offre son visage aux chauds
rayons du soleil. Lorsqu’il les rouvre, quelques secondes
plus tard, il surprend le regard amusé de son amant, du
moins l’imagine-t-il amusé derrière les
verres de ses lunettes noires. « Quoi ? » Clive
le regarde un moment, sans rien dire, puis il lui vole un rapide
baiser et le tire par la main à sa suite. Décidément,
cet homme devient bien démonstratif. C’est
déroutant. Justin se laisse tirer et suit docilement son
homme. Ils traversent la rue, longent un moment les façades
des immeubles puis finissent par atterrir dans ce parc où
mères de famille, nourrices et enfants viennent en fin de
journée faire résonner de leurs cris et de leurs
rires les grands espaces verts. Pour le moment les lieux sont
déserts, seuls quelques joggers, hommes et femmes
d’affaires, étudiants et couples en vadrouille
hantent les lieux. Justin ne pose pas de questions, il suit le
mouvement, bien trop heureux de sentir la main chaude et
puissante de Clive dans la sienne. Heureux de ne plus sentir le
regard avide et affamé des avocats de la Défense,
heureux de fuir l’ambiance étouffante de la salle
d’audience. Bon il n’y a pas que ça, il doit
aussi admettre – enfin pas à haute voix – que
passer un peu de temps avec son mec lui fait du bien. Un peu trop
peut-être. Il a toujours cette légère crainte
de devenir dépendant. En étant honnête avec
lui même, il pourrait reconnaître que c’est
déjà le cas et que contrairement à ce qu’il
imagine, c’est loin d’être une mauvaise chose.
Mais Justin ne veux pas analyser ce qu’il ressent, tout ce
qu’il sait et veut savoir c’est qu’il apprécie
la compagnie de Clive, suffisamment pour vivre avec lui et
envisager le long terme. Mais il ne veut pas s’embarrasser
de détails, ne veut pas ou redoute de connaître le
passé de son homme. Sans doute parce qu’il y a des
choses qui l’effraient, des choses qu’il devine et
qu’il ne veux pas encore connaître, même si
elles le hantent.
Il sent Clive le tirer brusquement et il
se retrouve près de son homme, très près. Il
adore ça, quand la promiscuité est telle qu’elle
pourrait en paraître suspecte si elle n’était
pas connue de tous. Il adore ça parce que l’initiative
ne vient pas de lui. Clive a l’air décidé à
franchir une nouvelle étape et il ne va certainement pas
l’en empêcher. Loin de là. Jusqu’à
présent ils étaient resté discrets,
n’avaient rien caché mais n’avaient rien
affiché non plus. Du moins de façon voyante et
exubérante, mais jamais consciemment. Oh bien sûr
les petits gestes tendres leurs avaient échappé
bien souvent et sans qu’ils ne s’en rendent compte.
Clive a l’air décidé d’aller plus loin,
il est conscient cette fois-ci des gestes qu’il a envers
lui. Preuve en est de ce petit sourire satisfait. Monsieur a
l’air ravi de son coup d’éclat et semble
l’observer avec attention pour savoir comment lui va
réagir. Il ne va pas le décevoir, parce que lui
aussi en crève d’envie, parce qu’il est sûr
de ce qu’il ressent même s’il n’est pas
certain des mots à y apposer.
Il savoure le contact
pressant des lèvres de Clive contre le siennes, adore
l’incursion de cette langue joueuse et habile qui tourmente
et aguiche la sienne. Il se colle un peu plus contre le torse
puissant de son homme, laisse ses mains s’aventurer là
où elles en ont envie et bizarrement, elles rejoignent
cette partie charnue de l’anatomie de Clive qu’elles
semblent adorer et dont elles ne se lassent jamais. Et au
gémissement qui se répercute à ses oreilles,
il est certain que Clive ne se lasse pas non plus de la liberté
qu’elles s’accordent. Il réfrène à
temps un vieux réflexe et se concentre sur leur baiser et
sur les mains de son homme plutôt que sur les gens qui les
entourent et pourraient les voir. Ils ont dépassé
ce stade désormais.
CHAPITRE
3
Clive
se sent un peu plus léger. Il n’a jamais été
particulièrement démonstratif avec eux, juste avec
elle. Et à voir la façon dont les choses se sont
finies, il espère sincèrement ne pas faire
d’erreur. Il n’en a jamais parlé avec Justin,
n’est pas certain de vouloir que ce moment arrive
d’ailleurs. Pourtant il faudra forcément qu’il
dévoile cette partie de son passé un jour. Parce
que Justin lui a dévoilé le plus important et parce
que s’ils veulent avancer, ils devront en passer par là.
Pour le moment il apprécie de sentir le poids de Justin
contre lui, même si l’écorce de l’arbre
lui rentre dans le dos. Son homme est assis entre ses jambes,
contre son torse et sa tête est renversée en
arrière, sur son épaule. Il le sent somnoler, son
visage offert au soleil, son corps de plus en plus pesant. Justin
s’abandonne comme rarement. Quoi qu’à bien y
réfléchir, c’est de plus en plus fréquent
ces derniers temps, accumulation de petites choses qui mises bout
à bout lui donnent l’impression qu’ils
avancent. « - Tu ne m’as pas dit comment se
passait le procès. - C’est pas brillant. La
Défense n’est pas encore entrée en jeu et
pourtant j’ai l’impression que Pride va s’en
sortir avec le minimum. Voire s’en sortir tout court. -
Même en présentant les preuves ? - Baron a sortit
l’artillerie lourde. Ils ont envoyé leurs jeunes
loups affamés. Ils sont 3. Tu te rends compte ? 3 avocats
pour tirer cette ordure de prison ! - Ce type a tué sa
fille de 8 ans Justin, les jurés le laisseront pas s’en
sortir si facilement. Et puis tu as des preuves solides, non ? -
Je sais pas. La Firme n’a encore jamais perdu un procès.
» Clive sent son homme resserrer un peu plus ses bras
autour de lui, cherchant un peu plus de réconfort. Il n’a
aucun doute sur le professionnalisme de Justin, absolument aucun,
contrairement à l’intéressé. Il a
sentit que son homme n’était pas très sûr
de lui quand il est parti. Il a cherché à sa
manière à le détendre un peu et si Justin a
été réactif sur le coup, visiblement il a
oublié de se détendre depuis. Il se tend entre ses
bras et Clive sait que ses questions n’y sont pour rien,
elles ne font que raviver ses doutes. « - Tu as analysé
tes preuves correctement ? - Bien sûr ! - Tu as
respecté la procédure ? - Tu me prends pour qui
? ! »
Justin est surpris des questions que lui
pose Clive, jusqu’à ce qu’il en comprenne le
but et qu’il rencontre le sourire rassurant de celui-ci.
Très bien, il voit où il veut en venir et se sent
un peu mieux. Pourtant il ne peut pas s’empêcher de
revoir le sourire carnassier de l’avocate. Il ne la connaît
que de vue et de réputation et sait qu’elle ne lui
épargnera rien, comme ses collègues d’ailleurs.
Pourtant il la sent plus dangereuse que les autres, plus
sournoise et plus manipulatrice aussi. Il ne sait pas encore d’où
l’attaque viendra mais il ne peut pas s’empêcher
de penser que lorsqu’il la subira, il n’appréciera
pas particulièrement.
« - A quoi tu penses
? - A elle. - Elle ? Il y a quelque chose que tu ne
m’aurais pas dit ? » Clive ne bouge pas, ne
l’éloigne pas de lui. La confiance que cet homme lui
témoigne ne cesse de l’impressionner. Pourtant sa
réponse prête à confusion, il en a
conscience. « - Ce n’est pas moi qui ait été
marié. - Jamais une femme ? questionne Clive, avide
d’en apprendre toujours plus. - Ce n’est pas moi
non plus qui en sait le plus sur l’autre. Dévoile-toi
un peu et je répondrai à la question. - Oh.
Alors, qui est Elle ? - L’avocate de chez Baron. -
Justin. - Quoi ? - Oublie un peu ce procès, s’il
te plaît. - D’accord. Alors parle moi d’elle. -
Maintenant ? s’étonne Clive. - Oui. Tu veux pas
? - Si bien sûr. C’est juste que je m’y
attendais pas. Et tu n’aimeras peut-être pas ce que
tu vas entendre. - Laisse-moi juger. - D’accord…
Elle m’a quitté parce que je l’ai trompé.
»
Clive sent Justin se tendre entre ses bras.
Commencer par les détails les plus sordides est un choix
étrange mais Justin sait déjà qu’il
n’était pas heureux avec elle. Autant ne rien lui
cacher. « - On a été marié un peu
moins de 6 ans et je me suis rendu compte bien assez vite qu’il
me manquait quelque chose. Je n’ai pas divorcé, j’ai
attendu. J’ai vraiment pensé qu’avec le temps,
les choses s’arrangeraient, que je m’habituerais.
J’aurais pas dû attendre maintenant que j’y
pense, parce qu’elle n’était pas heureuse non
plus mais qu’elle au moins a eu la correction de ne pas se
comporter comme une garce. Je crois que je lui ai pas laissé
une bonne opinion des hommes. Faut dire que retrouver son mari au
lit avec un autre a de quoi refroidir les plus optimistes. Ally
est une femme magnifique, intelligente, je me fais pas trop de
soucis pour elle, elle retrouva rapidement quelqu’un.,
quand elle aura oublié que son ex est un salop et qu’il
l’a trahie. - Comment elle l’a pris ? - Pas
très bien. Pas trop mal non plus. Disons qu’elle ne
s’est pas servie de son arme de service pour me buter mais
qu’elle n’a pas non plus sauté de joie à
l’idée de se débarrasser de moi. Elle s’est
montrer froide, distante. Elle n’avait plus grand chose à
voir avec la femme que j’avais épousé. Ca
s’arrête là. - Rappelle-moi pourquoi tu
l’as trompé ? - Ca n’arrivera pas. -
Comment tu peux en être sûr ? - Je le suis pas,
j’ai juste confiance, ça me suffit. Pas à toi
?»
Justin se retourne entre ses jambes et à
genoux, lui fait face. Il ancre ses yeux dans les siens et sans
frémir lui répond. « Si. Mais rappelle-toi
que si jamais tu t’avises de me tromper, je connais tout un
tas de moyens pour te faire disparaître sans laisser de
traces. Dans d’horribles et très longues
souffrances. Et moi, ajouta-t-il en approchant lentement ses
lèvres des siennes, je n’hésiterai pas à
me servir de mon arme. »
CHAPITRE
4
Katherine
Reeves croise ses longues jambes sous la table et écoute
distraitement ses collègues faire leur rapport à
leur employeur. Un seul des Baron est là, le plus
mystérieux, celui qui est encore une énigme pour
elle, qu’elle ne parvient toujours pas à cerner et
qui, elle doit bien admettre, lui semble le plus apte à
l’effacer du cabinet s’il en a envie. C’est
justement pour éviter ce genre de …désagrément
qu’elle s’acharne à lui prouver qu’elle
est la meilleure et qu’en la choisissant parmi tous les
autres candidats potentiels, tous des hommes, il a fait le bon
choix. Elle se reconcentre lorsque le nom d’Hollohan se
fait entendre. Baron ne semble pas apprécié qu’elle
n’ait pu mener son interrogatoire et le lui signifie
clairement d’un regard dédaigneux, même si
elle n’y est pas pour grand chose. Elle se promet alors
qu’elle fera payer à Hollohan la désapprobation
de son employeur. L’amant de l’expert lui plaît
et il pourrait lui être utile si elle parvient à le
faire parler. Elle doit avant tout se renseigner sur lui et
savoir si en se jetant à son cou, elle ne va pas faire la
plus grosse erreur de sa carrière. Car si Finley semble
totalement épris de son scientifique amant, il peut
s’avérer que les femmes ne le laissent pas
indifférent.
Assis
dans un grand fauteuil en cuir, face à la baie vitrée
donnant sur le Pacifique, Matthew Pride sirote son whisky par
petites gorgée, savourant la brûlure provoquée
par l’alcool. Il s’enivre encore, à tord, il
le sait. Et pourtant s’il ne regrette pas ses actes, il
aimerait pouvoir oublier. Oublier le regard vide, éteint
de celle qui avait été sa fille. De celle qu’il
avait cru être sa fille. Car la petite Carly, aussi
parfaite soit elle, avait un défaut qu’il avait
découvert à la mort de son épouse. L’enfant
n’était pas de lui. Il sait qu’il a agit
stupidement, sous le coup de la colère, et pourtant il ne
regrette rien. Il revoit le corps brisé de celle qu’il
a considéré comme sa fille, le corps de cette
enfant de 8 ans, baignant dans son sang. Il regarde le
liquide ambré refléter la lueur tamisée de
la pièce et se plonge un peu plus dans ses souvenirs. Il
revoit les boucles blondes éparses sur le parquet de bois
sombre. Un bois importé du Liban s’il se souvient
bien, produit de luxe que seuls les plus riches peuvent s’offrir.
Il grimace légèrement en réalisant que le
sang s’est infiltré sous le vernis, abîmant le
bois. Il appellera la société qui l’a importé
et posé dans son salon lorsque le procès aura pris
fin et qu’il sera définitivement libre. S’il
les menaçait d’un procès pour incompétence,
peut être consentiraient-il à lui en poser un
nouveau. A moins qu’il ne revende la maison et en achète
une autre, fuyant ainsi les souvenirs d’une vie de famille
qu’il avait cru parfaite. Son poing se sert autour du
verre de cristal au souvenir des mensonges que son épouse
lui a débité. Cette garce a fait passé Carly
pour sa fille et elle ne lui aurait rien dit si elle avait
continué à vivre. Il regrette presque de ne pas
l’avoir tué elle aussi. Presque. Car il sait que
s’il peut s’en tirer pour le meurtre de l’enfant,
ça n’aurait pas été possible en y
ajoutant celui de la mère. Matthew Pride est un homme
orgueilleux et fier, mais il n'est pas stupide. Hollohan semble
l’avoir compris maintenant et Matthew sourit de
satisfaction en revoyant le malaise de l’expert lorsque
celui-ci à réaliser que la Firme le défendait.
Clive
relève la tête et jette un œil au radioréveil.
4h00. Il sait que l’absence de Justin est responsable de
son réveil et échappe un soupir exaspéré
en réalisant qu’il ne s’est pas trompé.
Son corps a réalisé bien avant son esprit que son
amant avait déserté leur lit depuis un bon moment.
Et à en juger par le froid qui a remplacé la
chaleur habituelle du corps de Justin, Clive réalise alors
que l’amant en question doit se terrer quelque part dans la
maison depuis plusieurs heures. Il grogne en posant ses pieds
sur le sol froid de la chambre. Il se promet de ramener ce petit
con dans leur lit par la peau des fesses s’il le faut.
Après lui avoir fait comprendre qu’il n’appréciait
pas particulièrement de se retrouver seul dans un grand
lit froid. Mais toute velléité de réprimande
l’abandonne quand il retrouve son amant, fébrilement
plongé dans le dossier Pride, cherchant un erreur qu’il
n’a pas commise. Mais il semble persuadé que la
bande de prédateurs, qui défend le père
infanticide, en a connaissance. L’intelligence de Justin
lui semblait être quelque chose d’avéré,
finalement il se demande si la stupidité ne l’est
pas tout autant. Le manque de confiance en ses capacités
aussi tant qu’il y pense. Car il n’a absolument aucun
doute lui. Justin a fait son boulot correctement, il était
là, sur la scène de crime à l’observer.
Et pas une seule seconde, il n’a vu son homme hésiter
ni même se tromper. Il pousse un soupir de dépit,
songeant qu’il va devoir se montrer très persuasif
s’il veut que Justin retourne se coucher avec lui. Parce
qu’il est sûr d’une chose, si son amant refuse,
il sait qu’il ne retournera pas non plus sous la couette et
ce n’est pas une chose envisageable car Clive a vraiment,
vraiment, besoin de dormir encore un peu. Il voit Justin se
retourner à son soupir. Les cernes sous ses yeux sont bien
présentes et les tremblements de ses mains tenant les
feuillets blancs, témoignent de sa nervosité et de
sa fatigue. Il agirait bien comme le dernier homme des cavernes
mais il sait que ce n’est pas la solution. Sauf s’il
veut se mettre Justin à dos pour quelques jours. La
perspective de le ramener de force au lit et de lui faire oublier
ce procès avec ses mains et son corps est alléchante
mais ça n’arrangera rien, il le sait.
«
- Tu ne dors pas. - Bien vu Monsieur l’expert, lui
répond-t-il en se laissant tomber à ses côtés
sur la canapé. Tu ne connais pas encore toutes tes preuves
où tu es décidé à te pourrir la vie
en cherchant une erreur qui n’existe pas ? - Si j’ai
pas fait d’erreur, explique moi pourquoi l’avocate de
Pride semblait ravie à l’idée de démonter
mon dossier ? - Attends, laisse-moi réfléchir ?
Peut-être parce c’est son boulot ? Ah non, je sais,
s’exclame-t-il, tu t’es réellement planté
et Pride n’a pas tué sa gamine en la poignardant. -
Bien sûr que si ! » Clive fixe Justin dans les
yeux et voit peu à peu l’expression furieuse et
outrée de son visage s’effacer, jusqu’à
être remplacé par un petit sourire. Justin se penche
sur lui, abandonnant son dossier et se colle contre son corps. «
- Tu penses vraiment que je n’ai pas fait d’erreur
? - Absolument, oui. »
Il voit Justin hocher la
tête, semblant accepter ses arguments. Se penchant
légèrement vers lui, il pose ses lèvres sur
les siennes, une simple pression qui laisse à son homme le
choix de la suite des événements. Et à la
façon dont celui-ci répond à son baiser,
entrouvrant légèrement ses lèvres pour
laisser passer sa langue, il sait qu’il va devoir faire
encore quelques efforts pour rassurer son amant avant de pouvoir
se ré-endormir.
CHAPITRE
5
Elle
l’avait attendu de pied ferme une grande partie de la
matinée, prétextant quelques questions
supplémentaires à lui poser. Katherine est vraiment
soulagée quand elle le voit se diriger vers elle. Non pas
qu’elle ait un instant douté de le voir venir, mais
il ne semble pas hostile et c’est un avantage non
négligeable. Hollohan aurait pu lui demander de les éviter
comme la peste, elle et ses confrères, il semble qu’il
n’en ait rien fait. Ce n’est pas forcément
judicieux de sa part. Après tout, Finley a participé
à cette enquête en tant qu’inspecteur
principal, il a donc forcément eu accès à
tous les éléments de l’enquête, les
preuves, les témoins, les suspects… Si elle
manœuvre bien, et c’est ce qu’elle a
l’intention de faire, elle peut obtenir de l’amant
d’Hollohan, bien des renseignements. Vraiment, elle trouve
ça stupide qu’il n’ait pas mis l’inspecteur
en garde. Vraiment stupide. Mais pour le moment elle se
délecte du spectacle qui s’offre à elle,
Clive Finley se dirige d’un bon pas vers elle et si rien ne
se lit sur son visage, elle note une certaine hâte à
la rejoindre. Elle n’est pas réputée pour
interpréter des signes tout droit issus de son
imagination, Finley arrive vers elle et s’il pouvait
franchir les quelques mètres qui les séparent
encore en courant sans rien perdre de sa dignité, elle est
prête à parier qu’il le ferait. Reste à
savoir à quoi est dû un tel empressement. Elle lui a
seulement dit qu’elle voulait le rencontrer pour parler de
l’enquête, éclaircir quelques détails
obscurs sans préciser si les dits détails jouaient
ou non en faveur de son client. Elle va quand même se
méfier. Un tel empressement, s’il est flatteur n’en
reste pas moins suspect. Après tout, il est fort possible
que Finley ait touché un mot de leur rendez-vous à
son amant et que celui-ci l’ait envoyé afin de
préparer son passage à la barre. Ce n’est pas
non plus à exclure. Elle connaît les flics,
particulièrement ceux de la scientifique et elle sait
qu’ils ne laissent rien au hasard. Surtout quand une enfant
de 8 est impliquée et retrouvée morte, assassinée
par son père.
Elle le voit s’avancer vers sa
table sans hésitation. Ca ne la surprend pas, les procès
qu’elle a récemment gagné ont fait
suffisamment de tapage médiatique pour que son visage ne
soit plus inconnu. Elle ne serait pas étonnée si
une photo d’elle était placardée dans les
locaux du SFPD, attendant bien sagement qu’on y plante
quelques fléchettes pour se défouler. Clive Finley
s’assoit face à elle, sans un mot, juste après
un bref signe de tête. Il attend qu’elle amorce la
conversation sans doute et elle hésite quelques secondes à
le faire languir. Elle a assez joué et assez perdu de
temps pourtant et elle finit par lui annoncer clairement que si
elle a voulu le rencontrer c’est pour lui parler du dossier
monté par Hollohan. A la lueur qu’elle voit briller
dans les yeux verts de l’homme qui lui fait face, elle sait
qu’elle a très peu de chance de le séduire.
Et elle abandonne rapidement cette idée. L’homme
semble désespérément accroché et elle
déteste les causes perdues. Tant pis, elle aurait bien été
tentée pourtant, histoire de s’amuser quelques
jours. Elle envisage le plan B et passe à l’action,
semant le doute autant qu’elle peut. Si l’inspecteur
semble révolté à l’idée qu’on
puisse accuser l’expert d’avoir fait une erreur, elle
sait pourtant que les insinuations qu’elle glisse dans la
conversations font leur chemin. Et si elles n’ébranlent
pas l’inspecteur Finley, elle sait qu’elles
toucheront plus particulièrement le principal intéressé.
Elle l’a senti sur ses gardes au tribunal. Oh bien sûr,
il n’a fait aucune erreur, son dossier est solide. Elle le
sait, Finley le sait et les supérieurs d’Hollohan le
savent aussi. Après tout, ils ont entériné
le dossier, signalant qu’ils étaient d’accord
avec les conclusions de l’expert en paraphant chaque page
de ce qui pourrait éventuellement perdre son
client.
Finley clôt rapidement leur entretien et
elle retient à grande peine un sourire satisfait.
L’inspecteur semble bien pressé d’aller faire
son rapport à l’expert. C’est probablement
pour savoir ce qu’ils avaient contre lui qu’il l’a
laissé la rejoindre. Il aurait vraiment dû se méfier
un peu plus. Rien ne garantit que son coup de bluff portera ses
fruits et pourtant, elle espère très franchement
qu’Hollohan sera suffisamment déstabiliser pour
perdre ses moyens à la barre. Elle le regarde se lever. Il
la salue froidement et quitte le restaurant sans un regard en
arrière, pressé de mettre le plus de distance
possible entre elle et lui. Elle ne peut s’empêcher
de le déshabiller du regard, même de dos
l’inspecteur est plus qu’appétissant. Vraiment
dommage qu’il soit autant accroché à son
amant.
«
Tu étais où ? » Justin est surpris lorsque
Clive le rejoint quelques minutes avant le procès. Il lui
avait pourtant promis d’être là bien plus tôt.
Il se fait l’effet d’une midinette en manque de son
flirt, pathétique. Pourtant il se sent immédiatement
rassuré en voyant Clive à ses côtés.
Il se sent tiré à l’écart et étouffe
un cri surpris contre les lèvres de son homme quand son
dos rencontre la surface dure du mur de marbre. Il n’a pas
le temps de s’interroger de cette fougue agréable
mais plutôt malvenue qu’une langue habile lui fait
oublier ce qu’il fait là, dans un tribunal
bondé. Lorsqu’il s’écarte de Clive,
il ne peut que noter le sourire satisfait de son homme et lui
sourit à son tour. Il a bien compris à quoi joue
son amant et il lui en est reconnaissant, la manœuvre de
diversion à parfaitement fonctionner. Le stress et
l’appréhension se sont envolés. Jusqu’à
ce qu’en quelques mots Clive réduise à néant
la belle assurance qu’il venait tout juste d’acquérir.
Épilogue
«
Tu t’en es par…faitement…bien sorti. » Il
sent le sourire de Justin se dessiner contre son ventre, là
où quelques secondes plutôt sa langue dessinait de
curieuses mais délicieuses arabesques. Son mec semble
décidé à lui dire merci à sa façon,
pour quoi, il n’en a aucune idée, mais il n’a
pas l’intention de l’interrompre. Après tout,
il a du donner de sa personne les nuits précédentes
afin de faire oublier à son amant l’affaire Pride,
il mérite bien que Justin s’occupe un peu de lui. Il
serre les draps entre ses doigts à s’en blanchir les
phalanges et renverse sa tête dans un râle extatique.
Il ne pensait pas qu’un nombril puisse être aussi
sensible. Du moins il ne le pensait pas avant d’avoir
rencontré Justin parce que maintenant, tout ce à
quoi il peut penser, ou plutôt tout ce qu’il peut
ressentir, ce sont ces sensations incroyables que son amant
provoque en lui. L’impatience et le désir
finissent par avoir raison de lui. Clive force Justin à
remonter vers lui et tout en mêlant sa langue à la
sienne, il inverse leur position et finit par se retrouver sur
son amant. Un rapide mouvement plus tard, il se retrouve entre
les jambes écartées de Justin, sa main sur son
sexe, ses lèvres au creux de son cou.
Justin se
mord la lèvre et renverse sa tête en arrière
en sentant son amant s’introduire en lui, d’un
puissant et profond coup de rein. La chambre est bientôt
envahie par leurs gémissements, les bruits de leurs corps
qui s’entrechoquent et les deux hommes se perdent dans un
tourbillon de luxure et de passion. Justin resserre ses jambes
autour de la taille de Clive, cherchant à approfondir le
contact, cherchant à obtenir toujours plus de plaisir. Et
Clive se fait une joie de répondre à sa demande,
s’enfonçant toujours plus et toujours plus loin dans
le corps de son amant, se repaissant des grognements qu’il
laisse échapper. Et lorsqu’ils ne tiennent plus,
lorsque le plaisir se fait trop intense pour être encore
retenue, ils s’abandonnent ensemble. Les muscles se
tendent, les respirations se coupent et clive finit par se
laisser retomber sur Justin, vidé et à bout de
souffle. Justin n’en mène pas large non plus entre
ses bras. Il se dégage légèrement du poids
de son homme avant de venir se blottir contre lui, une jambe en
travers des siennes, sa main posée sur son ventre qu’il
caresse paresseusement. Ils finissent par s’endormir
l’un contre l’autre, apaisé, laissant derrière
eux le souvenir désagréable de prédateurs
aux dents longues et savourant les retombées d’un
orgasme explosif et d’un procès admirablement
remporté.
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