Épisode 5 ~ Saison 1


LES ARCANES DU POUVOIR


AUTEUR : Lex


Rating: -16ans



Prologue


L’immeuble ne lui a jamais semblé plus beau, plus imposant, plus majestueux qu’à cet instant. Symbole de puissance, de richesse… et de décadence. Car elle sait ce qui se passe entre ces murs, elle sait que l’irréprochable respectabilité que le groupe affiche n’est qu’une façade. La réalité est toute autre, les coups bas sont plus nombreux que les actes altruistes, tout se vend, tout se monnaye et elle applique cette politique aussi bien que les autres sinon mieux. Aucune multinationale n’est tout à fait blanche, tout à fait honnête et celle à laquelle elle appartient ne fait pas exception.

Elle gravit les étages, lentement, préférant la discrétion des escaliers à la lumière crue de l’ascenseur. Elle gravit les étages, échappant aux caméras de surveillance. Ses talons claquent à chaque pas, elle ne cherche pas à être discrète, elle sait qu’il l’attend. Le grand patron par excellence à demander à la voir. Ordonner serait plus juste car s’il y a bien une chose qu’elle a apprit au fil des ans c’est que Dwight Sullivan ne demande jamais, il exige toujours.


Lorsqu’elle arrive au dernier étage, elle s’assure que ce qu’elle a amené avec elle est toujours dans sa poche. Elle s’en voudrait d’avoir répondu à l’appel sans avoir amené son sésame pour la liberté et la puissance. Il la fixe dès qu’elle franchit le seuil de son immense appartement, foulant la moquette immaculée qui recouvre le sol. Curieux qu’un homme comme Sullivan ait souhaité vivre au dessus de ses bureaux. Pourtant elle conçoit que cet homme ait voulu garder un œil permanent sur son empire.

Elle ne lui sourit pas, ils ont dépassé depuis longtemps le stade de la politesse feinte. Ils savent à quoi s’en tenir. Il sait qu’il doit composer avec elle, qu’il ne peut pas l’évincer. Après tout, elle fait partie des administrateurs et elle possède une grande partie des parts du groupe. Elle n’est pas actionnaire majoritaire, il s’est arrangé pour que personne ne puisse le détrôner mais néanmoins, elle n’en reste pas moins bien placé dans la hiérarchie. Elle a longtemps étudié les arcanes financières du groupe et elle sait que la configuration actuelle ne permettra pas à qui que ce soit d’en prendre la tête. Ils sont tous plus ou moins sur un pied d’égalité. Le seul obstacle qui empêche de les départager, qui l’empêche de s’élever au dessus des autres c’est lui. Et il semble avoir eu vent de ses manigances s’il exige de la voir seule, en plein milieu de la nuit, à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes. Ce qu’elle ne comprend pas en revanche c’est qu’aucun garde du corps, aucun membre du personnel n’est présent. Elle flaire le piège mais elle est prête à toutes les éventualités.


Il est confortablement assis dans un fauteuil, faisant face à la porte. Il ne la lâche pas du regard et elle se sent scruté. A raison. Quant à savoir ce qu’il cherche, elle a depuis longtemps abandonné l’idée de comprendre ce qui peut bien se passer dans le cerveau dérangé mais affreusement brillant de cet homme. Elle n’en reste pas moins curieuse. Elle a une vague idée du pourquoi de sa présence ici ce soir, elle aimerait en être certaine. Elle aimerait surtout savoir ce qu’il va advenir d’elle.

"Vous êtes en avance."


Ce constat semble l’amuser. Elle avait compté sur l’effet de surprise, voulant le prendre au dépourvu. Elle aurait du savoir qu’il ne se laisserait pas démonter. Il sait de qui il s’est entouré, il connaît chacun de ses administrateurs sur le bout des doigts et elle ne devrait plus être surprise de ne pas pouvoir le prendre au dépourvu. Sullivan est un homme blasé, connaissant parfaitement l’espèce humain. Elle ne prononce pas un mot, attend de savoir pour quelle raison il l’a fait venir, attend de savoir ce qu’il a à lui dire.

"Vous pensiez vraiment que vos petites magouilles pour récupérer le maximum d’actions passeraient inaperçues ? Vous pensiez vraiment que je n’avais pas réfléchi à cette éventualité ? J’ai mis des années à bâtir un empire solide, une multinationale que le monde entier m’envierait. Avez-vous vraiment cru très chère, que je n’avais pas prévu qu’un employé arriviste, un peu trop avide de pouvoir n’agirait pas comme vous l’avez fait ? Vous pouvez démarcher autant que vous voulez, racheter le maximum d’actions du groupe, jamais vous n’en aurez assez pour en prendre le contrôle."

"Si vous ne vous sentez pas menacé, à quoi rime cette petite mascarade alors ?"

"Je crois qu’il est temps de remettre les choses en ordre. C’est étrange, vous me sembliez la moins apte à trahir. J’aurai du me méfier, sous votre angélique apparence se cache la pire des garces. Vous auriez pu réussir."

"Auriez pu ?"

Elle lève un sourcil, intriguée. Rien n’est joué pourtant.

"Voyons ma chère, vous vous doutez bien qu’avec le dossier que j’ai monté contre vous, vous n’avez aucune chance de prendre le contrôle du groupe."


Elle contourne le canapé sous le regard de Sullivan et s’empare de l’épais dossier posé sur le bureau. Son nom est inscrit dessus bien sûr et elle ne doute pas qu’une multitude de preuves figure à l’intérieur. Dwight Sullivan est bien connu pour ne rien laisser au hasard. Elle est prête à parier que le contenu du dossier est suffisamment lourd pour jouer en sa défaveur lors du prochain conseil d’administration, lui faisant perdre ce siège d’administrateur qu’elle aime tant.

"Où voulez-vous en venir ?"

"Revendez-les."

"Vous savez bien que c’est impossible."

"Dans ce cas, vous vous exposez au jugement du conseil d’administration, avec toutes les conséquences désastreuses que cela entraînera pour vous."

Elle ne se sent même pas menacé, même pas acculée. Étrange. Peut être parce qu’elle sait qu’elle détient la dernière carte, celle qui fera toute la différence…



Chapitre 1


Clive pensait avoir fini sa nuit quand l’appel d’urgence l’avait tiré du confort tout relatif du central pour l’envoyer sur une nouvelle scène de crime. L’empressement de son patron et sa nervosité ne lui avaient rien laissé présager de bon et tout se confirma quand il se retrouva au pied d’un immeuble monstrueusement imposant dont les façades vitrées renvoyaient les lumières nocturnes de la ville.

Il voit les gyrophares des véhicules de secours se refléter, apportant un aspect surréaliste à la scène. Il se croirait dans un de ses films à gros budget où une armada de flics est dépêchée sur place pour enquêter sur le meurtre d’une grosse pointure. Il ne sait pas à quel point il est tombé juste, car l’homme qui gît quelques étages au dessus de sa tête n’est pas n’importe qui.


Il franchit la bande jaune, l’œil aux aguets. A première vue pas de traces de lutte, juste un homme mort, assis dans un fauteuil qui semble valoir un mois de son salaire. Le mort n’arbore aucune blessure, du moins de ce qu’il peut en voir. Glenn Dumas est déjà là, penchée sur lui et l’empêche de voir l’intégralité du corps. Il sait pourtant, à l’absence d’odeur, que le sang n’a pas coulé. En fréquentant Justin encore quelques mois, il pourra bientôt postuler pour entrer dans la police scientifique. Cette idée l’amuse et il se rend compte qu’il sourit lorsque le Docteur Dumas lui demande à quoi elle doit cet air joyeux.

Clive s’approche d’elle et de la …victime ? A première vue l’homme n’a subit aucune violence. Mais il sait bien, expérience aidant, qu’il ne faut surtout pas se fier aux apparences, encore moins lorsqu’elles semblent indiquer une mort naturelle.


"Ouah, on a du gros poisson ce soir!!"

Tant de délicatesse et la voix grave ne peuvent appartenir qu’à une seule personne. Clive lève les yeux au ciel et surprend le Docteur Dumas à faire de même. Il se retourne et croise le regard avide de son amant. Il se doute un instant que ce regard ne lui est pas destiné, sauf si Justin a décidé d'envoyer toute retenue et toute pudeur aux orties pour lui sauter dessus, ce qu’il a du mal à concevoir. Non, son mec regarde avec des yeux avides l’homme roux affalé dans son fauteuil, mort.

"Un peu de considération pour le mort, ça serait trop exiger de ta part Justin ?"

Son amant à le bon goût de paraître gêné. Clive est toujours sidéré de l’influence qu’a Glenn Dumas sur son homme.

"Glenn quand même, c’est pas n’importe qui" tente-t-il de se justifier.


Perplexe, Clive se tourne à nouveau vers le mort, cherchant à se rappeler où il a bien pu le voir et surtout si l’a déjà vu. Peine perdue, l’homme ne lui dit rien. Alors il demande des explications.

"Et à qui ai-je l’honneur ?"

"Dwight Sullivan, enfin !"

"Ah bah oui, maintenant que tu me le dis."

Le sarcasme ne passe pas inaperçu, tirant un éclat de rire à la légiste et une grimace à Justin.

"Qui m’a amené un inculte pareil ?"

"Laisse-moi réfléchir. Ah oui, c’est toi qui est venu le chercher tout seul."

"Les garçons, assez d’enfantillages. Inspecteur Finley, se tient devant vous le grand, enfin feu le grand Dwight Sullivan, un des plus riches hommes d’affaires américains, golden boy de San Francisco et PDG du groupe Sullivan."

"Et je suppose que c’est une grande perte pour le ville et pour le monde des finances ?"

"Vous supposez bien."


Clive pousse un profond soupir, persuadé que la mort du gros poisson ne lui épargnera pas tension et heures supplémentaires. Le seul avantage notoire, c’est que Justin bossera avec lui, ça leur facilitera la tâche pour passer un peu de temps ensemble, luxe non négligeable.

Il s’apprête à ressortir de l’appartement quand les portes de l’ascenseur s’ouvrent, laissant passer David Holt. L’atmosphère jusqu’alors sereine se fait soudainement plus tendue, plus froide. Quelque chose lui dit que le comportement de Justin lors de l’épisode Anthrax n’a pas été digéré.


David s’arrête en voyant Hollohan de dos, occupé à photographier le bureau du mort. Un reste de rancœur l’assaille et même s’il sait que ce n’est pas vraiment le moment pour laisser ses sentiments négatifs prendre le dessus, il ne peut s'empêcher de souhaiter renvoyer une vacherie bien sentie à son collègue. Il n’est pas certain que Glenn apprécie et il n’est pas non plus certain que l’idée soit judicieuse. Si les bruits qui circulent sont exacts, le mec d’Hollohan risque de l’avoir dans le collimateur. L’indifférence lui semble être la meilleure attaque, il salue l’inspecteur et sa supérieure et s’approche du corps sans un regard ni un mot à l’attention de l’expert. Il sent le regard de Justin posé sur lui mais ne relève pas la tête, semblant absorbé par son boulot.

"Salut David."


Dommage, si lui semble avoir opté pour une indifférence glaciale, Hollohan semble vouloir faire acte de contrition. Ça lui semble un peu trop facile et il n’a pas l’intention de lui faciliter la tâche. Justin est bien connu pour franchir les limites facilement et se faire pardonner rapidement en présentant ses excuses. Avec lui ça ne marchera pas. Il n’est pas rancunier, loin de là, mais son collègue est allé trop loin. Il ne cautionne pas la méchanceté gratuite.

"Rien de mieux qu’un gros poisson pour se remettre au boulot", poursuit Justin.

David relève la tête vers son collègue et d’une voix froide qu’il ne se connaît pas lui répond : "Les autres victimes, même moins importantes socialement n’en méritent pas moins autant d’égards Hollohan. Connue ou pas, riche ou pas, cette victime là est pareille que les autres en ce qui me concerne."


Il a peut être été un peu trop loin et regrette presque de s’être laissé emporté. Un bref coup d’œil vers le Docteur Dumas lui apprend que celle-ci est clairement amusée de le voir rendre la monnaie de sa pièce à Justin. Quand à l’inspecteur Finley, il ne semble pas vouloir entrer dans le débat et laisse son amant se débrouiller tout seul.

Hollohan semble soufflé et ne s’attendait visiblement pas à une attaque. Lui non plus ne s’attendait pas à une réaction aussi virulente. Pourtant il sait que s’il s’excuse, il donnera toute latitude à son collègue pour se montrer à nouveau blessant. Alors il ne dit rien de plus, après tout, Hollohan l’a bien cherché. Et c’est ce que confirme Glenn Dumas à Justin quand en quittant la pièce derrière le brancard elle lui lance en souriant largement: "Tu ne peux t’en prendre qu’à toi."



Chapitre 2


Lorsqu’ils quittent l’immeuble quelques heures plus tard, clive et Justin se retrouvent assaillis par une horde de journalistes, avides de scoop. Les questions fusent, anarchiquement et même s’ils avaient voulu y répondre, le chaos qui règne les en empêche. Ils tentent comme ils peuvent de se frayer un chemin parmi les journalistes, aidés de quelques agents du SFPD.


Ce n’est qu’une fois à l’abri, entre les murs du laboratoire que Justin laisse éclater sa frustration. Il n’a rien trouvé dans l’appartement de Sullivan qui ne vienne étayer une quelconque hypothèse d’homicide. Rien qui ne puisse contredire l’hypothèse d’une mort naturelle. Il va devoir se rendre à la morgue et une nouvelle confrontation avec Holt ne lui plaît pas vraiment. Il n’en revient toujours pas que Glenn ait pris le parti de son assistant et le répète à nouveau à Clive qui s’apprêtait à lui fausser compagnie pour aller remplir son rapport.


"Qu’est ce que tu veux que je te dise ?"

"Que c’est un con ?"


Clive regarde son homme septique, se demandant si c’est vraiment le genre de choses à dire.

"Ouais bon d’accord, mauvaise idée."

"Je crois, ouais."

"Alors je fais quoi ? On va bosser ensemble sur cette affaire et je suis prêt à parier que Glenn va lui confier l’autopsie du corps exprès. Je déteste quand elle fait ça !"

"Faire quoi ?"

"Te faire comprendre que tu as agi comme un crétin et te forcer à assumer tes erreurs."

"Ça me rappelle ma mère."

"C’est pas drôle Finley", grogne Justin.

"Ma mère n’était pas drôle non plus."


Clive revient sur ses pas et se colle à son homme. Il passe ses bras autour de sa taille et d’une main, le force à relever les yeux vers lui.

"Et si tu arrêtais de te comporter comme un gamin capricieux ? Tu as admis toi-même à l’hôpital que tu t’était pas montré très sympa avec tous tes collègues y compris Holt."

"C’est pas une raison."

"Est-ce que tu t’es au moins excusé ?"

"Pas vraiment."

"Bien alors ne t’étonnes pas si Holt est pas forcément prêt à passer l’éponge sur ce qui s’est passé."

"Va falloir que je m’excuse alors ?"

"C’est toi qui vois Justin. Tu peux aussi laisser les choses se tasser."

"Tu ferais quoi toi ?"

"J’arrêterais de me mettre mes collègues à dos pour commencer. Et je présenterais des excuses aux gens que j’ai pu involontairement blesser."

"Mouais, elle va être longue ma tournée d’excuses."

"Et ben commence maintenant. Je te laisse, j’ai un rapport à remplir."


Clive embrasse Justin qui semble avoir du mal à le lâcher et finit par s’extraire de son étreinte. Un dernier baiser et il sort de la pièce, laissant derrière lui son amant avec une tâche qu’il ne semble pas très empressé de réaliser.



Les locaux de la morgue, carrelés de blanc lui ont toujours paru morbide. Logique en un sens mais pas forcément très accueillant ni très conviviale pour travailler. Il ne comprend pas comment dans une atmosphère pareille, Glenn a pu rester aussi… humaine.

Il longe les murs lentement, retardant sa confrontation avec Holt. L’homme lui a toujours semblé sympathique, il a été surpris de le voir se rebeller. C’est bien la première fois que quelqu’un lui tient tête comme ça. Enfin si on exclut Shelley et Glenn. Et peut être Sienna aussi. Mais la jeune femme ne compte pas, vivre avec 5 frère plus âgés l’a immunisé contre ses attaques et lui a fournit des armes qu’il se souvient avoir douloureusement testé.

Il ne s’attendait vraiment pas à voir Holt lui tenir rigueur de son comportement et encore moins se comporter comme lui. Il se rend compte à quel point il peut être blessant. Dire qu’il a fallu que Monsieur Subtilité et une menace bactériologique lui fasse prendre conscience qu’il pouvait se comporter comme un imbécile. Décidément, il ne fera jamais les choses comme tout le monde.


Il aperçoit Holt penché sur la table d’autopsie, au-dessus de ce qui semble avoir été un des plus grands hommes d’affaires du monde. Il se racle la gorge pour signaler sa présence et l’assistant de Glenn lui fait signe d’approcher. Avant qu’il n’ait le temps d’ouvrir la bouche, David prend la parole.

"J’accepte tes excuses mais ne t’avise pas de te comporter à nouveau comme un crétin sinon le prochain corps sur ma table d’autopsie pourrait bien être le tien."

Le sourire qui accompagne cet effrayant discours est contagieux et Justin ne peut s’empêcher d’acquiescer. Il se doutait bien que Holt n’était pas réellement méchant et que lui non plus n’allait pas résister longtemps à son charme. Il détache son regard de son collègue et aperçoit Glenn qui les regarde du fond de la pièce. Elle lui adresse un sourire satisfait, semblant apprécier la réconciliation à laquelle elle vient d’assister et Justin se dit que Glenn lui fait l’effet d’une mère bienveillante mais ferme veillant sur ses petits. Il la regarde s’éloigner puis se penche sur le corps étendu près de lui. A voir l’air perplexe de Holt, celui-ci a dû trouver quelque chose.



Chapitre 3


Il franchit à peine le seuil de sa maison, quelques heures avant le coucher du soleil qu’une montagne de muscles fond sur lui, le plaquant contre la porte tout juste refermée. Si des poings avaient remplacé la langue qui s’acharne en ce moment même à le faire gémir, il aurait pu se croire victime d’une agression.

"Je suis moi aussi ravi de te voir mais tu crois pas que y a plus confortable que la porte pour me sauter dessus ?"


Le non qui lui parvient, étouffer contre son cou, lui fait comprendre que Clive se souci peu de l’endroit et à dire vrai il s’en fout carrément lui aussi. Pourtant il force Clive à se détacher de lui, il a faim et ça lui semble être un peu plus prioritaire sur le moment.

Justin sent son homme le suivre et ne s’étonne pas de sentir à nouveau ses mains sur son corps lorsqu’il plonge dans le frigo.

"Finley, ça t’ennuierait de me laisser manger ?"

"Ouais."

"T’abandonneras pas hein ?"

"Nan."

"T’es quand même chiant comme mec quand tu t’y mets."

"Ouais je vois bien que t’apprécie pas tellement."

L’ironie du ton ne passe pas inaperçu et Justin ne peut que laisser échapper un nouveau grognement quand pour appuyer ses dires Clive passe sa main sous son pull, caressant la peau chaude de son ventre. Vaincu, il referme la porte du frigo, se retourne entre les bras de son mec pour lui faire face et l’embrasse à son tour. Son estomac attendra encore un peu, la faim qui l’assaille en ce moment même n’est plus du tout la même.


Allongé sur le ventre, les yeux rivés sur Clive qui ne semble pas pouvoir se passer de le toucher, Justin reprend lentement son souffle, encore sous le coup de l’orgasme incroyable qui l’a terrassé. La main de Clive caresse lentement son dos, monte et descend lentement le long de sa colonne vertébrale, le faisant presque ronronner. Il pense un instant qu’il a autant de fierté qu’un chat quémandant des caresses à son maître et puis envoie son orgueil aux orties, bien content des attentions dont il est la cible.


"David a trouvé un truc louche sur Sullivan."

La voix rauque de Justin rompt le silence qui les entoure. Clive a un peu de mal à comprendre comment l’esprit de son mec peut revenir à un sujet aussi macabre qu’une autopsie alors qu’ils viennent juste de faire l’amour. La conscience professionnelle de Justin l’effraie parfois. Il pousse un profond soupir et se concentre sur ce que Justin lui raconte.

"J’en déduis donc que vous êtes réconciliés et désormais les meilleurs amis du monde ?"

"N’exagère pas non plus. Bon ça t’intéresse ou pas ?"

"Ouais."

"Y avait une trace de piqûre sur la nuque de Sullivan, on pense qu’il a été drogué."

"Donc c’est pas une crise cardiaque ?"

"Nan. On a prélevé un morceau de peau, Campbell se chargeait de l’analyse au GC/MS quand je suis parti."

"Campbell ? Connais pas. Il est bien foutu ?"

"Ouais. On aura les résul…. Oh, c’est quoi cette question Finley ?"

"Simple curiosité."

Clive sourit en voyant le mouvement de recul de Justin qui cherche à se débarrasser de sa main.

"Tu serais pas un peu jaloux par hasard ?"

"Ah bah excuse-moi. Je te parle de l’enquête, tu me demandes si le type chargé des analyses toxicologiques est bien foutu. Je suis censé le prendre comment ?"

"Comme un intérêt professionnel."

"Un intérêt professionnel ? ! Tu te fous de moi."

"Tu es jaloux… C’est mignon."

"Mignon ? !"

"Ouais. Allez reviens-là, je cherchais juste à te faire oublier ton boulot 5 minutes."

Clive rattrape la main de Justin et l’attire vers lui. Une fois certain qu’il ne s’échappera plus, il attend que son amant se décide à poursuivre leur conversation ou qu’il s’obstine à faire la tête.

"Je te présenterais pas Campbell."

"D’accord."

"Et je suis pas jaloux."

"D’accord."

"Et ne t’avise surtout pas de regarder les autres mecs."

Clive laisse échapper un ricanement: "D’accord. Autre chose ?"

"Ouais, t’as intérêt à trouver un truc pour te faire pardonner."

"Bah tiens, et je suppose que tu as une vague idée de la façon dont je pourrai procéder ?"

"C’est bien possible."

Et au regard sans équivoque que lui lance son homme, Clive se réjouit d’avoir réussi à le détourner de leur boulot pour poursuivre aussi agréablement qu’ils l’avaient commencé, leur nuit.



Justin jette un œil appréciateur à son homme, songe que Clive est vraiment attirant quoi qu’il porte. Particulièrement quand il ne porte rien d’ailleurs. Il accepte la tasse de café que celui-ci lui tend, surprenant son sourire amusé.

"Merci pour le compliment."

"J’ai pensé à voix haute ?"

"Ouais."

"Et merde, ton ego démesuré n’avait vraiment pas besoin de ça."

"Oh, on est en forme ce matin Hollohan."

"Absolument. Et en retard aussi. Campbell doit m’attendre avec les résultats toxicologiques."

"Oh, tu me le présentes ce matin alors ?"

"Crétin !"

"Je t’aime aussi."



Chapitre 4


Ils sont tous les trois rassemblés dans le local de Campbell, Justin et son collègue scrutant fiévreusement les informations qui couvrent peu à peu la feuille sortant de l’imprimante. Clive a l’impression de voir deux gosses au matin de Noël.

"Je le savais !"

Ce cri de joie, si on peut appeler ça comme ça, ne lui inspire rien de bon. Une vague intuition lui fait dire que l’enquête ne sera pas bouclée rapidement, d’une simple mort naturelle, Sullivan vient de succomber, tué par un inconnu. C’était trop beau pour être vrai. Clive y a cru un moment, espérant vraiment que la thèse de la crise cardiaque soit la bonne afin qu’il puisse rentrer plus tôt et profiter de quelques jours de repos bien mérités. Raté !

"Chlorure de potassium. 20 cm³"

"Bien sûr."

Un jour il faudra qu’il rappelle à Justin que ce qui est évident pour lui ne l’est pas forcément pour tout le monde. Il voit difficilement ce que le chlorure de potassium vient faire ici même si quelque chose lui dit que c’est probablement ce qui a tué Sullivan. Quand au dosage, il imagine que c’est la dose mortelle. Imagine seulement, une confirmation serait la bienvenue.

"C’est ce qui a tué Sullivan et simulé la crise cardiaque."

Et ben voilà, il suffisait de demander.

"Ça veut donc dire qu’il va falloir trouver qui a pu se procurer du chlorure de potassium et a pu en faire usage sur Sullivan."

"Absolument."

"Bien, on a juste à trouver à qui pourrait profiter la mort du PDG, prouver qu’il était chez lui le soir du meurtre et on pourra rentrer. Une formalité."


Le ton désabusé n’échappe pas à Justin. Quelque chose lui dit qu’un nouveau meurtre c’était pas ce dont rêvait son homme.

"Tu as oublié un détail Finley, il va aussi falloir affronter les journalistes pour retourner sur la scène de crime."

"Formidable."



Franchir la marée des journalistes s’est finalement avéré plus simple qu’il ne le pensait. Il faut dire que devant l’air peu amène de son homme, plus d’un aurait fuit. Pourtant clive avait eu de quoi se réjouir entre le moment où ils avaient identifié le poison et leur arrivé au siège du groupe Sullivan.

Ils en étaient arrivés à la conclusion que le crime profiterait forcément à quelqu’un voulant soit réduire à néant le groupe, soit s’en emparer. Justin s’était donc rendu chez Jamie avant de partir afin de voir si une tentative hostile d’OPA avait été lancée contre le groupe récemment. Ce qu’ils avaient découvert les avait laissé perplexes. Sans héritier, la mort de Sullivan entraînerait la revente de ses parts aux plus offrants. La pérennité du groupe n’était donc pas à l’ordre du jour. Du moins jusqu’à ce que Clive appelle le Trésor pour avoir plus d’informations sur les actionnaires majoritaires. Coup de fil hautement instructif puisque son homme avait appris qu’un des membres du conseil d’administration manœuvrait habilement, rachetant les parts des petits actionnaires et par conséquent, prenant une part de plus en plus importante au sein du groupe.

Clive aurait donc dû se réjouir. Leur coupable avait accès au poison de par sa position à la tête de la filiale pharmaceutique et avait un mobile. Bon ils n’avaient pas tous les détails mais ce n’était plus qu’une question de minute. Il ne comprend donc pas à quoi il doit la mine renfrognée de son homme.

"Qu’est ce qui te tracasse Finley ?"

"Si il passe pas aux aveux rapidement tu sais combien de temps on va passer en salle d’interrogatoire ?"

"Ouais. Et alors ?"

"Alors rien, oublie."


Étrange. Il n’a encore jamais vu Clive rechigné à faire son job, il comprend difficilement ce qui a pu arriver pour qu’aujourd’hui il ne soit pas plus enthousiaste à l’idée de coincer un criminel. Et puis il réalise que son homme n’a eu que très peu d’occasion de souffler récemment et que la fatigue commence à avoir raison de lui et de sa soif de justice. Soucieux de le détendre un peu, il lui révèle tout ce qu’il sait, tout ce qu’ils ont contre leur coupable, tout ce qui permettra de clore rapidement l’interrogatoire et d’obtenir tout aussi rapidement les aveux du coupable. Le sourire que Clive lui adresse lui confirme qu’il a réussi. Il voit son homme se redresser et sortir d’un pas alerte et décidé de l’ascenseur, fonçant droit vers le bureau de leur assassin.



Chapitre 5


A l’agitation qui règne dans les couloirs, elle sait qu’ils sont là. Et elle ne se fait pas d’illusions, ils sont là pour elle.

Elle se recompose une attitude hautaine, froide, reprend son rôle d’administrateur. C’est ce qu’elle sait faire de mieux, se montrer sûre d’elle, puissante. Elle réalise qu’en prison ça pourra lui servir et elle en éprouve de la satisfaction. Bouffer ou se faire bouffer, c’est toujours là même chose, peu importe l’endroit, le contexte, qu’il s’agisse d’une multinationale ou d’un centre carcéral.


Elle voit entrer deux hommes, l’un en costume sombre, grand et imposant, l’autre plus décontracté mais dont la présence semble aussi écrasante que celle de son collègue. L’homme au costume procède aux présentations, s’approche d’elle, lui lit ses droits et lui passe les menottes. C’est fini.


Justin assise à l’interrogatoire, n’intervenant que lorsqu’il doit apporter une précision scientifique, avancer une preuve. Il regarde Clive s’acharner sur la femme, assise face à eux de l’autre côté de la table. Elle est résignée mais ne semble éprouver aucun remords. Sa tentative de prise de pouvoir à échoué, elle va finir sa vie derrière des barreaux mais avoue ne pas regretter un seul instant son geste. Elle explique que si elle ne parvient pas à la tête du groupe Sullivan, personne ne le pourra. Elle reste l’une des actionnaires majoritaires et même en prison, cet état de fait ne changera pas. Le Groupe est désormais dans une mauvaise posture et la multinationale ne tiendra plus très longtemps.


* * *

Clive est plutôt satisfait de la façon dont les choses se déroulent. L’avocat a bien tenté de faire taire sa cliente. Peine perdue, elle parle, répond aux questions, ne leur fait pas perdre inutilement de temps. Lorsqu’il lui demande comment elle l’a tué, il la voit hésiter, un court instant. Elle fixe ses mains, tremblants puis relève fièrement la tête, plante ses yeux dans les siens, inspire profondément et se plonge dans ses souvenirs.


Elle se souvient avec une précision effrayante de ce qui s’est passé ce soir là, de la façon dont la conversation s’est poursuivie. Elle jette un regard aux flics qui lui font face, elle arrête de lutter pour un pouvoir qu’elle ne détiendra jamais et leur raconte ce qu’ils veulent savoir.


Elle s’approche de lui, la démarche féline, le regard séducteur, trompant l’ennemi. Elle n’a pas l’intention de se servir de son corps pour le vaincre, elle ne tombera pas si bas. En revanche elle a besoin de jouer le jeu pour l’approcher, pour lui faire baisser sa garde. La réputation de coureur de Dwight Sullivan n’est plus à faire, il succombera. Et il succombe, la laisse approché de lui, la laisse se frotter à lui, passer ses bras autour de son cou. Elle approche lentement ses lèvres des siennes et s’écarte quand elle rencontre son regard ahuri. Elle a réussi à déstabiliser Sullivan et n’est pas peu fière de son exploit. Elle retire la seringue de sa nuque et se relève. Le poison ne tardera pas à agir, simulant la crise cardiaque. Après tout, avec son train de vie, rien de moins étonnant. L’alcool, les excès et l’amour de la gastronomie suffiront à étayer la thèse d’une mort naturelle et son poison se sera sans doute dissipé dans l’organisme lorsqu’ils en viendront à cette conclusion.


Elle se relève, réajuste sa jupe, range la seringue dans la poche de sa veste. Inutile de laisser des traces. Elle reprend le dossier. Elle sait que la suffisance de Sullivan ne l’aura pas poussé à en faire un double. Elle a effacé toutes les traces de son passage, jamais on ne la soupçonnera. Et avec la mort de Dwight, l’accès au pouvoir est dégagé. Les actions de l’homme seront bientôt. Le Trésor américain héritera bientôt des parts de Sullivan et s’empressera de les vendre au plus offrant. Et elle compte bien être celle-là.



Épilogue


L’absence de lumière dans la pièce, le silence seulement troublé par leurs respirations, la chaleur que dégage l’eau et le corps de Justin derrière lui suffisent à le détendre totalement. Il renverse sa tête en arrière, sur l’épaule de son homme et sourit lorsqu’il sent les lèvres de celui-ci marquer son cou. Il va encore devoir camoufler ça pour aller bosser. Quelle désagréable habitude que de le marquer comme du bétail. Justin lui tatouerait sur le front « propriété privée » que les choses n’en seraient pas plus claires. Il doit reconnaître que ça fonctionne, même si ça met à mal l’impression de sérieux qu’il affiche en permanence.

"Je croyais que l’objectif était de nous détendre", murmure-t-il, les paupières fermées, son corps réceptif aux caresses prodiguées par la langue de Justin.


Justin s’écarte légèrement et relève la tête, intrigué.

"Parce que c’est pas la cas ?" demande-t-il à son homme, appuyé contre son torse.

Il sent Clive s’emparer de sa main et la faire glisser le long de son corps, avant de l’entendre lui répondre : "Ça dépend de quelle genre de tension on parle."

Justin ne peut retenir un éclat de rire et s’occupe alors de la ‘petite’ tension de son homme. Et il y met tellement d’application que l’eau menace de déborder, que les gémissements de Clive se transforment en grognements et que la tension de son homme grandit encore dans sa main faisant du même coup naître la sienne.

A travers les vagues de plaisir qui l’assaillent, les grognements de son homme et ses propres gémissements, Justin entend Clive lui demander si lui aussi ne serait pas un peu tendu. Apparemment son homme a senti son érection contre ses fesses et n’hésite pas à se frotter lascivement contre lui. Le carrelage n’en sort pas indemne, l’eau s’échouant sur le sol à mesure que leurs mouvements se font plus rapides, moins contrôlés. Il sent le corps de Clive se tendre contre le sien et la jouissance le frapper brutalement. Il ne tarde pas à suivre son amant et resserre ses bras autour de lui quand Clive s’affale sur son torse.


Clive sourit, vidé mais apaisé, entre les bras de son homme. Justin fait des choses absolument incroyables avec ses mains, il faudra qu’il le lui dise. Mais pas maintenant. Maintenant, il savoure l’étreinte tendre et ferme de son homme, les yeux clos, la fatigue prenant peu à peu le pas sur tout le reste. Il proteste à peine quand Justin le force à sortir de la baignoire, le soustrayant à la chaleur de l’eau. Il ne proteste pas non plus lorsqu’ils basculent tous les deux sur le lit, encore trempés et pousse un profond soupir de contentement lorsqu’il sent Justin se blottir contre lui, sa main posée sur son ventre, son visage niché dans son cou. C’est beaucoup plus serein et détendu qu’il s’endort, se promettant de se détendre bien plus souvent entre les mains de Justin à l’avenir.


FIN