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Épisode 4 ~ Saison 1 |
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ALCATRAZ |
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AUTEUR : Val |
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Rating: -16ans |
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prologue
"Alcatraz a accueilli les détenus les plus dangereux du pays. Al Capone, George "Machine-Gun" Kelly, Alvin Karpis l'ennemi public n°1, et Arthur "Doc" Barker y ont purgé leur peine", disait le guide de sa voix forte et claire. "Beaucoup des 1576 prisonniers qui sont passés par Alcatraz y étaient détenus non pour leurs crimes, mais parce qu'ils refusaient de se conformer aux règles dans les autres prisons fédérales, ils étaient considérés comme violents ou présentaient de forts risques d'évasion. La vie à Alcatraz était très structurée, ce qui obligeait les détenus à suivre scrupuleusement les règles édictées."Les visiteurs qu'il avait en charge le suivait en regardant en tout sens, s'étalant comme une poignée de sable dans le couloir principal du pénitencier. Il continua son récit en reculant lentement, afin de les garder tous dans son champ de vision, et de capter leur attention tandis qu'ils observaient les lieux:"Ces derniers ne jouissaient que de quatre droits: avoir à manger, être habillés, être abrités et recevoir une assistance médicale en cas de nécessité. Cependant, les prisonniers disposaient de certains privilèges comme la possibilité de travailler, correspondre avec l'extérieur et recevoir des visites. Al Capone, dont nous allons rejoindre la cellule dans quelques minutes, a par exemple travaillé à l'usine de textile et a confectionné des uniformes. La prison possédait une bibliothèque et organisait des activités ludiques comme la peinture et la musique. Il était proposé aux détenus au comportement exemplaire de finir leur peine dans une autre prison fédérale du pays."À l'étage supérieur, un groupe scolaire un tantinet bruyant le contraint à élever davantage la voix: "Durant les vingt-neuf années d'opération de la prison de 1934 à 1963, trente-six détenus ont essayé de s'évader lors de quatorze tentatives séparées. De ces trente-six évadés, vingt-trois ont été rattrapés, six ont été tués par balle et deux se sont noyés. Deux prisonniers ont été exécutés dans une chambre à gaz de la prison d'État de San Quentin pour leur rôle dans la mort d'un gardien durant leur tentative d'évasion d'Alcatraz du 2 au 4 mai 1946, ce que l'on appela plus tard la bataille d'Alcatraz. Officiellement, aucun détenu n'est jamais parvenu à s'évader totalement d'Alcatraz en rejoignant le continent. Cependant, cinq prisonniers échappés n'ont jamais été retrouvés, ils ont été considérés comme disparus et présumés noyés. Maintenant, nous allons..." Un cri strident l'interrompit, en lui vrillant au passage les tympans. La bonne femme en tailleur vert, dont le mari n'arrêtait pas de reluquer les fesses de deux jeunes touristes européennes dès qu'elle avait le regard tourné, se couvrit la bouche de ses deux mains. Il suivit alors son regard horrifié, et se retourna pour voir ce qui terrifiait tant son groupe, tout d'un coup. Et face à lui il vit un homme complètement ahuri et muet, qui tendait les mains comme pour implorer le ciel. Des mains couvertes de sang.
Chapitre 1
"Je vous rassure tout de suite, il n'y a aucune espèce de requins mangeuse d'hommes, par ici." "Quelle bonne nouvelle!" s'en réjouit l'inspecteur Finley. La légiste lui sourit et reporta son attention sur l'île d'Alcatraz, qui se rapprochait lentement devant eux, se détachant de la brume à mesure que le ferry avançait sur les eaux froides de la baie. "Comment va Justin?" "Bien", lui répondit-il, le regard tourné dans la même direction, les mains dans les poches de sa veste qui ondulait légèrement sous l'effet de la brise marine. "Il ne tient pas en place. À l'heure qu'il est, il a déjà du retourner toute la maison pour se trouver une occupation. Vous vous êtes déjà reposé, docteur Dumas?" "Bien sûr, inspecteur. Sinon vous ne me verriez pas si pimpante et sexy à mon âge." La bienséance l'empêcha de s'esclaffer. Et puis elle n'avait pas tout à fait tort. À soixante ans, l'âge qu'il lui donnait, elle en paraissait dix de moins. Il était d'ailleurs si bien élevé qu'il ne lui demanda pas s'il avait tort ou raison. "Et bien Justin ne sait pas ce que c'est, lui. Vous croyez qu'il fonctionne sur secteur, ou alors par alimentation infrarouge?" "Je me pose toujours la question. J'espérais que vous pourriez m'en dire plus", s'en étonna-t-elle en lui faisant face. "Je crois que les piles sont cachées quelque part", dit-il alors, d'un air grave. "Moi aussi", lui confia Dumas. "Alors tenez moi informée de vos recherches, il faut absolument qu'on trouve un moyen de le désactiver de temps en temps. Faute de quoi il ne tiendra pas le choc." "Comptez sur moi." Ils échangèrent un sourire, et reprirent leur observation du rivage escarpé de l'île. Dès qu'ils furent sur le point d'accoster, Finley regroupa ses hommes et leur donna ses instructions. Tous les visiteurs présents au moment supposé des faits étaient rassemblés au réfectoire du pénitencier. Ils devaient donc s'assurer que les lieux soient parfaitement bouclés et sécurisés, et que personne ne manquait à l'appel parmi les groupes de touristes inscrits sur les registres. D'après ce qu'il avait entendu dire, personne ne s'était jamais évadé d'Alcatraz, c'était pas aujourd'hui, qui plus est sous ses ordres, que la légende perdrait de sa splendeur. "Vous êtes déjà venu ici?" voulut-il savoir ensuite, en rejoignant la légiste. "Jamais pour le travail. Vous savez, j'avais seize ans quand la prison a fermé ses portes. Je me souviens de l'évasion de Frank Morris et des frères Anglin en 1962. "L'Évadé d'Alcatraz" avec Clint Eastwood, ça vous dit quelque chose?" Il acquiesça et alla avec elle à la rencontre du directeur de l'établissement. "Ils ont officiellement été portés disparus et présumés noyés, mais quelque chose me dit qu'au moins l'un d'eux a réussi son coup", lui confia-t-elle avant de tendre la main à l'homme qui vint à leur rencontre, vêtu d'un costard et dont le badge indiquait qu'il s'agissait du directeur MacAffey. Ils procédèrent aux présentations d'usage, avant d'en venir directement au fait, au sens propre comme au figuré. Ils arrivèrent rapidement au couloir principal du pénitencier. "Il s'agit de Lance Durango. Un des guides les plus expérimentés du circuit", leur fit savoir MacAffey. "Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Un des visiteurs l'a trouvé dans cette cellule. À ce qu'il dit, il était déjà mort quand il a essayé de lui porter secours." Glenn Dumas s'approcha du corps sans vie de Durango afin de commencer à l'examiner. Quant à Finley, il s'adressa au directeur: "Je dois l'interroger." MacAffey lui désigna alors une autre cellule un peu plus loin, où l'homme attendait son heure en tournant en rond. La cage était gardée par deux guides, déguisés tout comme la victime en mâtons de l'époque. Il leur demanda de rejoindre les autres au réfectoire, et les remplaça par un de ses hommes, habilité pour ce genre de travail. Les deux guides s'éloignèrent donc, avec un regard en arrière, en direction de de la scène du crime. Ils semblaient davantage déconcertés par l'assassinat de leur collègue que peinés par sa mort. Ça viendrait sans doute, à moins qu'ils n'aient quelque chose à se reprocher... "Inspecteur Finley. Vous êtes?" "Phillip Hill. Ma femme et moi sommes arrivés hier pour passer le week-end à San Francisco. Je crois qu'elle s'inquiète beaucoup et je ne sais même pas où elle est, vous pourriez lui dire que je n'y suis pour rien?" "Asseyez-vous et racontez-moi ce qui s'est passé." Hill eut un petit mouvement de recul, comme si les mots de l'inspecteur l'avait littéralement frappé, en pleine tête. Du coup, il s'assit sans broncher sur la couchette de la cellule et posa ses mains sur ses genoux. Il valait mieux coopérer, vite fait bien fait. Ce serait le moyen le plus sûr de retrouver sa petite femme et ainsi il pourrait la rassurer lui-même.
Chapitre 2
Shelley débarqua sur l'île une vingtaine de minutes plus tard, à bord du ferry suivant. Son matériel en main, il ne tarda pas à passer les cordons de sécurité jusqu'à pénétrer sur la scène de crime à proprement parler. Lance Durango était étendu sur le sol de la cellule, les yeux fermés, la bouche entrouverte. Une flaque de sang s'était formée sous sa tête, et un filet de liquide carmin à présent coagulé s'était écoulé de la commissure de ses lèvres jusqu'à son cou. "Bonjour, Glenn." "David", dit-elle en se retournant une seconde. "La traversée s'est bien passée?" "À merveille. Ça m'a rappelé ma dernière journée en mer. C'était il y a..." "Ne cherchez pas", l'interrompit-elle. "Le cerveau humain n'est pas apte à supporter une telle débauche d'efforts de mémoire." Il sourit, bien loin d'être tenté de la contredire, et balaya les lieux du regard. Toutes les cellules de la prison n'étaient pas ouvertes au public. Celle-ci semblait malheureusement l'être. Ce qui ne faciliterait pas son travail d'investigation. Les lieux publics, c'était vraiment pas une sinécure, dans ce genre d'enquête. "Monsieur Durango a succombé à une hémorragie cérébrale, provoquée par un coup violent au niveau de l'occiput", lui dit Glenn. "Je pense qu'il n'a survécu que quelques minutes après le choc." "À quand remonte le décès?" "Il y a deux heures, tout au plus." "L'arme du crime?" "Un objet aux contours acérés. Il pourrait tout aussi bien s'agir d'un marteau que d'une planche de bois. Je vous le laisse un moment, il faut que j'aille chercher moi-même ce satané brancard, à ce qu'on dirait." "Merci, Glenn", lui dit-il en la regardant quitter la pièce exiguë. Puis il sortit de son attirail une caméra vidéo numérique, avec laquelle il filma tous les recoins de la scène, avant que le corps de Durango ne soit embarqué sur le continent pour l'autopsie. C'est alors que derrière lui se fit entendre une exclamation de surprise. "C'est la première fois que je vois ça. Est-ce que ça enregistre les sons?" "Oui", confirma Shelley en jetant un regard amusé à l'inspecteur Finley. "Ok, alors je vais faire attention à ce que je dis." Les deux hommes échangèrent un sourire et Shelley reprit la parole: "Qu'avez-vous à m'apprendre?" Finley consulta ses notes et lui fit un résumé de la situation: "Phillip Hill et sa femme ont profité de la visite guidée de dix heures trente en se mêlant à un groupe de touristes canadien. Il s'est écarté du groupe pour prendre un appel et c'est là qu'il a aperçu Durango. Il a immédiatement essayé de lui porter secours, mais le guide était déjà mort. En parlant de ça, et d'après son supérieur, Durango n'était pas seulement guide, il faisait aussi partie de la sécurité." Shelley acquiesça, et rangea la caméra numérique pour le troquer contre du matériel un peu moins sophistiqué. Un coton-tige. Quant à Finley, il poursuivit: "D'après le registre, le groupe qui précédait celui des canadiens étaient un groupe scolaire. Des gamins de San Diego, âgés de douze à treize ans. Mes hommes font l'inventaire et vérifient leurs identités. On aura bientôt la liste complète des personnes enfermées dans le réfectoire, les canadiens, les gamins de San Diego et leurs accompagnateurs en priorité." "Parfait. Est-ce que quelqu'un a vu ou entendu quelque chose?" "Personne ne s'est présenté", regretta Finley. "Je vais jeter un oeil aux vidéos des caméras de surveillance, elles seront certainement un peu plus bavardes." Shelley se retrouva à nouveau seul, mais pas pour très longtemps. La légiste réapparut et demanda à l'assistant stagiaire qui l'accompagnait de l'aider à emballer le corps pour le transporter jusqu'à l'embarcadère sans tarder. Au moment du départ, elle salua son collègue de la scientifique, lui promettant de le tenir au courant des résultats de l'autopsie au fur et à mesure, afin de lui communiquer en temps et en heure la moindre information utile à la poursuite de l'enquête. Soixante-dix personnes entassés dans une ancienne prison, sans savoir encore pourquoi, et tous considérés comme suspect potentiels, ça pouvait générer des étincelles, et mettre le feu à tout moment. Pas question de traîner...
Chapitre 3
"T'es pas censé être là." "M'en parle pas", soupira Justin en s'affalant sur le siège à côté de Jamie Devine. Celui-ci était en train de siroter à la paille un thé glacé à la pêche, tout en pianotant d'une main sur un clavier d'ordinateur. "Qu'est-ce que tu fais?" "Je cherche des infos sur le disque dur d'un portable appartenant à un agent de voyage disparu." "C'est ta fiancée qui t'a demandé de faire ça?" Jamie grogna une réponse affirmative, et ne fut pas étonné de la remarque qui suivit aussitôt: "Tu fais ça pour ses beaux yeux, sur ton temps de travail. T'es plutôt mal placé pour me dire ce que je suis censé faire ou pas." "C'est ma pause déjeuner." "Alors bon appétit." "Merci. Et au fait! Tu sais que Shelley et ton mec sont en taule?" "Sans rire", fit Justin. "Ils sont accusés de quoi?" "J'en sais rien. Ils se sont peut-être mis sur la gueule pour tes beaux yeux, et ça a dégénéré?" suggéra l'informaticien. Justin l'observa attentivement et finit par lui mettre un taquet. "Qu'est-ce que tu m'as manqué", lui dit-il avant de se relever pour aller traîner ses guêtres un peu plus loin. Jamie aspira alors une grosse gorgée de thé glacé et se remit à l'oeuvre. C'était marrant mais il lui avait bien semblé apercevoir un sourire sur le visage de son collègue. Il ignorait si c'était Finley ou le fait d'avoir flipper à mort pendant l'épisode de quarantaine qui le rendait un peu plus serein. Il n'en restait pas moins que le nouveau Justin semblait beaucoup moins hargneux que le précédent. "Cate, mon ange, comment vas-tu?" La scientifique fit volte-face et poussa un cri de surprise enthousiasmé: "Justin! Ça fait du bien de te revoir ici!" s'exclama-t-elle en venant le serrer dans ses bras. "Et toi, comment vas-tu?" s'enquit-elle. Il haussa les épaules. "Bien mieux, merci. C'était qu'une grippe, après tout. Je suis venu voir si vous aviez pas besoin de renfort..." "Naaan, c'est très calme", le rassura-t-elle. Sauf que ça ne rassura pas vraiment son collègue. Elle le sentit brusquement totalement démuni face au manque d'action qui l'entourait. "David ne veut pas te voir avant demain matin. Tu as tout un après-midi de libre, profites-en!" l'encouragea-t-elle. "Pour faire quoi? J'ai vu tous les films sortis au cinéma cette semaine. Et j'ai essayé tellement de nouvelles recettes de cuisine que j'ai pris presque trois kilos en cinq jours. Finley a pris un peu, non?" lui demanda-t-il brusquement en gonflant ses joues. Elle éclata d'un rire cristallin et tourna les talons, histoire de ne pas faire attendre le destinataire du dossier qu'elle transportait. "Je suis sûre que tu as de la paperasse en retard, Hollow man." "Pas tant que ça!" protesta-t-il en restant planté au milieu du couloir. Il poussa un profond soupir quand elle disparut de son champ de vision, et se mit à tourner sur lui-même à la recherche d'une cible potentielle. La morgue. Tiens, pourquoi pas... "Salut, Holt." "Salut", lui répondit poliment ce dernier, occupé qu'il était à retranscrire des notes pour un rapport d'autopsie. "T'as reprit quand?" "Ce matin. J'avais un peu de retard dans mes dossiers, et j'ai proposé à Glenn de lui taper quelques rapports." Justin haussa les sourcils. C'était pas tellement surprenant de la part de Holt, mais tant d'abnégation professionnelle et de bonté d'âme le rendait toujours très admiratif. Il évita une vanne à deux balles et préféra lui adresser un signe de la main. "Je te laisse tranquille. Je suis juste venu passer dire bonjour à Glenn." "Ok. À demain?" "Y'a des chances, ouais." Le corps de Lance Durango avait été ouvert, étudié, examiné, analysé, et ensuite refermé. Il n'eut qu'à lire la première page du dossier posé à ses pieds pour savoir ce que son patron et son amant faisaient en prison. "Que faites-vous ici, Hollohan?" demanda Glenn Dumas par-dessus son épaule, à l'autre bout de la morgue. "Rien de spécial, j'ai vu de la lumière alors je suis entré." Elle s'approcha de lui, tout sourire. Et sans un mot lui offrit une chaleureuse accolade de retrouvailles. Elle était soulagée de le revoir ici, après toutes les péripéties de la semaine dernière. Bien sûr, il leur en avait fait voir de toutes les couleurs, mais de ne pas l'avoir dans les pattes pendant cinq jours d'affilée avait un peu déstabilisé le labo. Elle évita cependant de lui faire part de ce détail, sous peine de flatter démesurément son ego, et de l'encourager dans la voie du cynisme. "Qu'est-ce qui lui est arrivé, à ce type?" "Apparemment, il s'est cogné la tête." "Quoi, c'est tout? On envoie les deux hommes de ma vie en taule, tout ça pour une mauvaise chute?" "Je crains que non", lui sourit-elle. "Quelqu'un l'y a aidé. Et ils n'ont pas moins de soixante-dix suspects à se mettre sous la dent. J'espère que tu n'avais rien de prévu pour ce soir?" Il eut un petit rire amer. "Non. Je vais m'enfermer dans mon bureau, je vais bien trouver de quoi m'occuper." "Excellente initiative." Il l'embrassa et quitta la morgue en laissant derrière lui tous ses espoirs de voir sa longue journée se terminer rapidement.
Chapitre 4
"Le chevelu en t-shirt vert et son copain qui se ronge les ongles." "Mmm, je les vois", lui dit Shelley. "Et le troisième?" "De l'autre côté de la table. Pas loin de la maîtresse." Le patron de la police scientifique fit discrètement glisser son regard sur la droite et dit: "Je m'occupe de lui, vous vous chargez des deux terreurs?" Finley acquiesça et aussitôt se dirigea vers les deux gamins de San Diego qu'il venait d'identifier grâce aux vidéos des caméras de surveillance. D'un pas nonchalant, sans en avoir l'air, pour les prendre au maximum par surprise. Pour leur faire croire qu'il ne faisait que passer dans les rangs, et qu'il avait quelqu'un d'autre en ligne de mire. Or il n'en était rien. Il se paya même le luxe d'attendre que leurs frêles épaules s'affaissent de soulagement avant de les choper tous les deux par le col et de leur intimer l'ordre de se lever. "Suivez-moi", leur dit-il. "On a quelques questions à vous poser." Bien sûr ils protestèrent, mais pas très longtemps. Ils se retrouvèrent assis tous les deux sur une couchette dans une des cellules du pénitencier, la tête basse, les mains jointes nerveusement, le regard fuyant. Finley se posta face à eux et croisa les bras dans une posture attentiste. Il venait de les voir jouer aux cons, en essayant d'enfermer un de leur camarade dans une des cages du couloir principal dès que le plus gros du groupe avait disparu pour la suite de la visite guidée. Sauf que leur misérable tentative avait échoué avec l'arrivée de Lance Durango. Il avait attrapé ces deux imbéciles par le col, comme l'inspecteur venait de le faire au réfectoire, et avait permis au troisième de sortir pour aller rejoindre les autres. Il lui avait probablement demandé de prévenir un des responsables de leur groupe pour régler ce problème. Malheureusement, une fois entré avec les deux gosses à l'intérieur de la cellule pour les y surveiller de près, Durango n'en était pas ressorti. Les deux gamins avaient quitté la cellule en courant quelques secondes plus tard, sans que personne ne se lance à leur poursuite. C'est alors que les touristes canadiens étaient apparus, et que le témoignage de Phillip Hill s'était avéré exact. "Il est tombé tout seul", finit par dire le chevelu en t-shirt vert. Finley ne dit rien, se contentant de les fixer tour à tour du regard. Glenn Dumas et Shelley avaient découvert de qui s'était passé, rien qu'avec les indices et le corps du gardien, restait à savoir comment et pourquoi ça s'était passé comme ça. "Il voulait nous empêcher de sortir, il avait pas le droit." "Ta gueule", intervint son copain aux ongles déchiquetés. Finley frappa le métal du lit avec un grand coup de pied et siffla: "C'est moi qui donne les ordres Capisce? Continue... Comment tu t'appelles, gamin?" "Kevin." "Et toi?" "Billy." "Bien. Alors continue, Kevin. Ça vaudra mieux pour vous deux." Ce dernier opina du chef et se décida finalement à poursuivre: "Il nous a dit qu'on était des branleurs et que nos parents allaient recevoir la facture pour la porte qu'on a abîmé. Alors on a eu peur et on a essayé de sortir. Il m'a attrapé par les cheveux et Billy lui a donné un coup de pied. On l'a entendu tomber et on est parti en courant. On savait pas qu'il était mort, je vous le jure." "Billy? Tu disais?" "Rien." "Alors continue à la fermer." Il quitta alors la cellule, et ordonna à ses hommes de les surveiller. Il espérait seulement ne pas retrouver l'un d'eux mort, après s'être ouvert le crâne sur le bord du lit métallique à cause d'une mauvaise chute... Shelley et lui se rejoignirent et décidèrent de la marche à suivre. "Bon, il est clair qu'il s'agit d'un accident", lui dit le scientifique. "Sans aucun doute", admit Finley. "On va ramener tout ce petit monde sur le continent et ils pourront rentrer chez eux. Sauf ces deux-là. Il faut qu'on joigne leurs parents. On va sûrement les inculper d'homicide involontaire." Shelley acquiesça. "Et bien allons-y."
Chapitre 5
Il y avait bien longtemps qu'il ne s'était pas éclaté les yeux comme ça à force de lire et relire ses rapports d'enquêtes, qu'il tapait un peu trop lentement à son goût à l'ordinateur. Les lettres commençaient à se mélanger, Les mots à lui manquer, la fatigue à se faire sentir. Il se massa la nuque et soupira. Qu'est-ce qu'il avait pu soupirer, aujourd'hui. Son dos le faisait un peu souffrir, c'était bien fait pour lui, il n'avait qu'à se tenir un peu plus droit. Levant les bras en l'air, il joignit ses mains et s'étira consciencieusement. C'est là qu'il aperçut son amant, appuyé contre l'encadrement de la porte. "Ils t'ont relâché pour bonne conduite?" lui demanda-t-il. "Non, je me suis évadé." "Chouette! Je vais me faire une légende, ce soir", dit-il en se levant pour aller le rejoindre. Clive lui tendit sa main et quand il l'eut à sa portée, l'embrassa avec une ardente passion. "Ça a été, aujourd'hui?" "Super", lui assura Justin. "Il y avait trop longtemps que je m'étais pas senti aussi... casse-couilles." "Tant mieux. Bon allez, assez parlé. Viens me les sucer, ça te fera taire." Justin lui tira alors la langue et se laissa entraîner hors du labo criminel. Au dehors la nuit tombait déjà. C'est presque avec un pincement au coeur que les deux hommes se séparèrent pour ramener chacun leur voiture à la maison. Heureusement, la circulation était dense mais relativement fluide, par endroit. Ils se suivirent de près, jusqu'à ce qu'un feu rouge ne les éloigne. Justin, resté en arrière, profita de cet arrêt pour retrouver son CD des Rolling Stones enfoui dans l'amas de papiers et mélangé à ses autres disques dans la boîte à gants. Dès qu'il mit la main dessus, il l'introduit dans l'autoradio et lança la lecture. Il se mit aussitôt à fredonner les premières notes de "Honky Tonk Woman", et à se balancer en rythme dans sa voiture, sans voir que son voisin l'observait d'un oeil perçant. Quand il monta le son et se mit à brailler les paroles, son regard fut attiré vers lui mais il ne fit que l'apercevoir tant l'inconnu démarra sur les chapeaux de roues. Peter était pressé, ce soir. Comme il l'était à chaque fois qu'il partait en chasse. Trouver la proie parfaite pouvait s'avérer extrêmement long et pénible. Parfois la rage le gagnait avant même d'avoir face à lui celui sur lequel il avait jeté son dévolu. Ces soir-là étaient les pires. Ça se passait toujours trop vite, tellement il en voulait à l'autre d'avoir mis tant de temps à venir à lui. Du coup il lui fallait recommencer le lendemain, voire le soir-même, pour apaiser ses pulsions et se sentir à nouveau lui-même. Un père de famille. Un mari. Un honnête travailleur américain au-dessus de tout soupçons. Le pédé dans la voiture à côté, c'était aussi le genre de type qui l'énervait un peu plus. Il en était pas certain, d'ailleurs, qu'il soit pédé. C'était peut-être juste un mec normal, mais un peu trop exubérant, ce qui ne jouait d'ailleurs pas en sa faveur. Il n'avait toutefois rien à craindre. Parce qu'il était loin d'être une cible facile. Ouais. Les mecs de la rue étaient non seulement bien plus accessibles mais aussi beaucoup moins recherchés une fois qu'ils avaient disparus. Et beaucoup moins importants pour les autorités et la famille une fois qu'ils étaient retrouvés morts. Mais bon, si un jour l'occasion se présentait... Pourquoi pas? Il gara sa voiture tout près d'un chantier qui servait de parking aux noctambules du quartier, et alla se promener dans la rue adjacente, son vivier à pédales de prédilection. Il allait opérer comme à son habitude. Commencer par lever discrètement l'un d'eux, l'emmener dans un motel, lui faire payer la chambre et finir par lui faire l'amour. Jusqu'à ce que mort s'ensuive...
Chapitre 6
Le sommier grinçait au gré de ses va-et-vient, erratiques comme l'était la respiration de son amant. Il le regardait droit dans les yeux, partageait son sourire. Il ne disait rien, ne voulait pas briser l'harmonie fragile de ce moment. Justin échappa un profond gémissement quand son amant se repositionna pour le pénétrer de tout son être, d'un coup d'un seul. Et sa respiration s'approfondit quand il recommença à aller et venir en lui.
Ils n'embrassaient jamais. Ça tombait bien car lui non plus. Il ne se déshabillait même pas, et mettait une capote que si l'autre insistait. Il n'avait pas peur de laisser des indices derrière lui. Il n'avait pas peur de choper une maladie. Parce qu'il savait qu'un jour ou l'autre il devrait être puni. Quelqu'un ou quelque chose devrait l'arrêter. C'était presque toujours ce à quoi il pensait quand il baisait ces petits enculés. Jusqu'au moment où il se voyait tel qu'il était aussi, et qu'il revoyait son père... Il cria de rage, le maudissant de toutes ses forces pour avoir fait de lui un monstre.
Il posa ses mains sur son cou, caressant sa chair tendre. Il suivait des doigts ses muscles tendus et s'attarda sur sa veine jugulaire qu'il sentait pulser à toute vitesse. Puis il fit glisser sa main sur son épaule et son torse, et descendit jusqu'à son bas-ventre. Il s'empara alors de son sexe et le masturba en douceur, sans cesser de faire grincer le sommier. Justin posa ses mains de chaque côté de son visage avant de le prendre par la nuque. Clive se pencha alors vers lui et ils emmêlèrent leurs langues.
La lame terne du couteau scintilla à grand peine dans les airs avant de se planter dans le corps nu du prostitué. Il n'avait presque rien vu venir. Ses yeux s'étaient tout juste agrandis quand il avait compris... Peter ressortit la lame avec autant de hargne qu'il l'avait enfoncée, et recommença aussitôt, encore et encore.
Le liquide chaud gicla entre leurs deux corps quand la petite mort les frappa. Puis Clive s'effondra sur son mec, s'appuyant sur ses coudes pour ne pas l'écraser sous son poids. Front contre front, ils reprirent leur souffle, et puis se regardèrent. Leurs langues se rejoignirent encore, timidement.
Il se retira et s'éloigna, glissant jusqu'au pied du lit. Il posa un pied par terre, puis l'autre, sans détacher son regard du cadavre. Dans sa main le couteau tremblotait encore, tant il le serrait fort. Il allait encore lui falloir des minutes entières pour pouvoir s'en défaire. Et ça lui ferait mal, comme d'habitude.
À seulement quelques hectomètres de distance, les deux hommes tournèrent le robinet et se penchèrent au-dessus des lavabos de la salle de bain pour s'asperger le visage d'eau froide. Si l'un se sentait comblé, l'autre se sentait vide. Tous les deux en étaient pourtant apaisés. De retour dans la chambre, ils observèrent leurs amants inertes. Clive alla se blottir contre Justin, qui s'était endormi comme une masse. Il l'enlaça doucement pour ne pas le réveiller, et s'endormir ainsi tout contre lui. Comme pour le protéger du froid, et de bien d'autres choses encore. De ces choses qu'il percevait sans pouvoir les discerner vraiment. De son côté, Peter quitta la chambre du motel, laissant derrière lui un cadavre de plus dans cette ville rongée par le crime. Dans cette ville qui ne faisait que l'appeler à commettre ses crimes, pour être un peu plus précis. Elle l'avait bien cherché. Tous ses types l'avaient bien cherché. Tous autant qu'ils étaient, ils n'avaient que ce qu'ils méritaient. Y compris lui.
C'est ainsi que se termina cette nuit. Dans un silence lourd de rancoeur que certains rendaient plus léger en s'unissant. Un silence qui engloutit toutes les maisons et toutes les chambres de motel de la ville. Qu'elles renferment les meilleurs des sentiments, comme les pires... |
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FIN |
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