Épisode 3 ~ Saison 1


HUIS CLOS


AUTEUR : Lexie


Rating: Tout public


PROLOGUE


Clive jeta un nouveau regard à sa montre. Les heures supp’ n’étaient pas quelque chose d’inhabituel mais en général, ils prévenaient l’autre, surtout quand elles s’enchaînaient au point qu’ils passent la nuit au boulot. Que Justin n’appelle pas en ayant 4h de retard, ne lui laissait rien présager de bon. C’était complètement stupide. Il s’était moqué de son amant quand celui-ci lui avait plus ou moins imposé d’appeler quand il était en retard, sans qu’il n’en comprenne la raison. Pourtant Justin n’exigeait jamais rien au hasard, il le savait maintenant et, il se doutait que son homme avait une bonne raison pour lui demander un truc pareil. Un vague pressentiment lui disait que ça devait avoir un rapport avec le passé de son amant. Restait à savoir de quoi il retournait mais dans l’immédiat, il avait un autre sujet de préoccupation.


Un nouveau regard quelques secondes plus tard sur une aiguille qui refusait obstinément de bouger ancra un peu plus profondément ce sentiment de panique qui l’assaillait. Il avait composé plusieurs fois le numéro de portable de Justin, sans résultat. Ça n’avait rien donné de plus concluant quand il avait appelé au labo. Il alluma une nouvelle cigarette, ayant arrêté de les compter quand le cendrier avait débordé, et remarqua que ses mains tremblaient légèrement. Il avait intérêt à avoir une excellente excuse pour le faire flipper comme un malade, sinon il se promettait de le lui faire regretter amèrement.

Il se pencha pour attraper son portable et composa à nouveau le numéro du labo. Il sursauta quand on décrocha dès la première sonnerie et sentit son sang se glacer quand une voix froide annonça : « Services de Santé. »



L’agent des Services de Santé plissa le front quand il entendit l’homme à l’autre bout du fil décliner son identité. Il jeta un rapide coup d’œil autour de lui et interpella son supérieur à qui il tendit le téléphone. Addison Baldwin s’empara du combiné que son subordonné lui tendait et s’enquit à nouveau de l’identité de son interlocuteur. L’homme lui semblait tendu et elle douta de son honnêteté. Peut être s’agissait-il de l’homme responsable de ce foutoir, appelant pour s’assurer que son plan s’était déroulé sans accro.

« Écoutez Monsieur…Finley, je vais devoir vérifier votre identité avant de vous délivrer une quelconque information… Non ce n’est pas négociable. Vous pouvez menacer autant qu’il vous plaira, j’ai un protocole à respecter et si vous êtes vraiment flic, vous devriez comprendre ça. Je… Monsieur Finley !… »


Justin prêta un peu plus attention à ce qui se déroulait autour de lui quand il entendit le nom familier. Il allait passer un sale quart d’heure quand il se retrouverait face à Clive, aucun doute là-dessus. Mais il n’y était pas pour grand chose si on lui avait confisqué son portable et si toutes les lignes du labo avaient été redirigées vers le standard des Services de Santé. Il l’aurait appelé sinon, lui annonçant qu’il ne savait pas quand il rentrerait. Là où ça se serait avéré un peu plus délicat, c’est lorsqu’il aurait dû lui annoncer que le labo était mis sous quarantaine. Il était prêt à parier que dans les 20 minutes qui auraient suivi, un Clive inquiet aurait débarqué à grand renforts de cris et de gestes, menaçant, exigeant puis ordonnant que tout soit réglé au plus vite. Sauf que ce que Clive ne savait pas, c’était qu’avec les virus mortels, les choses si elles se réglaient rapidement, ne s’en réglaient pas moins définitivement.



CHAPITRE 1


Même jour, 9h00 a.m


Clive sourit à Justin lorsque celui-ci le rejoignit dans la cuisine. Il haussa un sourcil intrigué quand celui-ci ne lui répondit pas et frissonna un peu trop violemment. Pourtant la température était plus qu’agréable dans la cuisine, le soleil inondait la pièce à travers les grandes baies vitrées et réchauffait l’endroit. Justin contourna la table et se laissa lourdement tomber sur une chaise. Il avança ses mains et les enroula autour de la tasse, comme s’il cherchait à absorber la chaleur que dégageait le récipient.

« Tout va bien ? » lui demanda Clive, amusé par son petit manège.

Au grognement qui lui répondit, il en déduisit que son homme s’était levé du mauvais pied et subissait probablement le contrecoup de son épuisante nuit de travail.

« - J’aurais pas droit à un sourire avant de partir alors ?

_Nan. 

_On déjeune ensemble ?

_Peux pas. »

Clive poussa un soupir excédé et se leva. Il déposa sa tasse vide dans l’évier et se retourna pour faire face à Justin. Son homme n’avait toujours pas bougé, il se cramponnait à sa tasse comme si sa vie en dépendait et gardait les yeux obstinément fixés sur la table. Il s’écarta de l’évier, s’approcha de Justin, déposa brièvement ses lèvres sur les siennes avant de quitter la pièce et la maison.


Justin quitta la maison quelques minutes plus tard, déjà lassé de la journée qui l’attendait. L’enquête sur laquelle il travaillait n’avançait pas, il n’avait pas vu Clive plus de 2h00 en 4 jours et le peu de temps qu’ils passaient ensemble, il ne trouvait rien de mieux à faire que de se montrer irascible. En plus il était fatigué, il avait froid, mal partout et commençait à en avoir marre d’être cloîtré dans un bureau, penché sur un microscope ou un ordinateur en attendant désespérément une concordance. Il accéléra le pas pour rejoindre sa voiture, s’y engouffra et mit le chauffage au maximum. Quand il n’avait pas trop froid, il avait trop chaud, plus rien n’allait.


Il franchit les portes du labo rapidement, cherchant à fuir les douces températures extérieures pour retrouver celles un peu plus chaudes des locaux. Il allait devoir faire un rapide bilan de l’avancée de son enquête à Shelley. Rien que cette perspective l’épuisait. Il ne rechignait pas à travailler pourtant, au contraire, il adorait son job. Mais depuis quelques jours, il se sentait tellement fatigué qu’il traînait des pieds pour faire la moindre chose, même la plus insignifiante. Il sentait que cette attitude excédait certains de ses collègues, ceux qu’il avait habitué au meilleur.

Il frappa à la porte de son patron et sans attendre de réponse entra.

« - Bonjour patron.

- Justin. Du nouveau ? »

[i]Un mal de crâne persistant.[/i] Il plissa les yeux sous l’agression de la lumière trop vive venant de la baie et inondant à flot le bureau de Shelley. Il les ferma quelques secondes et quand il les rouvrit, il rencontra le regard interrogateur de son supérieur.

«  - J’ai entré dans la base de données la poudre blanche qu’on a récupérée sur la scène de crime. Le programme cherche une concordance depuis 4 jours et n’a toujours rien trouvé. Pour ce qui est des recherches papier, rien non plus. Aucune concordance dans les archives. Par contre, Witten a trouvé à quel modèle de voiture appartenaient les marques de pneus trouvées sur les quais, grosse cylindrée, modèle très courant, marque européenne. Rien de très concluant, c’est un modèle fréquent. J’ai aussi parlé à Holt et Glenn, les causes de la mort sont étranges, paraissent naturelles et pourtant quelque chose chiffonne Glenn. Elle nous appelle quand elle en saura un peu plus.

_Et l’inspecteur Finley, il a trouvé quelque chose ?

_Il n’est pas sur cette enquête, il travaille avec Cate cette semaine. Mais Tyler a interrogé tous les gens qui se trouvaient sur les lieux et ça n’a rien donné. Conclusion, on a rien de plus qu’il y a 4 jours.

_Bon. Reprends tes recherches et tiens moi au courant quand le légiste t’aura rappelé. Si on a rien de plus d’ici demain on classe l’affaire.

_C’est tout ?

_C’est tout. »

Justin fit un rapide signe de tête à son patron et quitta la pièce aussi rapidement qu’il y était entré. Pourvu qu’ils n’aient rien de plus d’ici demain, il rêvait d’une nuit de sommeil complète, de quelques jours de repos et de plus de 2h dans les bras de Clive. Oui vraiment, pourvu que Glenn et Holt ne trouvent rien d’alarmant.



CHAPITRE 2


Justin estima que les choses pouvaient difficilement être pires quand l’alarme du labo se mit en route. La sonnerie stridente lui vrilla les tempes, accentuant si cela était possible, son mal de tête. La lumière rouge, synonyme de catastrophe éclairait par intermittences les locaux, rendant apocalyptique l’ambiance d’ordinaire studieuse et maîtrisée du labo. Il poussa un soupir, résigné à ce que les choses ne se déroulent pas vraiment comme il en aurait eu envie et sortit de la pièce dans laquelle il s’était enfermé en attendant que le logiciel trouve une information quelconque à lui donner.

La première chose qu’il vit en sortant fut ses collègues qui se précipitaient vers la sortie. Il suivit donc le mouvement, observant techniciens, laborantins et experts qui cherchaient à s’échapper dans le plus grand calme des locaux. Là où les choses lui parurent suspectes, c’est lorsqu’il remarqua l’attroupement dans le hall. Les gens, loin de sortir, s’agglutinaient tous au même endroit. Il sentit un mauvais pressentiment l’assaillir et cherchait à en apprendre un peu plus sur ce qui se passait quand une main posée sur son avant-bras le fit sursauter. Il détourna son regard de la foule devant lui pour regarder sa jeune collègue, experte en graphologie. Sienna le regardait, légèrement inquiète, visiblement pas plus informée que lui.

« - C’est un exercice, tu crois ?

_J’ai pas l’impression. Si c’était le cas, ils nous auraient laissé sortir.

_C’est pas non plus un incendie alors. »

Justin acquiesça brièvement de la tête, grimaçant sous l’effet de la douleur que ce tout petit geste avait provoqué.

«  Tout va bien ? » s’enquit Sienna suspicieuse.

Il la rassura rapidement et lui ordonna de ne pas bouger le temps qu’il aille voir ce qui se passait. Il se fraya un chemin entre ses collègues en blouse blanche jusqu’à atteindre le couloir qui menait au bureau de Shelley. La porte était entrouverte et des brides de conversations lui parvenaient. Il s’approcha un peu plus et s’apprêta à frapper quand il entendit la voix de Glenn Dumas lui parvenir.

«  - On doit leur dire David, on ne peut pas les laisser à attendre ici sans les tenir un minimum au courant.

_Ils finiront bien par se rendre compte que quelque chose ne va pas quand les services de santé débarqueront. Très bien. Tu es bien sûre de toi ?

_Pas à 100% mais nous ne pouvons pas nous permettre de prendre des risques inutiles. 

_D’accord. Tu te charges d’appeler pour qu’on nous envoie rapidement une équipe et je m’occupe d’informer le reste du labo. Comment va Holt ?

_Les symptômes sont encore bénins, si on agit assez vite on pourra éviter le pire.

_Bien . Appelle et retourne auprès de lui. Tu me tiens au courant du moindre changement. »


Justin sentit un frisson lui parcourir l’échine. Sienna avait raison, il ne s’agissait pas d’une simple alerte incendie, c’était bien plus grave que ça. Il s’écarta rapidement quand la porte s’ouvrit, laissant place au légiste et à Shelley.

«  - Justin ?

_C’est vrai ?

_Qu’est ce que tu as entendu exactement ?

_L’essentiel. Alors ?

_On ne sait pas grand chose pour l’instant. les Services de Santé ne vont pas tarder à arriver, on sera fixé une fois qu’ils auront passé les labos et les employés sur place au crible. Pour le moment ça ne sert à rien d’envisager le pire.

_Quel virus ?

_On n’est encore sûr de rien, ELISA* nous en apprendra plus. »


Justin se tourna vers Glenn, attendant plus de précision. Celle-ci haussa les épaules, se rangeant du côté de Shelley, acceptant implicitement de ne pas donner plus d’informations tant qu’ils ne seraient pas certains de la menace, réelle ou non.

« - Qu’est ce qu’on fait en attendant ?

_Glenn va appeler les Services de Santé et retourner auprès de Holt. Il semblerait qu’il ait été affecté en autopsiant la victime. On ne change rien à nos habitudes, on rappelle les consignes de sécurité en cas de menace bactériologique et chacun reprend son poste. On ne pourra rien faire et de toute façon, personne ne sortira d’ici tant qu’on n’aura pas l’assurance qu’il s’agit d’une fausse alerte.

_Très bien. »

Shelley allait partir quand il se retourna vers Justin. « Trouve un moyen d’arrêter cette alarme. Il n’est pas nécessaire qu’on la subisse plus qu’il ne faut. »

Justin acquiesça d’un rapide signe de tête et partit dans la direction opposée.


Lorsqu’il rejoignit le hall quelques minutes plus tard, Shelley expliquait aux divers techniciens l’hypothétique menace à laquelle ils étaient exposés. Il leur précisa qu’aucun d’entre eux ne pourrait sortir avant que les Services de Santé ne soient assurés qu’aucun virus dangereux n’était présent dans les murs. Justin fendit à nouveau la foule et retrouva sa jeune collègue où il l’avait laissé, désormais en compagnie de Witten.

«Ma femme ne va pas apprécier de me voir rentrer aux aurores. » Grimaça le technicien.

Justin sourit à l’homme qui se trouvait à ses côtés. Witten était ce qu’ils appelaient couramment un rat de laboratoire. Touche à tout, sans domaine de qualification particulier, il effectuait pour les experts débordés, divers analyses. Toujours avec sérieux mais avec cette non moins désagréable habitude à raconter des anecdotes sans rapports avec l’enquête. Justin cherchait toujours en quoi le bouquet de lys qu’il avait offert à sa femme le mois dernier avait un rapport avec l’homme égorgé retrouvé sur Castro Street.


« C’était donc ça ? » l’interrogea Sienna en désignant Shelley du doigt.

« - Ouais.

_Il t’a dit combien de temps on resterait cloîtré ici ?

_J’en sais pas plus que toi. Mais je serais toi, JR, je n’envisagerais pas de sortir d’ici avant demain au mieux. » précisa Justin en ce tournant à nouveau vers son collègue.

Il vit Sienna grimacer, se rappelant qu’elle avait quelques grands frères surprotecteurs qui ne tarderaient sans doute pas à rappliquer afin de la sortir d’ici. Elle lui avait confié un jour que même à l’âge vénérable de 27 ans, 5 grands frères avaient la désagréable habitude à toujours la considérer comme une petite fille. Justin avait croisé plusieurs fois l’un de ces colosses New yorkais à la sortie du labo, attendant celle qu’ils surnommaient affectueusement « la crevette ». Il avait ensuite tenté de taquiner la jeune laborantine en utilisant ce ridicule surnom mais y avait bien vite renoncer quand la frêle Sienna l’avait envoyé au tapis à l’aide d’une prise de karaté qui lui avait laissé quelques hématomes et la résolution de ne plus ennuyer une Sienna qui cachait bien certains talents guerriers.


« … Je vous demande donc de retourner à vos postes et de finir les expériences sur lesquelles vous étiez en train de travailler. Nous vous informerons de la situation à mesure que les informations nous parviendrons. »

Justin se tourna alors vers ses deux collègues.

« Même avec la menace d’un virus mortel, il nous renvoie bosser. Vous avez entendu, au boulot ! »



CHAPITRE 3


Même jour, 11h30 p.m


Il gara sa voiture au milieu des véhicules des Services de Santé et jaillit de l’habitacle, se précipitant vers l’entrée des laboratoires. Un armada d’experts en combinaison étaient déjà sur les lieux, troublant la tranquillité habituelle et le ballet organisé qui lui étaient familiers. Il franchit les cordons de sécurité avec facilité. Du moins c’est ce qu’il pensait jusqu’à ce deux agents, armés jusqu’au dent l’interceptent.

Il exhiba sa plaque et déclina son identité. Il entendit le bip caractéristique d’un micro longue portée et entendit un des agents annoncer qu’un intrus était dans la zone. S’il n’avait pas été aussi inquiet, il lui aurait foutu son poing dans la gueule. Il venait de lui prouver qu’il était flic et était du côté des gentils et au lieu de ça, il mettait en doute son identité et refusait de le laisser aller plus avant. Il fallait qu’il avance pourtant, il fallait qu’il rejoigne Justin. Juste pour être sûr qu’il allait bien.

« L’agent Baldwin vous attend. »

Le second agent desserra sa poigne sur son bras et le laissa avancer. Il avait à peine fait quelques pas quand il entendit quelqu’un le héler. Quand il se retourna, il vit Cate courir vers lui, suivit par Scotty. Il les attendit fébrilement, souhaitant qu’ils courent plus vite.

« - Inspecteur Finley, questionna Cate, que s’est-il passé ? 

_J’en sais rien. Ils n’ont rien voulu me dire au téléphone, ils viennent juste d’accepter de me laisser avancer.

_Qu’est ce que les Services de Santé font ici ? questionna Scotty.

_Je sais pas. J’ai essayé de joindre Justin sur son portable plusieurs fois en voyant qu’il ne rentrait pas. Quand j’ai enfin réussi à joindre le labo c’est les Services de Santé qui ont décroché. Je suis venu aussi vite que j’ai pu. 

_Vous n’avez réussi à joindre personne ? s’étonna l’experte.

_Non. Toutes les lignes ont été redirigées vers le standard. »


Ils étaient parvenus au QG de l’officier en charge de l’affaire. Pour l’avoir eue au téléphone quelques minutes plus tôt, Clive s’attendait à voir une petite femme revêche, froide, hautaine, autoritaire. Si certains qualificatifs s’avéraient définir parfaitement Addison Baldwin, pour la petite femme revêche il faudrait revoir son jugement. L’agent qui leur faisait face était une femme à l’allure sévère, c’était certain mais très loin de l’image qu’il s’en était fait. L’agent Baldwin, grand femme aux cheveux bruns lui rappelait Blanche Neige. En revanche le regard qu’elle posa sur lui et les membres du CSI annihila immédiatement cette impression d’innocence.

«  - Lequel d’entre vous est l’inspecteur Finley ? demanda-t-elle en dévisageant les deux hommes qui accompagnaient Cate.

_C’est moi.

_Quand je vous ai dit au téléphone que je ne voulais pas vous voir sur les lieux, qu’est ce que vous n’avez pas compris ? »

Clive allait répliquer quand Cate s’interposa.

«  - Je suis Cate Léonard, dit-elle en tendant son insigne, je travaille ici. Est-ce qu’on peut savoir ce qui se passe ? 

_Mme Dumas nous a appelé il y a quelques heures, nous signalant une possible contamination bactériologique.

_Il y a des victimes ? Une épidémie ?

_Pour le moment un seul cas, un homme. Les autres employés ne semblent pas encore avoir développés les symptômes. 

_Vous avez son identité ? »

Clive avait sentit son souffle se couper en apprenant que l’unique victime était un homme. Ca expliquait que Justin n’ait pas répondu sur son portable. Il regarda Addison Baldwin fouiller dans les papiers posés devant elle, suspendu à ses gestes, attendant qu’elle leur indique l’identité de l’homme contaminé.

«  David Holt. »

Clive inspira profondément et ferma les yeux quelques secondes. Il connaissait très peu Holt, pour ne l’avoir croisé qu’une unique fois à la morgue. Il était presque soulagé que ce soit un autre que Justin qui soit atteint. Presque. Parce que rien ne garantissait que les choses n’évolueraient pas dans le mauvais sens.

« - Vous avez une idée de ce dont il s’agit ? interrogea Cate.

_Au vu des symptômes, il est possible qu’il s’agisse de l’Anthrax. »

Clive avait très peu de connaissances scientifiques mais comme tout Américain, il savait ce qu’était l’Anthrax et la menace mortelle que contenait ce simple mot.

« - Est ce qu’on peut joindre les employés qui sont à l’intérieur ?

_Pas encore, on a brouillé les réseaux téléphoniques afin que rien ne filtre vers l’extérieur. Il n’est pas nécessaire d’affoler la population. On a redirigé toutes les lignes intérieures ici, les techniciens s’affairent en ce moment même pour qu’on puisse joindre les locaux. Ca ne devrait plus être très long maintenant. »

Cate remercia l’agent Baldwin puis se retourna vers Clive et Scotty.

« Il ne nous reste plus qu’à attendre en espérant qu’il s’agisse d’une fausse alerte. »



CHAPITRE 4


Même endroit, quelques minutes plus tard.


Justin était assis contre le mur, dans le noir apaisant de la salle de repos. Il était parvenu à faire abstraction de la rumeur ambiante, des murmures étouffés et des quelques mouvements de panique qui gagnaient les employés. Son mal de tête ne se calmait pas bien au contraire. Il avait toujours aussi froid, son corps était parcouru de tremblements et des quintes de toux sèches le laissaient épuisé.

Il n’entendit pas la porte s’ouvrir pas plus qu’il n’avisa la présence d’une seconde personne dans la pièce avant que celle-ci ne s’assoit sur le sol, à ses côtés.

«  - Ca n’a pas l’air d’aller.

_C’est pas la grande forme, ouais.

_Justin, réponds moi honnêtement. Est-ce que tu as pu être en contact avec le virus ? »

Sienna le regardait, visiblement inquiète. Il aurait été tellement simple de lui mentir mais la jeune femme n’était pas idiote.

« - C’est possible. J’avais cette poudre blanche à analyser, celle qu’on a retrouvé sur les vêtements de la victime.

_Et ?

_Il est possible que je l’ai inhalé.

_Juste possible ?

_Plus que certain. Je comprends pas comment le logiciel a pu louper ça. Si c’est effectivement un virus, il aurait forcément dû le détecter. Pourquoi est-ce que je n’ai rien trouvé ?

_Justin, tu n’es pas dans l’ordinateur. Tu ne peux pas te reprocher d’être passé à côté de ça. Et de toute façon, il n’est pas encore certain qu’il s’agisse d’un virus. »

Il sourit vaillamment à la jeune femme, assise à ses côtés jusqu’à ce qu’une nouvelle quinte de toux ne lui fasse détourner le regard.


«  - C’est douloureux ?

_Ouais. S’il n’y avait que ça. Maux de tête, douleurs musculaires, fièvre.

_Tu as pris de l’aspirine ?

_A quoi ça servirait ? Tu as des nouvelles de Holt ?

_Mêmes symptômes. Mme Dumas attend un appel des Services de Santé. Elle veut mettre en place le protocole ELISA.

_Tant mieux. Espérons qu’il ne s’ra pas trop tard. »


Justin bondit sur ses pieds et aida sa jeune collègue à se lever quand Shelley entra dans la pièce. La lumière inonda les lieux et Sienna et Shelley purent se rendre compte du teint pâle qu’arborait Justin. La jeune femme sentit l’expert raffermir sa prise sur son bras en même temps qu’il vacillait. Elle lui jeta un regard inquiet mais reporta très vite son attention sur Shelley qui les informait qu’une ligne vers l’extérieur était désormais mise en place.


«  - Tu as fini les analyses de la poudre ?

_L’ordinateur cherche toujours. Ca aiderait beaucoup plus si j’avais une vague idée de ce qu’on cherche.

_Un virus Hollohan, c’est pourtant pas compliqué.

_Je suis pas magicien. T’as une idée du nombre de virus existants et du temps que ça va me prendre pour trouver le bon.

_Tu as autre chose de mieux à faire dans l’immédiat ? »

Justin prit sur lui pour ne pas répondre et envoyer promener son supérieur. Il avait déjà franchi une limite en s’adressant à lui de cette façon et il était prêt à parier que Shelley le lui ferait payer quand ils sortiraient d’ici. Enfin s’ils sortaient sans dommages.

Sienna et lui attendirent qu’il soit sorti de la pièce avant de se tourner l’un vers l’autre. Il reconnaissait le regard désapprobateur de la jeune femme, sa mère avait parfois le même dans ses rares moments de lucidité.

«  - Quoi ?

_Tu aurais dû lui dire ?

_Qu’est ce que ça aurait changé ?

_Justin, tête de mule, n’attends pas qu’il soit trop tard pour en parler à Shelley. »

Elle soupira devant le mutisme et l’entêtement de son collègue et finit par lui proposer son aide, autant pour le soulager que pour le surveiller.


Justin s’assit à nouveau devant son ordinateur et rouvrit la fenêtre de recherche. Il entra quelques critères en fonction des nouvelles informations qu’il avait en sa possession et regarda les résultats défiler sur son écran, sentant la présence de sa collègue dans son dos.


Dans la torpeur qui le gagnait, il entendit la porte s’ouvrir puis se refermer. Et quelques minutes plus tard, le même son. Apparurent dans son champ de vision un verre d’eau et quelques pilules blanches. Il se détourna de son écran quelques secondes pour croiser le regard de Sienna.

« Quitte à passer plusieurs heures devant ton ordinateur, autant le faire dans de bonnes conditions. Avale ! »

Elle vérifia qu’il absorbait bien les médicaments puis se tourna elle aussi vers l’écran sur lequel défilaient divers agrandissements de virus.

«  - Et si tu entrais les symptômes comme nouveaux critères, ça n’irait pas plus vite.

_Je croyais que ta spécialité c’était la graphologie ?

_C’est le cas. Je disais ça pour t’aider. »

Justin médita un moment la proposition de la jeune femme puis finit par entrer ses symptômes dans l’ordinateur. Les résultats ne tardèrent pas à s’afficher sur l’écran. Il parcourut rapidement la liste du regard et se figea.

« Bacillus anthracis » annonça-t-il d’une voix blanche.



CHAPITRE 5


Même endroit, même heure.


Ils avait fini par s’écarter de quelques pas, se soustrayant aux oreilles indiscrètes mais restant suffisamment près pour ne pas perdre une miette de ce qui se déroulait autour d’eux. Cate observait Clive à la dérobée, notant l’anxiété croissante de l’inspecteur qui venait d’allumer pour la 3ème fois en quelques minutes, une cigarette. A ce rythme là, il allait finir par contracter un cancer des poumons et les contaminer par la même occasion, Scotty et elle.

«  - Quelle sont les symptômes ?

_Fièvre, tremblements, toux, difficultés respiratoires, courbatures. »


Cate vit Clive pâlir à mesure qu’elle lui énumérait les symptômes consécutifs à la contraction de l’Anthrax. L’homme semblait de plus en plus inquiet et elle se sentit à son tour assaillit par un sentiment négatif. Elle espérait que pour une fois son instinct lui fasse défaut et que son mauvais pressentiment ne se vérifie pas.

«  - Justin n’allait pas très bien depuis le début de la semaine. J’avais pas réellement fait attention mais maintenant ça me semble presque évident. Il était frigorifié ce matin, ses mains tremblaient alors que ses yeux semblaient fiévreux. Vous croyez que…

_Inspecteur Finley, je pense qu’il ne s’agit que d’une coïncidence.

_Depuis quand les experts croient-ils aux coïncidences ?

_Depuis quand les flics font-ils des conclusions hâtives ? lui sourit Cate.

_Est-ce qu’il y a un moyen de savoir si… Enfin vous voyez ?

_On ne peut rien faire d’autre qu’attendre. Les Services de Santé n’ont pas l’air d’avoir plus de détails que nous. On en saura un peu plus quand on pourra les joindre et vous pourrez même parler à Justin. Je suis certaine qu’il est en pleine forme et qu’il mène la vie dure à Shelley et le reste de nos collègues. »


Cate se voulait rassurante et espérait vraiment ne pas mentir à Clive. Mais force était d’admettre que les symptômes qu’avait développés Justin était un peu trop similaires à ceux provoqués par le Bacillus anthracis.


« Lieutenant Leonard ! On a votre patron en ligne. » lui cria l’agent Baldwin.

Cate se précipita vers le QG, talonné par Scotty et Finley. Ils allaient enfin en savoir un peu plus.



«Ne tire pas de conclusions hâtives Hollohan. Je sais comment tu fonctionnes et j’imagine très bien ce à quoi tu penses. L’Anthrax est une des possibilités. Ca peut être ça comme ça peut être autre chose voire rien du tout. »

Justin hocha la tête, pas très convaincu. Sienna avait finalement réussi à le persuader de parler à Shelley et il y avait consenti après avoir râler autant que possible. Cet homme n’était pas têtu, il était tout simplement borné et épuisant à vivre au quotidien. La jeune femme était ravie de ne pas le voir passer plus souvent dans son labo. Elle attendait maintenant dans un coin du bureau de son supérieur et assistait à l’échange entre les deux hommes.

«  - Et c’est une coïncidence si je tombe malade au moment où j’analyse cette mystérieuse poudre blanche ? 

_Ne t’emballe pas avant qu’on ait fait quelques analyses. Les Services de Santé vont mettre en place le protocole ELISA et … »


Shelley fut interrompu par la sonnerie du téléphone. Il s’empara du combiné et écouta son interlocuteur quelques secondes avant de lui annoncer un hypothétique second cas. Il discuta encore un moment avec son correspondant avant de tendre le combiné à Justin. Puis il s’éloigna, rejoignit Sienna près de la porte et lui fit signe de sortir, laissant un peu d’intimité à l’expert.

Justin attendit que la porte soit refermée pour porter le téléphone à son oreille.

« Salut. »

La voix grave et terriblement envoûtante de Clive lui parvint. Il ferma les yeux quelques secondes juste pour savourer l’effet apaisant qu’elle avait sur lui. Jusqu’à ce qu’il entende Clive l’appeler, inquiet devant son silence.

«  - Je suis là.

_Comment ça se passe là-dedans ?

_C’est pas la grande joie. On finit par tous tourner en rond, par se dévisager en cherchant qui sera le prochain affecté. 

_Et toi, comment tu vas ?

_Oh, très bien.

_Justin, ne me mens pas. »

Justin pouvait presque le voir secouer la tête avec affliction, Clive détestait le voir nier l’évidence. Une nouvelle quinte de toux lui coupa le souffle, suffisante pour confirmer à son amant, à l’autre bout de la ligne, que tout n’allait pas réellement bien.

«  - Ok, ça va pas.

_Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

_Clive, on s’est à peine croisé 2h en 4 jours, on a à peine eu le temps de se dire bonjour, quand j’aurais pu te dire que j’étais pas en super forme ?

_En prenant 5 minutes de plus avant de te précipiter au boulot, par exemple.

_J’ai pas envie de me disputer avec toi. Surtout pas maintenant et surtout pas au téléphone.

_Ok. Parle-moi du virus.

_Pourquoi ? A quoi ça va t’avancer ? Tu veux savoir de quelle façon je vais crever ?

_Justin ! le réprimanda Clive. S’il te plaît.

_Très bien. On le connaît aussi sous le nom de maladie du charbon. La forme qu’on soupçonne d’avoir contaminé le labo est la forme respiratoire. C’est … C’est pas contagieux, ça se transmet par inhalation des spores par le nez ou la bouche. Il est possible que Holt et moi l’ayons inhalé par inadvertance en découvrant une mystérieuse poudre blanche d’origine biologique sur notre dernière victime.

_D’accord. Quoi d’autre ?

_Clive, c’est stupide, à quoi ça sert tout ça ?

_Juste à m’assurer que tu vas pas aller t’isoler tout seul dans ton coin en attend que les choses s’arrangent ou empirent. Continue.

_Les spores se déposent dans les alvéoles pulmonaires et sont transportés par le système lymphatique jusqu’au ganglions trachéobronchiques. Les spores finissent par se multiplier et produire une toxine mortelle. Ca peut aller de quelques jours à quelques mois. Deux tout au plus. C’est la forme la plus grave et la moins traitable. Elle est difficile à diagnostiquer, les symptômes ne sont pas spécifiques à l’Anthrax. C’est quand le premier stade est passé que les choses sérieuses commencent… et finissent. Et pas de la façon la plus agréable qui soit. La mort du sujet peut survenir dans les heures qui suivent.

_Il y a un remède ? Un moyen de soigner ça ?

_Un antidote. Les Services de Santé en ont quelques uns en leur possession. Mais ils doivent être certains qu’il s’agit bien du virus avant de nous l’injecter. C’est un antidote très difficile à élaborer, ils ne le donnent pas s’ils ne sont pas certains que c’est nécessaire. Mais tu sais déjà tout ça, à quoi ça sert ?

_A te garder un peu plus longtemps au téléphone ?

_Oh, c’est pour ça. Je suis déçu.

_Déçu ?

_Ouais. J’pensais que tu allais accourir plus rapidement, enfoncer les portes et qu’on mourait ensemble.

_J’ai bien essayé mais y a deux types armés jusqu’aux dents qui m’ont empêché de passer. Tu as pris quelque chose ?

_Aspirine. Ca ne servira pas à grand chose si c’est bien l’Anthrax.

_Ouais mais ça peut toujours servir si c’est autre chose.»


Justin entendit Clive pousser un lourd soupir à l’autre bout de la ligne. Il pouvait percevoir son inquiétude, même à plusieurs mètres de distance, même loin de lui.

« - Clive, ça va aller, ok ? »

Il entendit son amant échapper un léger rire.

« - Ca serait pas plutôt à moi de tenter de te rassurer ?

_Pourquoi, c’est pas moi qui ai rappliqué en courant en me rendant compte que mon mec ne rentrait pas à la maison.

_J’ai fait ça ?

_Tu as fait ça, acquiesça Justin.

_Oh. Tu te rends compte de ce que tu as fait de moi ? Je crois que je suis peut-être encore plus accro que je n’pensais.

_Et ça te pose un problème ?

_Laisse-moi réfléchir une seconde… Non. »

Justin entendit d’autres voix se joindre à celle de Clive. Son amant semblait discuter avec une autre personne.

« - Justin ? Je vais devoir raccrocher. Les agents des Services de Santé vont entrer dans les locaux. Va les voir immédiatement. Promis ?

_Promis.

_Oh et Justin ! Je t’aime.

_Moi aussi. »


Il attendit que son amant raccroche puis reposa à son tour le combiné. Il ressortit du bureau de Shelley et rejoignit le hall. Peu de temps après, les agents des Services de Santé, vêtus de combinaisons, prenaient possession des lieux. Shelley, Glenn et Holt se matérialisèrent à ses côtés sans qu’il ne s’en soit rendu compte, trop absorbé par les vas et viens des agents. Justin frissonna imperceptiblement quand l’un d’entre eux se dirigea d’un pas rapide et décidé vers leur petit groupe. Ils allaient bientôt être fixés.



CHAPITRE 6


L’agent Baldwin avança vers le petit groupe qui se tenait debout, au milieu du hall. Peu à peu, les employés de la police scientifique, alertés par les bruits inhabituels et l’agitation finirent par les rejoindre. A voir la tête de deux des hommes qui lui faisaient face, elle était prête à parier qu’il s’agissait des types infectés. Bien, ils lui facilitaient la tâche, elle n’aurait pas à les courser dans le labo. Les gens qui contractaient un virus réagissaient bien souvent en niant l’évidence et en prenant la fuite, voire en paniquant totalement. Ces deux là semblaient faire exception et se présentaient d’eux-mêmes.

« - Je suis l’agent Baldwin, en charge du dossier. On va procéder à quelques tests et vous injecter l’antidote pour plus de sûreté. Vous êtes certains qu’il s’agit bien du virus ?

_C’est ce que dit l’ordinateur en tous cas, intervint Justin. Il n’a pas été très précis, il lui a trouvé deux autres copains. Mais je suppose que le résultat est le même et qu’on reste coincé ici ?

_Vous supposez bien. Vous comptez-vous y opposer ?

_C’est pas dans mon intérêt. Si le virus ne me tue pas, j’en connais un qui s’en chargera. »


L’agent Baldwin s’autorisa un petit sourire, pensant connaître l’individu que mentionnait l’expert. Elle se tourna vers Shelley et lui demanda s’il disposait d’une salle libre et isolée à mettre à leur disposition. Puis elle demanda ensuite à ce qu’on conduise ses hommes au virus afin de recueillir la poudre suspecte. Shelley escorta les agents jusqu’au labo où Justin avait fait les tests. Lorsqu’ils eurent disparu au détour d’un couloir, elle reporta son attention sur ses deux victimes et demanda à la femme qui les accompagnait, le docteur Glenn Dumas si elle avait bien compris, qu’elle ouvre la marche et les conduise dans la salle que Shelley leur avait attribué.



«  - Bien, nous allons mettre en place le protocole RAMP. Ca ne devrait prendre que quelques heures. Mes agents vont s’assurer que la poudre dont le docteur Dumas nous a parlé est bien ce que nous pensons.

_Vous ne deviez pas utiliser ELISA ? s’enquit Glenn en jetant un regard soucieux à son assistant qui ne semblait pas au mieux de sa forme.

_Non. RAMP est spécifique à l’Anthrax. Les chances de se tromper sont moindres.

_Vous allez leur injecter l’antidote ?

_Oui. On doit nous l’apporter rapidement. Vous êtes bien sûr que ce sont les seuls cas ? demanda l’agent Baldwin en désignant d’un petit mouvement de tête les deux hommes assis sur le canapé de la salle de repos.

_Personne d’autre ne s’est manifesté. Nos techniciens sont suffisamment conscients des risques encourus pour ne pas agir comme des idiots. »

Glenn fixait particulièrement Justin en répondant à l’agent des Services de Santé. La petite Sienna l’avait mise au courant des frasques de son collègue. Glenn avait reconnu le jeune homme dans ce récit. Le jour où Hollohan arrêterait de se conduire comme un idiot marquerait une nouvelle ère. Pourtant elle l’avait trouvé changé ces derniers temps, plus serein, moins agressif. Ce serait-elle trompée ?


On frappa à la porte, interrompant ses réflexions et elle se tourna vers celle-ci en même temps que l’agent Baldwin. Cette dernière ouvrit la porte et laissa ses hommes d’entrer. Glenn put reconnaître celui qui était médecin à son attirail si caractéristique.

L’agent Baldwin ordonna qu’on examine les deux malades et observa attentivement le déroulement des opérations. Une nouvelle interruption quelques minutes plus tard et elle se retrouvait en possession des seringues tant attendues. Au moins, même s’il s’agissait d’une fausse alerte, ces hommes ne couraient aucun risque. Bien sûr ils n’en auraient pas fini avec les visites de contrôles dans les mois à venir mais c’était toujours préférable que de mourir dans d’atroces souffrances.

« Ils sont bien malades. De là à certifier qu’il s’agit bien du virus je n’en suis pas certain. Il faudra attendre les résultats des tests, conclut le médecin. »

Baldwin signifia qu’elle avait bien entendu d’un signe de tête et tendit les deux seringues au médecin.


Justin observait silencieusement ce qui se passait autour de lui, trop mal en point pour relever les regards réprobateurs de Glenn. Il tourna la tête vers Holt, assis à ses côtés et constata que le jeune homme ne semblait pas plus en forme que lui. Il le vit grimacer quand l’agent de Services de Santé approcha l’aiguille de son bras. Il étouffa un petit rire qui ne passa pas inaperçu à son collègue.

« - Quoi? s’enquit celui-ci.

_Ne me dis pas que tu as peur des aiguilles Holt.

_En quoi ça poserait un problème si c’était le cas ?

_Je trouve ça juste étrange pour un type qui devait devenir médecin.

_C’est pas incompatible. 

_C’est quand même bizarre.

_Tu m’emmerdes Hollohan, souffla Holt lorsque le médecin lui inséra l’aiguille dans le bras.

_Oh le petit David a perdu son sens de l’hum…

_Justin ! intervint Glenn. Arrête de te conduire comme un imbécile, ça nous fera du bien à tous. Tu vas trop loin.»

L’expert regarda la femme debout devant lui, les poings sur les hanches et une expression furieuse sur le visage. Si Glenn le reprenait comme ça devant tout le monde c’est qu’il avait vraiment dépassé les limites. Elle acceptait beaucoup de choses mais là méchanceté gratuite n’en faisait pas partie. Faisant acte de contrition, il se tourna vers Holt et s’excusa. son mal de tête et la situation n’excusaient pas son comportement. Après tout David était dans la même position que lui et il ne se comportait pas comme un imbécile.


Justin tendit à son tour son bras au médecin afin que celui-ci lui fasse l’injection. Il vit les agents qui étaient partis avec Shelley revenir et informer leur supérieur que le virus avait été isolé et qu’on allait maintenant s’assurer qu’il ne persistait pas dans l’air avant d’évacuer le personnel. Justin put entendre Glenn soupirer de soulagement et il se retint d’en faire autant. Il se leva en même temps que le médecin et se tourna vers l’agent Baldwin.

«  - C’est bon, on peut y aller maintenant ? J’aimerai rentrer chez moi.

_C’est loin d’être fini Monsieur …

_Hollohan.

_On va vous transférer à l’hôpital et vous garder sous surveillance 24h avant de vous relâcher dans la nature. »

Justin se laissa retomber sur la canapé. Décidément, il n’était pas près d’en avoir fini.



EPILOGUE


San Francisco General Hospital, quelques heures plus tard

«  - Tout ça pour une vilaine grippe. T’avais pas un autre moyen d’attirer l’attention ?

_C’était ça ou faire sauter le labo. Ca me semblait moins définitif comme solution.

_Crétin.

_Je sais. »


Clive nota la fêlure dans la voix de Justin. Qu’est-ce qui avait bien pu se passer là-bas pour qu’il capitule aussi facilement ? Il avait appris à connaître son homme. Celui-ci avait tendance à faire ressortir son angoisse de façon assez violente pour les autres. Il devinait qu’entre la tension latente, l’accumulation des heures de boulot, l’enfermement et le stress, il avait du se montrer désagréable voire franchement exécrable.

«  - Qui a fait les frais de ta mauvaise humeur Hollohan ?

_Je n’étais pas de mauvaise humeur.

_Non bien sûr. Alors ?

_Dans l’ordre ? Sienna, Shelley, Holt.

_Oh bah ça va, tu n’as pas failli te mettre la quasi totalité de tes collègues à dos.

_C’est facile à dire. Ils n’avaient pas la menace d’un virus au-dessus de leur tête eux.

_Bien sûr, Holt n’était pas non plus malade, ironisa Clive tout en ne le lâchant pas du regard. Ne te cherche pas d’excuses Justin. Virus ou pas ça ne justifie pas ton comportement.

_Tu vas pas m’engueuler parce que j’ai sorti deux vannes stupides ? !

_Je te parle pas seulement de ça, mais d’hier matin aussi.

_Hier matin ?

_Oui.

_J’étais fatigué et malade.

_Non. Y avait quelque chose d’autre, quelque chose que tu ne veux pas m’expliquer, comme cette curieuse manie de prévenir l’autre quand l’un de nous est en retard par exemple. Je commence à te connaître Justin et il y a quelque chose que tu me caches.


Il ne comprenait pas comment ils en étaient venu à avoir cette conversation alors qu’il y a encore quelques heures il était mort de trouille à l’idée de le perdre. Pas plus qu’il ne s’expliquait le comportement parfois étrange de son amant même s’il avait l’impression que l’ex n’y était pas étranger. Il ne voulait pas le brusquer, il ne voulait pas le pousser à rayer totalement de son existence l’autre, celui qui avait eu et avait encore une place importante dans la vie de Justin. Tout ce qu’il voulait c’était comprendre. Et tant que Justin ne s’ouvrait pas un peu plus et ne lui dévoilait pas son passé, il n’était pas certain d’y arriver.

Ils se fixaient du regard, cherchant à faire céder l’autre, sans succès. Clive s’approcha du lit sur lequel Justin était assis, ses jambes pendant dans le vide. Il se logea entre elles et força son amant à lever la tête. Quand il fut certain d’avoir toute son attention, il se lança :

« - Tu peux avoir confiance en moi. Peu importe ce dont il s’agit, j’ai pas l’intention de m’enfuir en courant.

_Je sais.

_Alors qu’est ce que tu attends ? lui demanda-t-il doucement. »

Justin le fixa des yeux un long moment, cherchant à s’assurer une dernière fois que Clive ne le laisserait pas. Lorsqu’il eut trouvé ce qu’il semblait chercher, il poussa un long soupir.

Clive sentit les mains de son homme se crisper sur son pull et il se retint de sourire devant cette tentative inconsciente pour l’empêcher de fuir. La situation aurait pu être attendrissante s’il n’avait pas vu les yeux de Justin se remplir de larmes que son amant refusait de laisser échapper.

« Steve est mort il y a trois ans, huit mois et vingt-quatre jours et ça a été la pire journée de ma vie. » commença Justin.

Clive se rapprocha un peu plus et passa ses bras autour de son amant, attendant en silence, sans le brusquer, qu’il continue ses confessions.

« J’avais jamais aimé quelqu’un comme je l’ai aimé lui. C'était le mec le plus adorable et le plus généreux de toute la terre, tu trouveras personne pour me contredire. Je sais pas comment j'ai pu le laisser s'éloigner comme ça. J'crois que c'est parce qu'il avait une carrière à construire, et moi une vie à commencer. On pensait pas que ça pourrait si bien marcher entre nous. C'est peut-être pour ça... Et puis un jour on s'est croisé par hasard, et on s'est promis de plus jamais se quitter... On avait perdu du temps et crois-moi, on l'a rattrapé. Mais le jour où il est mort, j’ai… »


Justin s’arrêta, le regard vague, semblant perdu dans ses douloureux souvenir. Clive regretta un moment de le forcer à revivre ça mais il réalisa bien vite qu’ils en avaient besoin tous les deux s’ils voulaient avancer. Alors il laissa à son mec le temps qu’il lui fallait, se contentant de caresser doucement son dos, cherchant à l’apaiser, à lui apporter comme il le pouvait, son soutien. Justin sembla sortir de sa torpeur et sa voix se fit entendre à nouveau, plus basse, rendue rauque par la douleur et les souvenirs.

« On s’était disputé ce matin là, j’ai ruminé ça toute la journée. Je lui ai laissé tout un tas de messages jusqu'à ce qu'il m'envoie un putain de texto. Il avait jamais le temps pour rien d'autre. Je t'aime à ce soir, c'est beau, hein? Quand je suis rentré à la maison, il était pas là. Et quand j’ai commencé à m’inquiéter, il aurait déjà dû être là depuis plusieurs heures. J’allais le rappeler quand le téléphone a sonné. C’était l'hôpital. Quand je suis arrivé là-bas, ils m'ont dit qu’il était mort. Ils ont rien pu faire. Un anévrisme cérébral. C'était une vraie bombe à retardement et on n'en savait rien."


Clive comprenait un peu mieux, voyant désormais différemment les exigences étranges de Justin. Il ne s’était pas trompé, l’ex était bien à la base de tout ça. La confession de Justin expliquait son comportement, cette faculté qu’il avait de tenir les autres à distance en leur balançant quelques horreurs bien senties. Un mécanisme de défense comme un autre, pas de douleur si l’autre s’éloignait puisqu’il ne se serait pas approché assez près pour prendre une part importante dans sa vie. Et quand on passait outre ces blessantes remarques, ces piques toujours très justes, Justin se montrait un peu trop exigeant. Rien d’excessif cependant mais suffisamment du moins pour que les rares personnes qu’il laissait approcher se posent des questions. Comme lui.

« - On va faire un marché. Tu me promets de ne plus rien me cacher, surtout pas ce genre de choses et en échange, je te promets de t’appeler dès que j’ai plus de 10 minutes de retard.

_T’es pas obligé tu sais.

_Je sais. Mais je vais le faire quand même.

_D’accord. »


Justin poussa un lourd soupir et ferma les yeux. Il décrispa ses mains sur le pull de Clive et glissa ses bras autour de sa taille, posa sa tête sur son torse, raffermissant son étreinte. Clive le serra un peu plus contre lui, heureux de le sentir simplement respirer. Les fantômes du passé étaient toujours là, un peu moins présent, un peu moins abstraits. Il espérait simplement qu’il ne faudrait pas un nouveau virus ou un danger tout aussi grand pour les faire complètement disparaître.



FIN